On dit souvent que la politique est la chose la plus noble qui soit. Mais aussi la plus «sale». Des 1300 roupies de Curé aux 220 millions de NCR.  De ceux qui ont choisi la lutte à ceux qui l’ont vendue…Mais comme disait Rozemont «il faut pardonner à ceux qui ne savent pas ce qu’ils font».  L’arrivisme, la soif de pouvoir, l’arrogance, le manque de respect et de considération sont autant de « maladies » qui dégradent bon nombre de nos politiciens.
Lors des dernières élections générales, nous avons assisté à la cristallisation de la crise de la représentation politique que connait l’île Maurice depuis quelque temps déjà ; le vote «sanction» en est l’illustration. Je ne reviendrai pas sur le sujet car nous ne devons pas non plus nous arrêter à cela en pensant que notre devoir de citoyen responsable a été accompli et que l’heure est aux décomptes de scandales uniquement. Tout commence maintenant!  Justement, c’est une émotion, un sentiment qui m’amène à vous.  La même étincelle que j’avais ressentie lorsque je découvris par un « hasard » de la vie, si je puis dire, qui était le Dr Maurice Curé. J’ai fréquenté le collège qui porte son nom et je ne savais pas qui il était avant d’y aller et beaucoup de ma génération ne savent toujours pas qui il était. Nous sommes de ceux qui avons grandi avec l’idée qu’il n’y avait pas de plus grand homme que le Père Ramgoolam. La génération « EVS » ainsi que j’aime à nous appeler tendrement ; nourri par le « mythe »  Ramgoolam lors de nos rares points d’histoire, à tel point que pour bon nombre d’entre nous, l’Histoire de notre pays commence avec lui. De surcroît, très peu savent qui étaient les véritables fondateurs, pilliers du Parti Travailliste, ceux qui ont inspiré toute une génération, pas habitués encore à l’époque, à rêver, à aspirer à plus grand pour eux et pour leur pays. Dès que nous parlons d’Indépendance ou du Parti Travailliste c’est le nom de Ramgoolam qui revient spontanément. Curé, Rozemont, Anquetil sont certainement partis trop tôt et les vivants ont su mettre à profit leurs luttes,  pour ensuite tout simplement, leur tourner le dos, en bafouant au fil des années les valeurs de travail, et leur engagement envers les mauriciens. Il est évident que l’Histoire du Parti se divise en deux ères, pour moi en tout cas; je distingue entre le « Travaillisme » du départ (L’incarnation du vrai socialisme à Maurice)  et le « Ramgoolamisme ». L’ère Ramgoolam aura en effet changé l’identité du parti, car nous avons à partir de là basculé dans un fonctionnement et un discours communautariste, castéiste  et  capitaliste, et non plus Travailliste.  J’aurais d’ailleurs bien du mal à associer le nom d’un Curé au Parti actuel.
Nous sommes passés d’une génération de grands serviteurs du peuple à celle qui ne pense qu’à s’en mettre plein les poches avec leurs «petits copains». Ceux qui pensent que seul un hindou appartenant à une caste précise, peut accéder au leadership du Parti. Qui se soucie encore des plus démunis aujourd’hui? Qui oserait se dresser contre les grands capitalistes, sans langue de bois,  pour défendre les intérêts de ceux qu’on exploitent, (que penseraient-ils, s’ils voyaient les conditions dans lesquelles nous faisons vivre et travailler les contractuels étrangers?) et de ces petites mains invisibles à qui on impose tous les sacrifices possibles ? Les travailleurs ne sont-ils pas «l’épine dorsale de l’économie»? Que font-ils de la grande loi du Parti Travailliste : «La sueur de tout le monde pour le bien-être de tous…La raison du plus fort ne doit pas prévaloir et le Parti Travailliste combattra jusqu’à ce que justice soit faite.» Aujourd’hui, plus que jamais, j’ai envie de scander leurs noms haut et fort : Curé, Anquetil, Pandit Sahadeo, Rozemont….pour qu’on leur rende ce qui leur appartient, pour qu’ils puissent nous « parler » à nouveau, nous inspirer car ne vous arrêtez pas à la couleur ternie, salie, de leur bannière flamboyante par des accapareurs. Ils sont l’Âme de ce Parti. Le règne des imposteurs doit prendre fin.  Prenez de la hauteur par rapport à la partisanerie et réclamez, vous, mauriciens de tous les bords, le respect de l’héritage de la nation mauricienne.  C’est un devoir de mémoire dont il s’agit, afin que nos jeunes aient des modèles dignes de ce nom, et qu’ils sachent que politique ne rime pas avec corruption, communautarisme et castéisme.  La « disparition » de ces grands hommes de la mémoire collective est une faute commise à la nation, à la jeunesse. (Un Square, un collège, et autres bâtiments à leurs noms, mais combien d’entre nous les connaissent au-delà). Je ne crois pas me tromper en disant qu’ils sont bien les seuls aujourd’hui encore à faire l’unanimité chez les politiciens de tous les bords car ils sont les Pères du Socialisme à Maurice. Nos Jaurès à nous!
 Le Parti Travailliste n’appartient pas à une famille, à une communauté, une caste ou que sais-je encore. C’est l’un des rares partis qui puisse se revendiquer une identité fondamentalement MAURICIENNE, historiquement parlant. Rappelez-vous : «Pas de religion, de communauté, de statut social dans la lutte du travail contre le capital.» Aujourd’hui, le Parti Travailliste est devenu tout ce qu’ils n’auraient pas souhaité voir de leur vivant ; « la favorite » des grands lobbies, il n’y a pas plus « bling-bling » , plus mondain, et plus arrogant que ce parti, et cela nous le devons à l’ère Ramgoolam(Père-fils).  Perdre une élection est une chose, mais jamais le Parti Travailliste n’avait été traîné dans la boue de la sorte. Ceux qui respectent ce parti, ceux qui savent pourquoi il a vu le jour à Maurice, ceux qui portent en eux l’esprit des grands Travaillistes devraient exiger de NCR qu’il se retire une fois pour toutes. Qu’il libère le Parti de son aura néfaste.  Il n’a jamais été un Travailliste et si le Parti aspire comme certains le font entendre à un « Labour revival » , un « retour aux sources », cela se fera sans NCR. Je suis Curéenne et je n’en veux pas! L’ère Ramgoolam doit prendre fin, pour que le « Travaillisme » renaisse de ses cendres. C’est dans la lutte que le Parti regagnera ses lettres de noblesse. Oui, Rozemont aurait provoqué une « révolte des anges »,  s’il voyait les coffres blindés de certains, pendant que d’autres font des grèves de la faim qui au pis aller les « embêtent », qui pensent qu’avoir de « la classe » c’est faire étalage de sa richesse, c’est distribuer tel un Roi, des terres à ses sujets, alors même que des mauriciens qui travaillent à la sueur de leur front, s’endettent toute une vie pour acquérir un lopin de terre…Parlons-nous toujours du Parti Travailliste? Je ne le crois pas!
C’est un tournant des plus stimulants pour le Parti, et pour tous les Travaillistes, même ceux qui aux élections ont « vire mam » et je ne les jugerai certainement pas car ils n’ont en aucun cas trahi leurs convictions, leur foi dans les valeurs du Parti Travailliste, car elles n’existaient plus et personne ne les incarnait.  Alors à ceux qui parlent de « retour aux sources », mesurez bien la portée de ces paroles et ce qu’elles impliquent. Le navire rouge a dérivé pendant trop longtemps, il est grand temps de rentrer au bercail, de reprendre des forces, de puiser l’énergie à la « bonne » source et de se lancer à nouveau au nom de la justice et de l’évolution sociale. Cette mascarade doit cesser!
Mais peut-être qu’après tout le Travailliste, le vrai, se trouve ailleurs que dans le Parti même aujourd’hui…Et si c’était toi en fin de compte, le véritable héritier de Curé, Anquetil, Rozemont, Pandit Sahadeo, Dr Millien, Seeneevassen…et si c’était toi?