Mais la ténacité du MIR s’affirme de plus en plus sur le terrain du mécontentement dans l’île

La joute pour les élections générales de jeudi prochain à Rodrigues laisse prévoir un retour de l’époque de 1976, avec l’entrée en politique de Serge Clair avec l’Organisation du Peuple de Rodrigues (OPR) contestant la présence du PMSD dans l’île. Fin de semaine dernière, le père de l’autonomie à Rodrigues, encadré des candidats et de ses principaux lieutenants de l’OPR, a voulu frapper fort avec un slogan sans appel : « PMSD Go Home ! ». Le leader de l’OPR a-t-il dit à haute voix ce que les autres pensent à voix basse dans des salons ? De son côté, le leader du Front Patriotique Rodriguais (FPRe), Johnson Roussety, que l’on aurait pu considérer comme un allié tactique des bleus, est déjà monté au créneau pour dénoncer le fait que « le PMSD est un danger pour Rodrigues ».

Toutefois, cette polarisation du débat politique entre l’OPR et le PMSD, sur fond d’élections générales, pourrait profiter au MIR. Le mouvement prônant carrément l’indépendance de Rodrigues semble s’affirmer de jour en jour sur le terrain fertile du mécontentement latent de l’électorat alors que le Mouvement Rodriguais de Nicolas Von Mally aura besoin d’un sursaut de dernière minute pour se replacer dans cette course pour les deux sièges à l’Assemblée nationale à pourvoir.

Avec le cri de ralliement « PMSD Go Home ! », l’OPR a déterré la hache de guerre contre un vieil ennemi politique à Rodrigues. « Ena enn parti politik dan Moris ki pe rod poz kandida isi dan Rodrig. Nou finn temwin dan lepase koman sa parti politik-la, PMSD, finn tret bann Rodrige. C’est un parti qui est dépassé, alors que nous regardons vers l’avenir. Kan li sorti dan Moris, li vinn prezant kandida Rodrig, li pe rod fer Rodrig rekil an arier. C’est du néocolonialisme, des colons politiques », dira Serge Clair sans aucun ménagement, en situant l’importance de l’Assemblée régionale de Rodrigues dans le processus de prise de décisions pour le développement de l’île.

Le leader de l’OPR ne cessera de marteler que « ena sertin dimounn dan Moris pe tret Rodrige kouma bann inferier ki pa konn narnie, ki pa kapav desid pou lavenir zot pei ». Il sera rejoint par Richard Payendee, sur un ton encore plus virulent, soutenant : « Kifer nou pe dir PMSD “go home” ? Si nou pe dir li retourn kot li, lev pake ale, sort dan Rodrig, se parski kan LOPR ti kree an 1976, se avek enn lobzektif presi. Et à cette époque, tous les Rodriguais se sont unis pour le faire disparaître de l’île de 1982 à ce jour. »

Les deux candidats de l’OPR aux élections générales, en l’occurrence Francisco François et Buisson Léopold, ont ciblé principalement leurs adversaires du PMSD en reléguant au second plan ceux du Mouvement Rodriguais. Le PPS sortant, Francisco François, dénonce ainsi : « Nou pa dakor ki vann Rodrig, vann enn lepep, vann nou dignite kouma sa de kandida PMSD-la pe fer. PMSD al kot zot dan Moris, al okip zot zafer laba ! »

De son côté, Buisson Léopold s’oppose à la présence du PMSD à Rodrigues sur un point de principe. « Nou pa dakor avek so prinsip kot li pe vinn met dezord dan lotonomi. Akoz sa nou pa dakor ki sa parti nasional-la pe vinn fou so nene dan bann zafer rezional. Pa konsern li sa. Zot etranze, zot pe vini pou diriz ek servi Rodrige pou diriz pep Rodrig ? » s’insurge-t-il.

Ce sentiment anti-PMSD est également partagé par l’ancien chef commissaire et leader du FPRe, mais de manière plus subtile. Intervenant sur sa page Facebook de manière régulière, Johnson Roussety décortique ainsi les mesures préconisées par le parti de Xavier-Luc Duval avec, pour leitmotiv, de souligner avec force que « PMSD = danger pour Rodrigues ».

Commentant le projet d’une radio privée à Rodrigues, Johnson Roussety note que « cela démontre le bluff du PMSD et l’ignorance des réalités » de Rodrigues. « Vraiment, il faut être intellectuellement limité et n’avoir rien compris à l’identité politique, culturelle et anthropologique de Rodrigues pour venir supporter un parti néocolonialiste qui, à travers des valets et valettes locaux, veulent imposer leur volonté depuis Maurice, supporté par la force de leur argent. »

Pour contrer les dires de l’OPR, le PMSD a placé en première ligne Robertson Mercure, ancien commissaire de l’OPR. « Pou enn sipoze gran parti koumsa, zot pe fer dimoun onte », déclare-t-il en regrettant que le PMSD ne se soit attaqué à personne dans cette campagne électorale axée sur la proximité. « Zot pe dir donn rodrig so valer, me LOPR pe invit enn artis internasional. Pena artis dan Rodrig ? Sa ve dir li pa pe valoriz artis lokal ! Bann Rodrige nepli anvi tann zot mem mo koze ! » dira-t-il sur un ton moqueur. Robertson Mercure se dit confiant que les candidats du PMSD remporteront ces élections. À une question de la presse sur le fait que les adversaires disent que le parti « pe donn larzan, pe aste vot dimoun », il répond : « Si mo ti kone kot pe donn larzan-la, mo ti pou al serse ! »

Intervenant à son tour, le candidat Vincent Perrine s’est, lui, appesanti sur le fait que « tou dimoun kone nou finn ne lor later Rodrig ek nou Rodrige ». Il poursuit : « Tou dimoun lor terin konn mwa ek Pierrette Prosper kouma bann Rodrige. Ce n’est pas aujourd’hui que certaines personnes viendront changer notre identité pour venir faire croire que nous ne sommes pas Rodriguais. Pierrette et moi sommes des enfants de l’autonomie et nous demandons à nos adversaires de respecter nos droits, nos choix et nos convictions, ainsi que notre liberté de penser, nos réflexions et nos actions politiques. Parce qu’en tant que citoyens de la République de Maurice, nous sommes dans une démocratie ! »

Avec cette passe d’armes entre l’OPR et le PMSD, le Muvman Independantis Rodriguais (MIR) poursuit, lui, son travail de fourmi sur le terrain. Ses deux candidates, Karen Edicka Carolina Castel et Angel Jenna Lévêque, mènent d’ailleurs la campagne tambour battant et donnent l’impression de pouvoir récolter les dividendes de leurs efforts.

À Rodrigues, le sentiment qui se dégage est que « le MIR, qui prône l’indépendance totale de Rodrigues, est présent comme un adversaire redoutable » avec lequel il faudra compter, et ce « car tous les nouveaux adhérents de MIR le font par conviction ». Selon des indications, le MIR et ses candidates reçoivent un accueil des plus favorables de l’électorat et, surtout, des déçus de l’OPR et des autres partis politiques. Et cela que ce soit à Roche-Bon-Dieu, bastion de l’OPR, à Cité Patate ou encore à Montagne-Cabris-Est.

En cette fin de campagne électorale, vu la présence en demi-teinte du MR sur le terrain, l’échec du projet de Johnson Roussety de réunir les forces de l’opposition contre le parti de Serge Clair et le PMSD, pris en tenaille par son “Track Record”, la question qui se pose est de savoir si le MIR ne se présente finalement pas en tant qu’adversaire No 1 de l’OPR, car il est vrai que la mobilisation et le défilé du MIR pour le Nomination Day ont marqué les esprits. Néanmoins, la mobilisation cruciale se jouera le jour du scrutin en grappillant le maximum de votes possible…

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