Rodrigues prépare fiévreusement la réouverture demain de la saison de la pêche aux ourites après deux mois de closed season. L’Assemblée Régionale de Rodrigues n’a rien laissé au hasard pour faire de cet événement un véritable happening pour la population de l’île et également pour les autres îles de l’océan Indien.
À cette occasion, le bureau de l’adjointe au chef commissaire, en collaboration avec la commission de la Pêche et la Commission de l’océan Indien (COI), organisera demain une manifestation phare avec un concours Top Chef dans le cadre de l’hôtel Mourouk Ebony. Ce concours s’adresse aux chefs rodriguais avec l’ourite de Rodrigues à l’honneur et à la base des compositions culinaires.
La cérémonie officielle de l’ouverture de la saison de pêche à l’ourite sera présidée par le chef commissaire, Serge Clair, en présence du secrétaire général de la COI, Jean-Claude de l’Estrac. De son côté, la commission de la Pêche organisera une demi-journée pour marquer l’événement avec accent sur la valorisation de l’ourite. Un concours récompensera les pêcheurs débarquant avec les trois plus grosses ourites.
Des prix en argent seront offerts à ces trois piqueurs d’ourites. Leurs prises seront récupérées par la Commission pour être séchées et conservées en vue de l’organisation d’une exposition l’année suivante pour démontrer la différence dans les prises des ourites au cours des années à venir. La commission profitera de l’occasion pour lancer une campagne contre l’utilisation des sacs en plastique. Des tentes en vacoas et des sacs en toile seront distribués.
La politique de la fermeture de saison d’ourites à Rodrigues est citée comme un exemple dans la gestion saine des ressources naturelles. La fermeture permet à l’écosystème marin d’être moins sous pression. Une femelle d’ourite peut pondre jusqu’à 500 000 oeufs dans des conditions idéales. À Rodrigues, la période la plus propice s’étend d’août à octobre et elle permet aux femelles de migrer en haute mer pour pondre et se réfugier sur la barrière des coraux pour se mettre à l’abri des prédateurs et assurer un repeuplement du lagon en ourites.
Après la première expérience de l’année dernière, les autorités soutiennent que l’exportation des ourites a augmenté de 106 tonnes et a généré des recettes plus de Rs 10 millions aux pêcheurs. Les statistiques officielles indiquent qu’à la réouverture l’année dernière, les pêcheurs ont piqué cinq fois plus d’ourites et deux fois et demie la taille normale.
Par ailleurs, les autorités envisagent une série de mesures comme la transformation des ourites pour éviter que les prix de vente ne dégringolent comme ce fut le cas l’année dernière. La possibilité de préparer des piments ourites et ourites grillés en barquette est proposée. La commission de la Femme prévoit une unité de transformation à but lucratif de ce produit à Rivière-Coco. Rodrigues Trade Marketing & Company Ltd aidera à faire écouler les ourites de manière profitable pour la communauté des piqueurs d’ourites. Le consultant Michel De San de la COI apportera son expertise dans la réalisation du projet.
Mais un pêcheur d’ourite se montre quelque peu sceptique. “Ki kantité ourite pou mett sek ? Mo bizin larzan tou se swit mwa. Kan mo pou al atann ourite sek pou mo al vandé ? Si pa gagn enn bon prix, ki pou fer, pou bizin vandé sinon ourite la pou rest lamem”, fait-il comprendre
Dans l’ensemble, les Rodriguais regrettent l’impuissance des autorités face aux fraudeurs lors de la fermeture. “Ena bann peser finn ménasé. Zot inn dir nou ki nou pou gagn problem ek zot si nou dénonsé. Nou per ek éna fois nou trouv froder sorti dan lamer avek bann filwar gro-gro ourit. Nou pa finn kapav dénonsé parski nou lavi en jeu”, confie une mère de famille de quatre enfants.
Pendant la période de la femeture, ils sont quelque 1 260 pêcheurs à avoir bénéficié des activités alternatives pendant 30 jours. Parmi, une centaine a épaulé les officiers des Fisheries, les garde-côtes et la Police de l’Environnement pour lutter contre les contrevenants. En retour, ils étaient rémunérés Rs 250 pour une demi-journée par semaine. Le bon déroulement du projet était sous la houlette du Dr Henri Agathe, Officer in Charge & Economic Advisor de l’Economic Planning and Monitoring Unit du bureau du chef commissaire de Rodrigues.
La prochaine fermeture verra d’autres changements et visera à amener les pêcheurs à économiser à travers des comptes d’épargne. À chaque prise, un pourcentage sera dédié au compte d’épargne et le tout sera géré par les autorités. L’argent servira à payer les pêcheurs pour les travaux alternatifs pendant la suspension de la pêche.