De longs mois d’attente guettent les usagers de la route Macondé car les alternatives trouvées par les autorités à sa fermeture ne risquent pas d’être élaborées en quelques jours. Ce, alors que les habitants de Baie du Cap manifestaient hier encore, réclamant l’ouverture provisoire d’une des deux voies de cette route. Les autorités sont contraints – sur l’avis d’experts réunionnais et japonais – de prendre des mesures plus drastiques sur ce tronçon jusqu’à ce que les rochers à risques soient enlevés. En attendant l’appel d’offres du ministère des Infrastructures publiques, cette semaine, en vue de cette tâche délicate relevant de firmes étrangères, les riverains devront prendre leur mal en patience. Une donne qui risque d’accentuer la frustration et la colère des habitants de Baie du Cap et autres villages avoisinants, car la route Macondé, déjà interdite à la circulation routière, le sera aussi aux piétons. Lesquels bravent le danger depuis le 26 avril dernier, estimant que la route alternative Chamarel/Case Noyale est encore plus à risques, bien que les autorités y aient entrepris des travaux de consolidation. Ce tracé de 12km sera également interdit aux poids lourds à partir de cette semaine.
Le vice-Pm et ministre des Infrastructures publiques Anil Baichoo est catégorique: fermeture de la route Macondé égale sécurité des usagers. Lors d’un point de presse, vendredi, à son bureau, entouré du ministre des Collectivités Locales, Hervé Aimée, de hauts gradés de la force policière, de ses consultants et des représentants de la Road Developement Authority (RDA), Anil Baichoo a insisté sur les rapports des experts réunionnais, de la SMF, des représentants de la Japan International Cooperation Agency (JICA) et de la RDA, ainsi que d’autres experts étrangers, en visite chez nous il y a peu, qui sont unanimes, dit-il, à reconnaître que la route Macondé doit être fermée à la circulation en attendant la mise en place des mesures correctives. « Les autorités maintiendront la fermeture de la route tant que les rochers instables ne seront pas enlevés », a-t-il dit, ajoutant que sur l’avis des experts réunionnais, la solution retenue par le gouvernement est l’élargissement de la route Macondé, avec notamment une nouvelle route dans la mer à partir du View Point. Cette extension se fera, dans un premier temps, en direction de Baie du Cap, sur 250 mètres, et devrait nécessiter un investissement d’environ Rs 65 M à ce stade. Un filet en inox sera également mis sur le View Point pour limiter les risques d’éboulements, même s’ils ne sont pas conséquents, dit le ministre Baichoo.
10 jours de travaux, selon le ministre Aimée… désapprouvé par les consultants
Jusqu’ici, la durée des travaux reste indéterminée. Et si le ministre Aimée, député de la circonscription, a soutenu – sans doute, dans le but d’apaiser la colère des habitants du No 14 – qu’une partie (environ 50m) de cette bretelle de 250m prévue dans la mer, sera complétée en dix jours pour rétablir partiellement la circulation routière, la réalité est autre. D’ailleurs, comme l’a indiqué le ministre Baichoo, ce n’est que cette semaine que les appels d’offres pour le recrutement des sociétés étrangères, spécialisées dans l’enlèvement de ces rochers, seront émis. Ce qui nécessitera plusieurs jours et davantage avant que les rochers ne soient enlevés, à l’aide de machines probablement, l’usage d’explosifs étant déconseillé par les experts. « D’ici semenn prosenn, nou pe award contrat pou enleve bann ross instable. Mo esperé nou pou reussi fer li à temps. Mo fer appel à tou bann usagers de la route de sa région-là pou gagne enkor impe patience », devait dire le ministre Baichoo. Un appel que rejettent les habitants de Baie du Cap et des villages avoisinants, témoignant de leur calvaire quotidien d’emprunter l’étroite route sinueuse de Chamarel et qui, selon eux, est encore plus dangereuse que la route Macondé.
Remblayage du lagon pour l’extension en largeur de la route
La solution envisagée par les autorités est ainsi la construction d’une route parallèle, accolée à l’ancienne route, à partir du View Point de Macondé, dans la mer en direction de Baie du Cap. D’environ 250m, elle nécessitera le remblayage de cette partie du lagon. Depuis vendredi, selon nos informations, des machines sont à l’oeuvre pour l’installation de gros rochers dans la mer sur lesquels sera élaborée la route. Celle-ci devrait être élargie, dans un deuxième temps, de l’autre côté du View Point, en direction de La Prairie. Mais dans l’immédiat, les autorités se concentreront sur l’alignement d’une nouvelle bretelle d’environ 150m, parallèlement au tronçon le plus dangereux de la route Macondé, en direction de Baie du Cap, là où les risques d’éboulements sont les plus conséquents. Selon le plan établi, le District Contractor devrait en combler au moins 50m des 150m au plus vite, afin de pourvoir un accès aux piétons, qui ne pourront emprunter cette route partiellement comblée qu’une fois les rochers purgés de la montagne Macondé.
L’utilisation d’explosifs déconseillée
Parallèlement, il est envisagé d’entreposer des sand bags le long de la falaise, afin de réduire les risques de chute sur la route elle-même qui servira, dès lors, de zone tampon, les experts n’ayant trouvé aucun moyen pour la pose de filets en inox sur la montagne afin d’empêcher, comme c’est le cas à La Réunion, les rochers instables de tomber. Ce tronçon, actuellement interdit à la circulation, sera définitivement fermé. Parallèlement, en raison des travaux de remblayage qui seront effectués en vue de la construction de la bretelle de 250m prévue par les autorités, la route Macondé sera interdite aux piétons provisoirement, en raison des risques qu’elle représente. Les autorités ont manifesté leur volonté d’entreprendre ces travaux de remblayage au plus vite afin d’en rétablir l’usage piétonnier, mais les experts estiment que cela nécessitera plusieurs semaines. Les travaux de construction de la route elle-même, dont la durée n’a pas encore été déterminée devraient s’étaler sur plusieurs mois, voire sur une année, selon les professionnels du domaine. Ce qui accroît la colère des habitants du Sud, qui s’insurgent contre la décision des autorités de se servir de la route de Chamarel comme alternative.
Trafic alterné sur la route de Chamarel avec des feux de signalisation
Concédant qu’il existe de nombreuses doléances quant à l’utilisation de l’étroite route sinueuse de Chamarel, très dangereuse en temps de pluie et ne disposant d’aucun éclairage, le ministre Baichoo indique que d’importants moyens ont été déployés pour en rehausser la sécurité, depuis quelques semaines. En outre, des road markings ont été faits et des arbres coupés pour rendre la circulation plus facile. De même, annonce Anil Baichoo, il est prévu d’y installer des lanternes pour l’éclairage nocturne. Ce qui nécessitera plusieurs semaines de travaux, le CEB ne disposant pas de réseau sur ce tronçon. Ce qui signifie également que le projet de feux de signalisation à un point critique sur cette route, là où elle est la plus abîmée et étroite, prendra tout aussi longtemps.
« Minis-là pa conné ki ti dimoun bizin travay? »
L’installation de deux feux de signalisation est nécessaire, apprend-on, afin d’éviter que cette partie de la route fissurée ne cède davantage. Ainsi, le trafic sera alterné. Les autorités indiquent qu’elles effectueront un travail de cut & pacte sur 250m, soit là où la route aurait cédé. S’ils contestent l’utilisation de cette route dangereuse de manière assidue, depuis le 26 avril, les usagers espèrent que les autorités tiendront compte que la route a cédé sur plusieurs endroits, notamment dans des virages importants. Afin de limiter les risques, à partir de cette semaine, les poids lourds seront interdits sur la route de Chamarel, a annoncé le ministre des Infrastructures publiques, indiquant que ceux transportant notamment du matériel de construction devront emprunter la route de Plaine Champagne. Cette mesure surprend, certains rappelant que la récolte sucrière doit incessamment démarrer. « Kot pou passé? Couma pou fer. Nou perdu 2-3 km lors Macondé, fer nou fer 12 km lors Case Noyale, aster pou bizin ale monte ziska Plaine Champagne. Bann la pe badiné! Zot pa conn réalité terrain. Minis-là pa conné ki ti dimoun bizin travay? Couma pou amenn marchandiz, couma pou amenn matériau? », demandent-ils.
D’autres observateurs se demandent, par ailleurs, ce qu’il en sera des autobus de 60 places. Depuis quelques jours, les autorités ont mis des navettes de la CNT à la disposition des habitants de la région pour rallier Case Noyale et Baie du Cap, et vice-versa, par des autobus, bondés aux heures de pointe. Si le ministre Baichoo a fait un appel à la compréhension et à la patience des usagers de la route, ces derniers ne comptent pas rester les bras croisés. « Pas trouvé pe ale touye dimoun dan ravin », disent-ils, s’insurgeant que les autorités n’aient pas daigné consulter les habitants de la région. « Kan minis vini, li coz anglais. Ki nou pou compran? Li pa coz are nou, li coz ek expert », disent-ils.