À partir de 14 h 20 hier, Port-Mathurin a vécu une véritable tension avec de grosses volutes de fumée noire couvrant le port et des explosions se faisant entendre. La police sous la direction du Divisional Commander en poste, l’assistant commissaire de police Ramphul, travaillant de concert avec l’assistant surintendant de police Max Raboude, mettait en place un plan de déviation du trafic routier dans le chef-lieu pour contourner la zone sinistrée avec les risques de déflagration et la présence de produits inflammables sur ce site. Finalement, en fin de journée, avec l’aide de leurs collègues affectés au Sir Gaëtan Duval Regional Airport, les sapeurs-pompiers de Port-Mathurin sont parvenus à maîtriser l’incendie avec un contrôle des lieux pendant toute la nuit d’hier à ce matin.
L’une des premières conséquences est une interruption de la distribution de produits pétroliers dans l’île, vu que les conducteurs, craignant une extension de la pénurie, ont mis à sec les cuves de la station-service de Mont-Lubin. Des dispositions ont été prises dans la soirée d’hier pour un réapprovisionnement d’urgence de point de ravitaillement.
Les premières indications, recueillies de sources bien informées et suite à des témoignages sur place, confirment que l’origine de ce grave incendie, dont les conséquences auraient pu être beaucoup plus graves vu toute l’infrastructure économique entourant cette zone, découle d’un problème survenu lors de l’opération de « degasing ». Le dégazage du réservoir du camion ayant assuré le transbordement des produits pétroliers du Mauritius Pride, arrivé hier matin, vers la principale station-service de Port-Mathurin, est un maillon important de la chaîne des opérations portuaires.
Ainsi, des employés de la firme AEL-DDS s’affairaient au nettoyage des tankers quand une étincelle devait semer la panique. « Nou ti inn fini pare pou transfer diezel depi rezervwar kamion ziska rezervwar. Operater ti bizin met laponp an mars pou koumans fer transfer. Enn kou, nou nek trouv enn etinsel ki flanbe. Nou nek tann enn eksplosion. Nou pa get a drwat ou a gos, nou galoupe, nou ale », raconte un témoin.
Cette première explosion, qui secoue les environs de Port-Mathurin, sera suivie par une série d’autres vu que la valve d’alimentation de produits pétroliers était restée ouverte.
Le QG de la police de Rodrigues, qui se trouve littéralement en face de la station-service de Camp-du-Roi, est en état d’alerte car les événements se déroulent presque en direct. En attendant l’arrivée des camions des sapeurs-pompiers et des éléments de la Special Mobile Force (SMF), dont les casernes ne se situent pas trop loin, un plan d’urgence est mis à exécution. Tout le trafic routier de Port-Mathurin est dévié vers les hauts de l’île et les habitants des régions avoisinantes sont tenus à l’écart par mesure de sécurité. Le danger pouvait venir à n’importe quel moment vu la proximité du dépôt de gaz ménager.
L’incendie gagne en intensité, faisant craindre le pire surtout eu égard aux équipements désuets des sapeurs-pompiers. L’apport des pompiers de l’aéroport de Plaine-Corail devait être déterminant. Les pompiers de Port-Mathurin, qui sont arrivés sur les lieux en premier, ne cachent pas leur mécontentement devant cet état de choses et lancent un appel pressant aux autorités pour la modernisation des services d’intervention anti-incendie.
« Nou finn riske nou la vi, si nou pa ti debout 15 metr ek dife la, Port-Mathurin ti pou fini zordi. Lor la, nou pena loksizenn, diezel li toxic, nou finn trouv boul dife travers lor delo ek vinn ver nou. Nou bann lekipman vie depi 20 ans », font comprendre des sapeurs-pompiers dépités mais fiers d’avoir pu protéger Port-Mathurin d’une catastrophe. Toutefois, une pompe électrique des pompiers a été complètement endommagée par les flammes. « Depi l’Asanble rezional Rodrig finn vini, nou pa finn gagn lekipman, erezman divan finn zwe dan nou faver ek finn soufle ver le Nor », devaient-ils concéder. Un employé d’AEL-DDS a dû être évacué à l’hôpital Queen Elizabeth II de Crève-Coeur, victime de suffocation.
Les responsables gérant la compagnie de station-service de Port-Mathurin sont mis à l’index avec des questions au sujet du Fire Certificate. « Zot fer prev d’iresponsabilite. Zot mem pa kone si sa moter ki pou deklans laponp delo, so bateri an pann. Zot pa konn linportans sekirite. Pena okenn disiplinn. Nou lavi an danze. Nou trakase. Erezman pa lesans ki ti pran dife sinon Port-Mathurin e Mauritius Trochetia ti pou fini », font ressortir ceux qui s’y connaissent en la matière.
Une enquête policière a été ouverte en vue d’établir les circonstances de ce sinistre et des spécialistes dans le handling de produits pétroliers sont attendus à Rodrigues aujourd’hui pour des recommandations. Néanmoins, le principal problème depuis hier soir concerne la distribution de produits pétroliers. Avec la double psychose de la pénurie du week-end et l’incendie affectant la station-service de Port-Mathurin, celle de Mont-Lubin a été prise d’assaut avec tout le stock épuisé en début de soirée. Un plan pour réapprovisionner la station de Mont-Lubin devait être mis à exécution ce matin.