L’étendue de la pauvreté absolue à Rodrigues a été exposée lors d’un séminaire animé par des responsables du programme d’intégration sociale, dont Mario Legrand, président de la National Empowerment Foundation (NEF), et Ramalingulm Maistry, conseiller auprès du ministère de l’Intégration sociale. En effet, les derniers chiffres officiels indiquent qu’au moins une famille sur dix dans l’île vit dans une extrême pauvreté, dénotant que la situation est nettement plus grave à Rodrigues qu’à Maurice. Dans une perspective en vue de coordonner les efforts dans le domaine de l’éradication de la pauvreté, la fusion de la National Empowerment Foundation et du Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Goups (TFSIVG) a été annoncée alors que le vice-Premier ministre et ministre de l’Intégration sociale, Xavier-Luc Duval, présidera à la fin du mois d’août une édition de l’espace rencontre avec les ONG de l’île.
Lors de son intervention le week-end dernier à Mont-Plaisir, Rodrigues, où étaient réunis quelque 150 représentants d’ONG, le président de la NEF s’est appesanti sur un constat de la pauvreté à Rodrigues. Un rapport établi par le ministère de l’Intégration sociale souligne que sur les 35 000 ménages dans l’île, plus de 3 000 vivent dans une situation d’extrême pauvreté. À Maurice, sur les 350 000 familles recensées, 7 000 se retrouvent en position de pauvreté absolue.
Poursuivant sa présentation des faits, Mario Legrand met en garde contre le fait que ces cas d’extrême pauvreté ne sont pas facilement identifiables. « Des Rodriguais vivent dans des conditions inhumaines dans des régions éloignées et difficilement d’accès. D’autres problèmes sociaux, comme les grossesses précoces, des filles-mères, l’alcoolisme, l’illettrisme, l’endettement et le piège du jeu, viennent se greffer sur le fléau de la pauvreté », a-t-il déclaré en substance.
Le phénomène de migration vers Maurice, qui s’accentue à chaque rotation du MV Mauritius Pride ou du MV Mauritius Trochetia, confirme l’absence de remèdes aux problèmes découlant de la pauvreté. Les Rodriguais croient de plus en plus qu’ils ont davantage de chance de sortir de la pauvreté en venant à Maurice. « Mais quand ils débarquent à Maurice, la désillusion est totale, avec des situations encore plus graves. Les Rodriguais côtoyant un quotidien de plus en plus précaire à Maurice seront pris en charge avec la nouvelle approche adoptée », a rassuré le président de la NEF.
En guise de mesure concrète pour renforcer la lutte en faveur de l’éradication de la pauvreté, Mario Legrand a annoncé la fusion de la NEF et du TFSIVG avec tous les services réunis sous un même toit. « La NEF et le Trust Fund continueront à assumer leur rôle d’accompagnateur des ONG à Rodrigues et à assurer une meilleure gestion des ressources sous la Corporate Social Responsbility (CSR) pour la mise à exécution de projets de lutte contre la pauvreté », a-t-il ajouté.
Pour sa part, Ramalingum Maistry a annoncé qu’ »une attention particulière sera accordée aux familles les plus vulnérables. » « Une approche globale et intégrée sera de mise en vue de mieux cerner les besoins essentiels des familles ». Un desk spécial sera aménagé pour le suivi des familles identifiées sous ce programme.
De leur côté, les représentants des ONG ont accueilli favorablement les propositions évoquées. Ils souhaitent voir la NEF procéder à une évaluation du programme déjà en cours pour mieux situer sa pertinence dans le contexte de Rodrigues. « Nous devons savoir si les projets financés ont réellement atteint leur objectif, soit faire sortir ces familles de la pauvreté absolue. Nous devons également être conscients des risques de l’ingérence politique dans l’exécution des projets alors que se profile une nouvelle campagne électorale à Rodrigues », ont mis en garde des intervenants actifs sur le terrain.
Les ONG de Rodrigues ont exprimé le souhait de voir un des leurs siéger sur les instances des décisions à Maurice pour que la spécificité rodriguaise soit reconnue.