Le roman Vie de monsieur Leguat, de Nicolas Cavaillès, sorti fin septembre aux Editions du Sonneur, est basé sur une histoire vraie: celle de François Leguat, ce singulier voyageur de nos eaux de l’océan Indien de la fin du XVIIème siècle. Week-End a rencontré l’auteur rue Saint-Romain, dans le VIème arrondissement de Paris, dans les locaux mêmes de la maison d’édition. Ce roman court et percutant touche par la pureté et la justesse du style et emporte le lecteur à travers un voyage dans le temps, dans l’espace, pour rétablir la vérité, autoriser la rêverie et plus encore pousser à réfléchir sur cet ailleurs, tel que le définit Cavaillès.
Les passionnés de récits de voyages connaissent déjà sans doute l’existence de François Leguat. Né dans l’Est de la France en 1638, cet homme se voit contraint à l’exil suite à la révocation de l’édit de Nantes qui interdit tout culte aux protestants. Après plus de cinquante ans passés dans sa Bresse natale, Leguat se réfugie en Hollande puis embarque à bord d’une frégate, l’Hirondelle, accompagné d’une dizaine d’hommes. Tous, bannis comme lui, recherchent un Eden dans l’océan Indien, lieu où ils ont l’espoir de créer une communauté utopiste dont ils seraient les précurseurs. L’île déserte Diego Ruiz — futur Rodrigues — puis l’île Mauritius, alors sous le contrôle des Hollandais et habité par quelques trois cents hommes, seront-elles le paradis espéré de ces exilés ?
Nombre de livres, essais, études ou autre écrit sur l’histoire de notre région des Mascareignes mentionnent François Leguat. Dès 1707, le récit intitulé Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales paraît à Londres et Amsterdam, puis partout en Europe. Leguat avait en quelque sorte « abandonné son texte », laissant à d’autres retravailler son histoire, à la mode des récits exotiques de l’époque, dénaturant par là même sa véracité. Nombreux considérèrent qu’il s’agissait de l’oeuvre d’un fabulateur, d’autant que la faune et la flore décrites avaient en partie rapidement disparues après le passage de Leguat. « La Bêtise humaine a souvent tendance, face à l’extraordinaire, à le repousser comme quelque chose de faux sans chercher à comprendre ou à voir de plus près », nous confie Nicolas Cavaillès lors de son entretien avec Week-End.