Le champion du monde chez les golfeurs aveugles, Jeremy Poincenot, a procédé au lancement de Swing for the Coast, une campagne de deux mois pour la protection de l’environnement, et ce à l’initiative du groupe Rogers. C’était mercredi matin à Bagatelle. Atteint de neuropathie optique héréditaire, le golfeur américain, devenu aveugle à 19 ans, exerce comme conférencier et inspire son audience à travers son histoire.
Avec le retour de l’Afrasia Bank Mauritius Open et les remises en état de divers sites associés à Bel-Ombre, le groupe Rogers a réalisé que cet événement n’apporte pas qu’une visibilité importante pour Maurice d’un point de vue touristique. En effet, c’est aussi une occasion de prendre conscience des autres besoins du pays, dont les défis environnementaux. Une occasion pour le CEO du groupe Rogers, Philippe Espitalier-Noël, de relever les dégâts que peut engendrer un cyclone, dont celui ayant atteint les Caraïbes. « Notre île aussi est confrontée à de multiples défis. Il nous faut nous assurer qu’elle soit protégée. Nous avons besoin de davantage de mobilisation. »
Philippe Espitalier-Noël dit se souvenir de la variété de coquillages qu’il pouvait admirer quand il était jeune. « Aujourd’hui, nous pouvons à peine montrer des coquillages à nos enfants. » Le CEO de Rogers a indiqué que le groupe est membre de l’United Nations Global Compact et qu’il a été repéré en termes de meilleures pratiques dans le domaine du CSR. Rogers a été reconnu pour sa lutte contre le VIH/Sida et identifié une deuxième fois par l’UN Global Compact comme exemple à suivre dans le CSR.
Deux mois durant, un filet avec une cible parcourra un itinéraire à travers l’île pour se terminer à Bel-Ombre. Le public pourra viser dans le filet et chaque personne aura la chance de pratiquer son “swing”. Chaque essai permettra au groupe Rogers de collecter un volume de déchets dans le sud-est. « La plage à Bel-Ombre subit une érosion à une vitesse rapide », constate Philippe Espitalier-Noël. « Nous collaborons avec le gouvernement pour protéger les biens que nous avons. »
Dans un témoignage qu’il a livré à l’occasion du lancement de la campagne, le champion du monde de golf handisport, Jeremy Poincenot, 27 ans, a déclaré que « la vie est faite d’obstacles, mais dans le golf comme dans la vie, tout est question de la manière dont on surmonte ces obstacles ». Il est par ailleurs revenu sur la première fois où il s’est aperçu qu’il n’arrivait pas à lire un panneau. Il avait alors 19 ans. « Pour moi, ce n’était pas normal car j’avais toujours eu une très bonne vue. J’ai appelé ma mère pour lui dire que je devais peut-être porter des lentilles. » En se rendant chez l’opticien, le jeune Jeremy Poincenot se rend compte qu’il ne pouvait lire les lettres sur le tableau. Très optimiste, il se dit qu’au pire, il devra porter des verres épais. Mais son cas s’avère plus grave. Malgré plusieurs examens, un IRM et de nombreux jours à l’hôpital, sa vue se détériore de manière drastique jusqu’à ce que ses deux yeux soient touchés. Atteint d’une maladie très rare, touchant une personne sur 50 000, il perd la vision centrale. « Je ne peux plus lire ni conduire. » Il a évoqué aussi la difficulté qu’il y a « lorsque vous connaissez quelqu’un depuis des années et que vous devez ravaler votre fierté en demandant de qui il s’agit », ajoutant qu’il était « accablé ».
Il met fin à ses études et retourne chez ses parents où il passe ses jours à dormir sur le canapé. « Un jour, mon père m’a dit : “Jeremy, tu devrais te réveiller plus tôt”. Or, dans mes rêves, j’avais une vue parfaite. Je préférais rester dans mes rêves. » Jusqu’au jour où il prend connaissance du crash d’un avion en Californie dans lequel un homme perd quatre proches, dont ses deux enfants. C’est à partir de ce moment qu’il a un déclic et décide de ne plus s’apitoyer sur son sort et de continuer à avancer dans la vie.
Un de ses meilleurs amis l’appellera pour reprendre deux cours légers. « Ce que mon ami Josh a fait pour moi est monumental. En 2013, j’ai décroché un degré en Business. Comme Rogers, nous devons regarder les autres autour de nous et aider à améliorer leur vie de la même manière que Josh a impacté sur ma vie. » Quelque temps après, sa mère lui parle de l’US Blind Golf Association. « Je pensais qu’elle me faisait une blague, mais elle était sérieuse. » Aujourd’hui, le père de Jeremy Poincenot lui sert de guide dans les tournois. « Je suis plus heureux aujourd’hui à 27 ans que je ne l’étais à 19 quand je voyais bien. Quand nous apprenons que nous aurons des obstacles dans la vie, cela nous ouvre les yeux et nous arrivons à voir les choses que nous n’aurions pas vues avant », devait-il conclure.