Rouma Bahadoor est l’une des sept femmes en lice à Mahébourg/Plaine-Magnien. Elle ne manque pas de souligner que parmi les grands blocs politiques, seul le MMM a osé le pari d’opter pour une femme; qui plus est, une habitante de la circonscription No 12. Rouma Bahadoor a comme colistiers, Tony Apollon et Kishore Pertab. Selon elle, les femmes sont contentes de la voir sur le terrain et l’encouragent dans cette voie. Au cours de la campagne, elle dit avoir identifié trois problèmes récurrents dans la région : le chômage des jeunes, la fourniture d’eau et le manque de loisirs. Elle plaide également pour la revalorisation de Mahébourg et prône une sensibilisation contre la violence domestique, dès l’école primaire.

Vous vous présentez pour la première fois aux élections. Qui est Rouma Bahadoor?

Pour ceux qui me connaissent je suis Miss Rouma. Je suis enseignante dans une école à Mahébourg. Je m’adonne à ce métier depuis 25 ans. J’ai fait mes débuts en politique depuis 2012 et je suis active sur le terrain depuis 2014. Depuis, je n’ai pas quitté le terrain du n°12, Mahébourg/Plaine-Magnien. J’habite Mare Tabac, qui fait partie de la circonscription. Ce qui m’aide à être proche des gens. Je les connais et je connais les problématiques de la région.

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la politique?

De par mon métier, j’ai toujours été en contact avec les gens, dont les parents d’élèves. Cela m’a aidé à prendre conscience des disparités qu’il y a dans la société. Là où je suis, il y a beaucoup de personnes qui vivent dans la pauvreté. J’ai toujours fait ce que j’ai pu pour les aider à ma manière. Toutefois, à un moment, on se rend compte que le social seulement ne suffit pas. Je me suis dit, pourquoi ne pas aller plus loin en apportant ma contribution dans la politique, afin de pouvoir amener certains changements. Car le combat contre la pauvreté a toujours une dimension politique.

Pourquoi avoir choisi le MMM?

Le MMM est le seul parti qui répondait à mes aspirations. C’est un parti où l’on retrouve toutes les composantes de la population mauricienne. Chez nous, il n’y a pas de division. C’est le parti de l’unité; le MMM a su rassembler tout le monde. Le leader lui-même, symbolise cela. Paul Bérenger est quelqu’un que j’ai appris à connaître. C’est quelqu’un de droit. Il est sincère dans son travail. Il a une vision pour Maurice et pour tous les Mauriciens. De par ma profession, j’ai vécu le mauricianisme à fond. Quand j’ai besoin d’aider un enfant, je ne regarde pas qui il est, d’où il sort. C’est un enfant qui a besoin d’aide avant tout. Peu il importe d’où il sort et quel est son background. J’ai retrouvé cette philosophie au MMM.
Par ailleurs, le MMM est un parti où règne la méritocratie. Voyez le nombre de jeunes et de femmes qui ont eu leurs chances pour ces élections.

Comment se passe votre première campagne électorale?

Les élections ont été déclenchées rapidement, en pleine période d’examens. J’ai dû prendre un congé forcé de deux semaines. Comme j’avais la responsabilité de ma classe depuis deux ans, j’ai pu compléter le programme et nous avons commencé les révisions depuis un certain temps déjà. Mes élèves ont déjà été bien préparés, je les ai accompagnés jusqu’au bout.
Sur le terrain, la campagne se passe très bien, étant donné que nous avons droit à un accueil favorable sur le terrain. Vu que je suis originaire de Mare Tabac, je connais beaucoup de villages dans la circonscription et je n’ai pas eu de difficultés à m’adapter. En revanche, il y a également des endroits que j’ai appris à découvrir, comme Trois Boutiques, Carreau Esnouf, où nous avons rencontré des gens formidables. Ce contact avec les citoyens m’a aussi permis de prendre connaissance de leurs difficultés, de leurs doléances. Chaque personne a ses problèmes et nous essayons de voir comment nous pouvons les aider au mieux.

Quelles sont ces difficultés?

Sur toutes les cinq familles que nous visitons, il y a un problème d’emploi. La question de « gradués chômeurs » demeure un gros souci pour le pays. Les parents témoignent comment ils ont investi pour l’éducation de leurs enfants, pour ensuite les retrouver au chômage. Dans certains cas, ils disent qu’ils attendent un emploi depuis dix ans. Pourtant, dans la circonscription de Mahébourg/Plaine-Magnien, il y a l’aéroport. Comment se fait-il que les enfants de la région ne trouvent pas du travail à l’aéroport? Pourtant, on a agrandi, on a modernisé, mais toujours pas de travail pour les enfants des localités avoisinantes.
L’autre gros problème demeure la fourniture d’eau. Dans plusieurs régions, les personnes se plaignent des coupures. Il y a des endroits où l’eau ne coule que deux heures par jour. Comment peut-on vivre dans ces conditions, alors qu’on avait promis l’eau 24/7. Cinq ans se sont écoulés et le problème demeure dans ces régions.

Le troisième souci est le manque de loisirs dans la circonscription. Raison pour laquelle nous avons lancé une académie de foot, avec le peu de moyens dont nous disposons. Nous avons aussi organisé des activités pour les enfants. Avec mes deux colistiers, Tony Apollon et Kishore Pertab, nous voulons donner un nouveau souffle à la jeunesse du n°12. Pour nous, le travail a déjà commencé.

Comment les gens réagissent-ils au regard d’une femme sur le terrain ?

Les gens sont très accueillants de manière générale. Quand ils voient une dame, ils font un peu plus attention. Jusqu’à présent, cela se passe très bien. Dans la région où je suis, à Mare Tabac, je suis connue. Dans les régions avoisinantes, comme Mare d’Albert ou Trois Boutiques, les gens nous disent qu’ils apprécient de voir une femme sur le terrain. Ils reconnaissent que ce n’est pas facile pour une femme de faire de la politique. Ils me disent qu’il faut persévérer et me soutiennent dans cette voie. Bien sûr, les femmes sont d’autant plus contentes de me voir. Elles sentent qu’il y a au moins une personne pour les représenter, pour être leur voix au n°12. Quand même 52% de la population sont des femmes. Leur voix doit être représentée. En tout cas, l’accueil est très positif. On nous dit même que parmi les grands partis, seul le MMM a eu le courage d’aligner une femme au n°12, qui est une région rurale, pour ces élections.

Quelle contribution voulez-vous apporter à votre circonscription, en tant que députée?

Premièrement, je continuerai à être une personne de proximité. Comme je l’ai dit plus tôt, il y a des problèmes qui ont été identifiés; de par notre rencontre avec les gens sur le terrain, je vais travailler, avec mes colistiers, pour essayer de trouver des solutions à ces problèmes. Nous voulons apporter la lumière, faire rayonner notre circonscription. Outre les problèmes d’emploi, de fourniture d’eau et de loisirs, comme je l’ai expliqué, il y a également le problème d’infrastructures à résoudre. Par exemple, mon frère est rentré de France; lorsque nous avons fait le trajet depuis l’aéroport jusqu’à la maison, il m’a fait remarquer à quel point nos routes sont en mauvais état. Peut-être que nous, avec le temps, nous avons fini par nous habituer à cela et nous ne faisons plus attention. En plus, n’oublions pas que les routes de Plaine Magnien, représentent le gateway de Maurice. C’est par là qu’on passe pour entrer et sortir du pays.

L’une de mes priorités donc sera de redonner au n° 12 sa valeur. Il faut rehausser le village de Mahébourg, qui est resté le même depuis des années. À chaque fois on fait de belles promesses et puis, il n’y a rien de concret. Le marché est resté le même depuis des années. Refaire la foire de Mahébourg et redonner au front de mer son importance figurent parmi nos priorités..

Que pensez-vous du projet de village touristique à Mahébourg?

Moi, j’aime Mahébourg comme il est. Tout développement touristique doit respecter le cachet naturel du village. Et ce, en améliorant les infrastructures et en revalorisant son passé historique. Le musée de Mahébourg, par exemple, nécessite une nouvelle touche. Il y a aussi les îlots autour, comme l’Ile-au-Phare. Le tout n’est pas de se dire qu’on va entreprendre un développement touristique comme à Grand-Baie. Il faut un nouveau dynamisme, mais tout en gardant l’authenticité de Mahébourg.

La question de violence domestique est d’actualité. Comment, en tant que candidate, pouvez-vous apporter votre contribution pour combattre cela?

Il faut avant tout renforcer les capacités des femmes. Elles doivent connaître leurs droits et prendre leurs destins en main. Une femme doit pouvoir dire non, dire assez, quand il le faut. Elle ne doit pas toujours laisser passer. Il y a des émotions qui entrent en jeu. Une fois c’est trop. Dès la première fois, il faut dire stop. Si demain nous sommes élus, nous apporterons le soutien nécessaire à chaque femme, dans chaque foyer. En tant que femme, je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous avons atteint un tel niveau de violence. Il y a des choses qu’on voit dans les films et on ne croyait pas que cela pouvait arriver ici…

Il y a aussi la part de l’éducation. Dès l’école, les filles et les garçons doivent apprendre à vivre en harmonie et à être sensibilisés à la question de violence.