Rodrigues s’est réveillée avec une mobilisation tous azimuts pour la clôture de la campagne électorale hier. Les trois principales forces en présence pour cette joute électorale, soit l’Organisation du Peuple de Rodrigues (OPR) de Serge Clair, le Mouvement Rodriguais (MR) de Nicolas Von Mally et l’Alliance Sov Rodrigues du tandem Johnson Roussety et Christian Leopold, ont mis les bouchées doubles pour mobiliser leurs partisans et tenter de convaincre les indécis de la campagne. Cet après-midi, le débarquement au Sir Gaëtan Duval Regional Airport des urnes contenant les bulletins de vote pour le scrutin de mercredi, enclenchera une nouvelle étape dans les procédures.
Défilés de véhicules et de vedettes de la chanson créole de l’océan Indien étaient au programme de la journée d’hier. Les discours politiques, où les leaders de chacun des partis faisaient part de leur conviction quant à la victoire finale aux élections générales de mercredi, n’ont pas manqué a l’appel non plus. Néanmoins, le fait demeure que l’OPR, face à une opposition divisée, a réalisé une opération coup de poing à Malabar en rassemblant ses partisans.
En prélude au meeting de l’OPR, les militants et sympathisants, vêtus de la couleur du parti de Serge Clair, soit le blanc, ont défilé à travers les principaux villages. À leur arrivée à Malabar à la mi-journée, l’assistance exclamait : « Koumadir lanez inn tomb dan Malabar. » L’intervention du leader de l’OPR et chef commissaire de l’Assemblée régionale de Rodrigues était empreinte d’émotions, celui-ci écrasant même une larme au tout début de son discours. « Dans la conjoncture politique, il est extrêmement important de réunir la grande famille rodriguaise. Faire de la politique, c’est pour Rodrigues et, surtout et avant tout, pour les Rodriguais. Ena enn gran rev ki nou bizin realise : reinir sa gran fami rodriguais-la », a-t-il proclamé.
Les deux candidats de l’OPR, Francisco François et Buisson Léopold, ont pris la parole pour décliner leur mission première dans le cas d’une éventuelle victoire aux élections : faire entendre la voix de Rodrigues a l’Assemblée nationale. Buisson Leopold a soutenu : « Kouma le mo li mem dir parlman, nou pe al laba nou pe al kose pou defan lintere rodriguais, mo pa pe al fer mal eleve, mo pe al fer respecte bann Rodriguais. Francisco ek mwa, nou pou fer le lien antr Lasanble nasyonal ek Lasanble rezyonal. »
Francisco Francois, lui, s’est appesanti sur l’enjeu des prochaines élections générales pour Rodrigues. « Sa eleksyon la li ena doub sens : nou bizin amen la kontinuite ki nu sef-komiser ek en mem tan l’OPR inn donn nou. De responsabilite pou al fer tann la vwa Rodrigues o nivo nasyonal pou kontygn travay ki monn koumanse », a-t-il fait ressortir. Le candidat de l’OPR et député sortant a annoncé qu’il militera pour que, le 12 octobre, la journée de Rodrigues soit décrété jour férié.
À Île-Michel, Nicolas Von Mally s’est déclaré convaincu que le MR se dirige vers une « grande victoire ». Pour lui, le MR signifie « la fraternité, la vérité et la méritocratie ». Il a commenté la dissidence de l’ancien président du parti Christian Leopold avant de féliciter ceux qui l’avaient suivi dans un premier temps et qui, par la suite,, sont retournés au sein du MR.
Le leader du MR a réitéré qu’après la proclamation des résultats des élections, des changements devront intervenir au niveau de l’Assemblée régionale de Rodrigues. « Kan nou gagn puvwar, l’OPR pa pou ena le drwa moral pou gouvern Lasemble rezyonal. Serge Clair bizin alle dan caless, parey kouma li ti fer mwa ale », a-t-il ajouté. Il a aussi signifié son intention d’abolir la loi interdisant l’usage des sacs en plastique. Selon lui, le MR remportera également les élections régionales de 2017.
Le colistier du leader du MR, Chen Lye Lamvohee est revenu sur l’urgence du changement pour favoriser le développement. Il a évoqué les secteurs clés pour une reprise des activités économiques dans l’île, notamment le tourisme, l’agrandissement du port et de l’aéroport et l’abolition de “zoning” pour les pêcheurs.
À Mourouk, dans le Sud-Est, l’Alliance Sov Rodrigues a pour sa part réunie ses partisans pour démontrer qu’elle est une force politique sur qui il faudra dorénavant compter. Christian Léopold, leader du Mouvement Militant Rodriguais, a fustigé le gouvernement en place et a déclaré que « Rodrigues est à genoux avec des problèmes comme l’exode, le taux de criminalité, le suicide, la violence et la pauvreté ». Il a ajouté qu’à Rodrigues, quelque 3 000 personnes ne dépendent que de l’aide sociale pour survivre. Et de regretter ensuite qu’une moyenne de 700 élèves quittent le cycle scolaire avec un School Certificate et seulement 300 autres avec un HSC chaque année. « L’OPR n’a créé que 70 emplois en une année et a licencié plus de 300 personnes. »
« Politik nepli lepok sikan kamarad. L’Alians Sov Rodrigues pe amen linite, met la haine de kote vinn ensam pou konstrir sa pei la. Bizin donn Rodriguais bann moyin ek valoris zot », a-t-il déclaré.
Les deux leaders de l’Alliance Sov Rodrigues prônent un renforcement du secteur privé à Rodrigues et un rôle plus accru pour les jeunes. Pour Johnson Roussety, il faut « rodriguaniser » tous les secteurs : « Bizin kre enn “Rodrigues Shipping”, mem devlopman ki fer dan Moris bizin fer li dan Rodrigues. Rodrigues zordi pe depane a 100% lor Moris akoz sa guvernma rezional en plas-la. Bizin tire zot depi la, zot pa merit sa plas-la. Sa leader-la pou bizin alle », a-t-il dit en ajoutant que Maurice « a abandonné Rodrigues ».