Les autorités compétentes affirment que le mécanisme est en place et que les consultations nécessaires ont déjà été effectuées auprès des pêcheurs enregistrés et non enregistrés à Rodrigues pour la fermeture de la pêche à l’ourite, fixée du 13 août au 12 octobre prochain. La loi a été votée à l’assemblée régionale avec amendement le 3 juillet dernier et la publication a déjà été effectuée dans la Government Gazette le 7 juillet. Cette fermeture concerne Rodrigues intégralement et 1400 pêcheurs se sont enregistrés samedi dernier en vue d’être redéployés dans d’autres secteurs d’activité en contrepartie d’une rémunération. Sur les 300 espèces de poulpes recensées dans le monde, les deux présentes à Rodrigues sont concernées : l’octopus cyanea et l’octopus vulgaris.
Si ce projet n’est pas réalisé d’ici 2014, les poulpes disparaîtront dans les lagons de Rodrigues, avance-t-on dans les milieux autorisés. Une étude de Shoals Rodrigues en étroite collaboration avec la Fisheries Research And Training Unit autour des fish landing stations indique qu’en 1994 les prises étaient de 775 tonnes par an et qu’en 2008 elles avaient sévèrement diminué, à 200 tonnes annuellement. Les autorités affirment que c’est une intention de la plupart des pêcheurs car ces derniers témoignent que leurs prises diminuent d’année en année. Ainsi, lors de différentes consultations, de nombreux pêcheurs ont répondu présent à l’appel et ont fait part de leurs doléances et propositions.
Les consultations se sont étalées sur une dizaine de jours dans les centres communautaires côtiers de l’île avec la participation de plus de 3 000 personnes. Quelque 80 % des pêcheurs sont pour la fermeture, avec la somme de Rs 250 proposée comme rémunération pour leur redéploiement dans d’autres secteurs d’activité. Toutefois cette mesure concerne uniquement la pêche à l’ourite, compte tenu du fait de sa vitesse rapide de croissance. Notons dans ce contexte que la femelle pond entre 200 000 et 500 000 oeufs et meurt un mois après avoir accompagné ses petits jusqu’à une taille leur permettant d’être autonomes. Les poulpes doivent se reproduire à l’extérieur du lagon et les petits juvéniles reviennent ensuite à l’intérieur pour se nourrir et trouver un habitat convenable en étant loin des prédateurs.
Cette fermeture permettra de refaire le stock et augmentera les possibilités de capturer de plus gros poulpes. Cette éventualité sera bénéfique aux pêcheurs, banians, restaurateurs et à la population rodriguaise en général, avancent les autorités. Une fermeture d’une durée de deux mois est considérée comme étant la durée minimum. Toutefois, il est également prévu d’étendre cette période dans l’avenir afin de permettre aux poulpes d’atteindre des tailles supérieures. Le projet pilote donnera une indication, selon les autorités, pour des décisions qui devront être entérinées dans l’avenir afin de mieux protéger ces ressources.
Sur les 1 400 pêcheurs qui se sont inscrits lors d’un recensement samedi dernier pour être redéployés, 539 détiennent une carte de pêcheur leur permettant d’opérer à l’intérieur du lagon et sont automatiquement admis sur le projet. Les pêcheurs détenant cette carte de pêche hors lagon et qui pêchent l’ourite à l’intérieur du lagon ne seront pas concernés. Cela s’applique également pour ceux ayant déjà opté pour le Volontary Retirement Scheme (VRS). Sur les 861 personnes qui se sont enregistrées et ne possédant pas une carte de pêcheur à l’intérieur du lagon, un screening exercise est actuellement en cours afin de dresser une short List de ceux considérés comme réellement éligibles.
La Commission de la pêche, de l’environnement et du tourisme, en collaboration avec le bureau du chef commissaire, organise actuellement des travaux dans différents villages. Ils seront payés Rs 250 pour une durée de travail de 7 h à midi et le nombre de jours de travail sera calculé en fonction des heures des marées de la pêche à l’ourite. Ce qui fait qu’un pêcheur, dépendant de la marée, recevra environ 12 jours de salaire pour un mois, qui seront payés à chaque fin de semaine de travail. Les autorités rodriguaises affirment que le montant de Rs 250 a été parfaitement calculé vu qu’un pêcheur obtient en moyenne 2,5 kilos d’ourite à chaque sortie de pêche, d’après les statistiques. Mais cependant, selon nos informations, certains pêcheurs capturent parfois jusqu’à 10 voire 15 kg d’ourites par jour. À chaque sortie, un piqueur d’ourites ne donne pas le poids réel obtenu, car les autorités ne pèsent pas ses prises, mais un poids approximatif.
Les travaux identifiés par les autorités en guise de redéploiement comprennent terrassement, débouchage des drains, enlèvement des “piquants loulous” et des “vieilles filles”, débouchage des passes en mer, nettoyage des plages, maintenance des sentiers de randonnée, construction des murs en pierre, entre autres. Ces travaux, affirment les autorités, permettront de relancer l’agriculture, protéger l’environnement et développer le secteur touristique. Les tâches seront réparties aux pêcheurs selon leurs compétences et leurs capacités. Certains seront appelés à transporter des pierres, fouiller des tranchées, débroussailler des arbres… En collaboration avec les garde-pêche et les rangers du parc marin, d’autres seront engagés dans la surveillance de la mer et ainsi participeront à la protection des espèces marines. Pendant cette période, la pêche à la ligne ou aux casiers sera pratiquée normalement. Cependant une ourite se retrouvant dans un casier ou capturée à la ligne doit obligatoirement être relâchée par le pêcheur lui-même.
Au sujet du texte de loi voté à l’Assemblée régionale le 3 juillet dernier, ceux possédant au moins 2,5 kilos d’ourites au plus tard le 12 août 2012 doivent les faire déclarer au chef de département de la Commission de la pêche. Selon la loi, quiconque trouvé en possession d’une ourite pendant la fermeture sera passible d’une amende de Rs 3 000 à Rs 5 000, et pour un deuxième délit la sanction sera de Rs 5 000 à Rs 10 000, avec une peine d’emprisonnement ne dépassant pas deux ans.
Les autorités soulignent que deux experts internationaux seront dans l’île peu avant la fermeture et plusieurs jours après l’ouverture. Un travail scientifique sera réalisé afin de produire un rapport sur les différentes données de ce projet. Les autorités travaillent sur un programme autorisant seulement ceux concernés par ce plan à pêcher pendant les jours suivant l’ouverture le 13 octobre prochain. En ce qui concerne les paiements aux pêcheurs, les autorités soutiennent que la grande partie du financement proviendra de la caisse de l’Assemblée régionale et qu’à ce stade il y a 10 % du financement qui proviendra de la COI, donc du projet Smart Fish de la FAO.