Lancé vers la mi-février, le Youth Employment Programme (YEP), destiné aux jeunes chômeurs de 16 à 30 ans, rencontre déjà du succès. Presque huit mois après, 3 100 jeunes sont déjà en entreprise sous ce programme, qui a pour objectif étant de leur proposer un stage en entreprise afin de les aider après cette expérience à trouver un emploi. Roland Dubois, Senior Adviser au ministère des Finances et responsable du YEP, dresse un constat de son évolution chez les jeunes et les employeurs. Satisfait du rythme des placements, il souligne que le gouvernement cofinance ce projet à hauteur de 50 %.
Cela fait huit mois que le YEP a été lancé, êtes-vous êtes satisfait des résultats ?
Effectivement le premier contrat signé avec un employeur pour le recrutement des jeunes sous le Youth Employment Programme (YEP) a été signé le 5 février de cette année. Il faut rappeler que c’est Xavier-Luc Duval, vice-Premier ministre et ministre des Finances, qui a lancé le YEP le 29 janvier dernier. À ce jour, huit mois après, plus de 8 000 jeunes et presque 600 entreprises sont enregistrés avec le YEP. Et le fait important, c’est que 33 % de ces jeunes venant des différentes filières et de différents niveaux de qualifications ont déjà été placés dans 320 compagnies pour une période d’une année. Les autres entreprises enregistrées sont en plein exercice de recrutement. Ainsi, plusieurs autres jeunes auront leur chance d’être recrutés très prochainement.
Les jeunes enregistrés auprès du YEP ont des qualifications diverses, avec le SC (17 %), le HSC (28 %), un degree (33 %) … Donc un jeune qui a entre 16 et 30 ans et qui ne travaille pendant un minimum de 90 jours est éligible au programme, indépendamment de ses qualifications. Le programme aide les jeunes qui n’ont pas des qualifications tout aussi bien que les jeunes avec des diplômes universitaires. Si on inclut les 400 autres jeunes recrutés à travers l’ICT Skills Development Programme (ISDP), également financé à travers le YEP, le nombre total de jeunes placés en entreprise dépasse les 3 000. L’objectif, pour le VPM, est d’atteindre 4 000 jeunes d’ici la fin de l’année. Le gouvernement cofinance le projet à hauteur de 50 %.
Je dois ajouter que le processus est très dynamique. Au début, le recrutement se faisait plus lentement. En février, le mois du lancement, on n’avait placé que 96 jeunes en entreprise. Pendant les mois de mars, avril et mai, le nombre de placés est passé à une moyenne de 200 par mois. Et en juin, juillet et août, le nombre de placés mensuellement a augmenté sensiblement pour passer à 403, 584 et 450 respectivement. Cela démontre que le YEP a pris sa vitesse de croisière et beaucoup de sociétés lui font maintenant confiance. De même, le nombre de compagnies à se faire enregistrer est passé à une centaine mensuellement. Donc on ne peut qu’être satisfait. S’il n’y avait pas ce programme, plus de 3 000 jeunes seraient sur la liste de jeunes chômeurs actuellement.
Quels sont les secteurs qui ont effectué le plus de recrutements ?
Les secteurs qui ont le plus recruté sont les suivants : TIC/BPO : 668, hôtellerie et restauration : 542, manufacturier (textile et autres) : 484, secteur professionnel et scientifique : 393, et commerce : 356. S’agissant des degree holders, le plus grand nombre qu’on a placés sont dans le domaine des TIC, du management et de l’ingénierie.
Combien de temps cela prend-il pour qu’un jeune qui s’enregistre avec le YEP trouve un placement ?
Beaucoup de jeunes nous posent cette question. Je voudrais souligner que ce sont les entreprises qui recrutent ; nous, nous sommes un facilitateur dynamique, qui gère une plateforme pour mettre en contact les jeunes demandeurs d’emploi et les employeurs. On facilite ce contact qui autrement aurait été moins facile.
Un jeune s’enregistre sur notre site web en remplissant son profile, c’est-à-dire ses données personnelles, les études complétées, les certificats obtenus et aussi l’emploi recherché. En parallèle, un employeur décline ses besoins en termes de nombre d’emplois et de profils requis, entre autres. Notre secrétariat envoie à l’entreprise une liste de jeunes enregistrés avec le YEP qui ont les compétences dont elle a besoin. La société concernée entre en contact avec les jeunes qu’elle a identifiés par téléphone pour une entrevue. Et là, très souvent, l’employeur nous fait savoir que personne ne répond au téléphone. Donc je profite de cette occasion pour demander aux jeunes qui sont enregistrés avec le YEP de toujours avoir leur téléphone avec eux, de bien répondre quand un employeur les appelle et surtout de se rendre aux entrevues comme prévu.
Le rythme des placements est tributaire de plusieurs facteurs : la filière des études des jeunes enregistrés, le temps que prend un employeur pour procéder au recrutement, surtout quand on réalise qu’il embauche un jeune après cette année de placement. Donc, il prend le temps nécessaire pour effectuer le recrutement. Mais une fois que ce dernier a finalisé sa liste de jeunes, il appose sa signature sur le contrat qui définit toutes les conditions du placement/formation et nous le fait parvenir au secrétariat du Skills Working Group. Là, on vérifie tous les documents nécessaires et si tout est en ordre, on retourne le contrat dûment signé à l’employeur qui peut aller de l’avant avec le placement dans un maximum de deux jours. Toutes les informations sont sur notre site web, www.yep.mu, et les numéros de téléphone du secrétariat sont les suivants : 201 3992, 201 1472, 201 3930, 201 3931 et 201 3932.
Comment sont répartis les jeunes qui sont placés par rapport à leurs qualifications ?
Comme je l’ai dit plus tôt, des jeunes avec ou sans qualifications peuvent s’enregistrer à travers notre site web. Au mercredi 2 octobre, les chiffres démontraient que les placements étaient plutôt bien répartis eu égard aux qualifications des jeunes : 15 % d’entre eux ont une licence universitaire, 6 % un diplôme, 23 % le HSC, 26 % le SC et 27 % une qualification au-dessous d’un SC. On aurait aimé placer plus de degree holders car ils constituent 33 % des jeunes enregistrés auprès du YEP.
Comment expliquez-vous que de nombreux jeunes diplômés ne trouvent pas d’emploi ?
C’est un phénomène mondial. Le chômage est un des problèmes majeurs touchant les différentes économies à travers le monde. Les différents pays d’Europe en souffrent énormément depuis que la crise s’y est installée. Bien sûr, certains pays en souffrent beaucoup plus que d’autres. En Espagne, Grèce ou en Afrique du sud, plus de la moitié des jeunes sont sans emploi. Il n’y a que l’Allemagne et l’Autriche qui sortent la tête de l’eau avec 7,9 % et 8,7 % des jeunes de moins de 25 ans au chômage.
À Maurice, selon Statistics Mauritius, 24 % des jeunes entre 16 et 25 ans étaient au chômage en 2012 et ce chiffre diminue avec l’âge, passant à 17 % pour les jeunes de 16 à 30 ans. Il faut aussi souligner que 27 % des jeunes chômeurs possèdent une licence universitaire.
Malheureusement, très souvent les qualifications que possèdent les jeunes ne correspondent pas aux besoins du marché du travail. Par exemple, notre base de données démontre qu’il y a actuellement 345 degree holders en finance (BSc Finance), 205 en business administration/management, 146 en human resource management, 85 en hospitality management. C’est un groupe qui éprouve des difficultés à trouver un emploi. Et le pire c’est que 69 jeunes enregistrés avec le YEP et possédant une licence en finance et 43 autres en business administration/management ne trouvent pas preneur depuis leur enregistrement en février dernier.
Cette tendance est confirmée par Statistics Mauritius qui démontre que 800 degree holders en sciences sociales, business et loi ont été au chômage pendant plus d’une année. Beaucoup de jeunes universitaires enregistrés avec le YEP possèdent des diplômes en finance (BSc finance), management, ressources humaines, langues, tourisme qui ne sont pas en grande demande par les employeurs. Par ailleurs, il y a le manque d’expérience. C’est normal qu’un jeune qui termine ses études n’ait pas l’expérience voulue. Donc en dépit de ses qualifications, quand un jeune va chercher un emploi, on lui demande s’il a de l’expérience. Or, ce n’est souvent pas le cas pour un jeune qui vient de terminer ses études. D’un autre côté, les jeunes ne sont pas prêts à accepter certains emplois ; je peux vous assurer qu’il y a des emplois dans le secteur des TIC, du BPO, de l’ingénierie, du textile (knitting), au niveau des opérations dans certaines usines etc. qui ne trouvent pas preneurs. Des entreprises cherchent aussi des professionnels de haut calibre. On a également remarqué que beaucoup de jeunes enregistrés avec le YEP ont un problème de communication et de comportement.
Quelles sont les mesures qui sont prises pour augmenter la chance de ces jeunes d’être embauchés par une entreprise ?
Le gouvernement est conscient des problèmes auxquels font face les jeunes qui viennent sur le marché du travail. C’est pourquoi il est allé de l’avant avec le Youth Employment Programme. Déjà, on a réussi à placer plus de 3 000 jeunes en entreprise dans un contexte économique qui n’est pas excellent. Le ministre des Finances a déjà pris le taureau par les cornes en présentant des amendements aux législations de l’éducation tertiaire pour rendre obligatoire la constitution d’un comité consultatif au niveau des institutions tertiaires. Celui-ci est chargé d’assurer une collaboration étroite de ces institutions avec les employeurs afin que les programmes d’éducation offerts soient en consonance avec la demande des industries, ce qui va certainement augmenter la possibilité d’emploi de ces jeunes.
Parmi d’autres mesures déjà initiées, il y a un appel d’offres pour choisir des universités ou institutions tertiaires qui pourraient dispenser des programmes de formation pour augmenter les compétences et l’employabilité de ces jeunes. Ainsi, ils seraient mieux armés pour écrire un CV, passer une entrevue, bien communiquer et se présenter, entre autres, ce qui les aidera à passer cette phase critique vers l’immersion dans le monde du travail. Il y a aussi le projet d’Ébène Accelerator pour aider les jeunes informaticiens à développer un esprit d’entrepreneuriat et à démarrer leur propre petite entreprise de développement de mobile apps. D’autres mesures seraient certainement annoncées dans le prochain budget.
Le mot de la fin…
Je voudrais appeler les employeurs qui ne sont pas encore enregistrés sur le YEP à entrer en contact avec nous et à s’enregistrer le plus vite possible. Il faut qu’on travaille ensemble pour préparer ces jeunes et les aider à se rendre employables. Il faut qu’on donne la chance à ces 5 000 jeunes qui ne sont pas encore placés. C’est un réservoir de jeunes talents qu’on est en train de créer pour la bonne marche des entreprises et notre économie en général.
Je fais un appel aux jeunes chômeurs aussi pour qu’ils restent joignables au téléphone et soient présents aux entrevues auxquelles ils sont convoqués. Je leur demanderai également de ne pas refuser l’emploi qui leur est proposé car chaque emploi possède un élément de développement et est une opportunité pour développer des compétences et se familiariser avec le monde du travail. Chaque entrevue offre aux jeunes une occasion d’apprendre, de s’auto-évaluer afin de mieux faire lors de la prochaine entrevue.
Je voudrais aussi faire un appel aux jeunes qui vont entamer des études tertiaires pour leur demander de bien choisir leur programme d’étude. Il ne faut pas suivre leurs amis comme des moutons de Panurge. Il faut bien planifier sa carrière. Et surtout, il faut toujours viser l’excellence car Maurice a et aura besoin de professionnels de haut calibre qui sont en constante mutation vers l’innovation.