Avec un déplacement en direction du sud-ouest alors que l’intense cyclone tropical Amara était centré vers 16 h à 170 kilomètres au nord-est de l’île, Rodrigues se trouvait hier soir dans l’oeil du phénomène avec des rafales de 250 km/h tout près du centre. Dans le bulletin émis à 22 h, hier, la station Météo de Vacoas confirmait la véritable menace que constituait la présence d’Amara dans les parages également sous forme de fortes houles, de mer démontée et des risques de raz-de-marée dans les régions côtières de l’île. Des rafales atteignant les 120 km/h, contre une moyenne inférieure à 80 km/h dans la journée, étaient annoncés pour la nuit d’hier à ce matin.
Dès hier après-midi, des conditions cycloniques sévères ont commencé à prévaloir sur l’ensemble de l’île. Les villages du Sud, en l’occurrence Plaine-Corail, Port-Sud-Est jusqu’à Mourouck étaient copieusement arrosés et le radier de Rivière-Cocos devenu impraticable pour les véhicules et les piétons avec la montée du niveau d’eau. D’autres parties de Rodrigues, qui étaient jusque-là épargnées des effets directs de l’intense cyclone tropical, ont commencé à souffrir des rafales en début d’après-midi.
Une première chaude alerte est intervenue peu après 17 h, juste au moment de l’émission du huitième bulletin de cyclone pour Rodrigues par la station de Vacoas. Une coupure d’électricité générale a affecté l’île, faisant craindre le pire à la population. Mais interrogé au téléphone par Le Mauricien, Jim Payen, Branch Manager du Central Electricity Board à Rodrigues, devait se montrer rassurant quant à la nature de la faute à l’origine de ce black-out.
« Le réseau d’électricité à Rodrigues est sous contrôle. Tout est stable. Cette panne d’électricité est intervenue suite à une faute sur un de nos feeders. Les techniciens du CEB sont à pied d’oeuvre pour les réparations et tout devra rentrer dans l’ordre très vite, la fourniture d’énergie électrique sera rétablie », devait faire comprendre le Branch Manager du CEB, qui est sur le qui-vive depuis tôt hier matin avec l’alerte III en vigueur.
Suivant la consigne donnée au niveau du comité d’urgence pour les cyclones, présidé par le chef commissaire de l’Assemblée Régionale de Rodrigues, Serge Clair, des équipes du CEB sont sorties en pas moins d’une trentaine de fois dans la journée pour des pannes considérées mineures, dont des pylônes électriques qui n’ont pu résister aux rafales comme à Nassola et à Roche-Bon-Dieu.
En fin de journée, le chef commissaire était engagé dans une comparaison des analyses du phénomène Amara émises par la station Météo de Vacoas et celle de Météo-France (Réunion). « A en croire la station de la Réunion, Rodrigues se trouve déjà dans la zone rouge de l’intense cyclone tropical. Tel ne semble pas être le cas pour les prévisions de la station de Vacoas. En tout cas, c’est sûr que depuis l’après-midi, nous avons constaté une nette détérioration du temps avec des rafales de plus en plus violentes. Nous avons tout fait pour parer au plus pressé vu que le plus dur et le plus difficile est annoncé pour la nuit », a ajouté Serge Clair, qui regrette que Météo Rodrigues ne bénéficie pas d’une marge de manoeuvre vis-à-vis de la station de Vacoas. « La station de Pointe-Canon ne fait que relayer les observations de Maurice », lâche-t-il.
Le passage de l’intense cyclone dans les environs de Rodrigues n’a pas été sans désagrément, hier, pour certaines familles. Quatre mariages, préparés avec faste, qui devaient être célébrés dans l’île, ont dû être annulés et un enterrement a dû être célébré en toute vitesse hier matin. En début d’après-midi, les 49 centres de refuge étaient prêts pour accueillir les premiers sinistrés. Huit réfugiés dans quatre centres ont été enregistrés avant 17 heures.
En début de soirée, les conditions climatiques ont connu une nette détérioration, laissant prévoir une nuit extrêmement difficile et agitée à Rodrigues. Dès ce matin, avec l’éloignement d’Amara des côtes de Rodrigues, le chef commissaire compte réunir tous les chefs de départements et de service pour établir un bilan provisoire dans les différents secteurs, que ce soit au niveau de l’infrastructure routière, des secteurs économiques comme l’agriculture, la pêche et l’élevage et l’état des drains.
« Le mot d’ordre est déjà donné. Dès la levée des alertes, les responsables vont se rendre sur le terrain pour recueillir le maximum d’informations pour la réunion du comité des cyclones en vue de décider de la marche à suivre. Tout dépendra du temps qu’il fera ce samedi matin. Mais je sais que toute la population retroussera ses manches comme un seul homme pour remettre de l’ordre dans l’île », a déclaré en substance Serge Clair.