Toute la polémique depuis le mercredi 13 février au sujet du chantier de la troisième voie sur La Nationale à hauteur du pont du Ruisseau et relancée avec les six victimes du « Tunnel de la Mort » de samedi dernier pourrait très bientôt prendre une dimension encore plus compromettante. En effet, deux caméras portant les numéros 21 et 22 du circuit de surveillance et de sécurité du Caudan, dont le champ d’enregistrement porte sur le Ruisseau du Pouce depuis le pont sur La Nationale, soit balayant cette partie du chantier de la troisième voie sur La Nationale, devraient intéresser les limiers de la police enquêtant sur cette sinistre affaire en prévision de la Judicial Enquiry instruite par le Directeur des poursuites publiques. Une semaine presque après la mort tragique de six personnes dans le Caudan Underpass, cette Documentary Evidence attend d’être versée au dossier à charge. En cette fin de semaine, le début de cette enquête policière est marquée par des tergiversations avec la police du Port dessaisie au profit de la CID de Port-Louis sur ordre du commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad.
Les recoupements d’informations qu’a effectués Le Mauricien auprès de sources concordantes indiquent que les enregistrements des caméras 21 et 22 opérées par la Caudan Security Services Limited recèlent des informations de premier ordre quant à la séquence des événements se déroulant dans le Ruisseau du Pouce à quelques encablures de l’embouchure avec la rade de Port-Louis. L’enregistrement le plus crucial de ces deux caméras se situe entre 13 h 09 et 15 h 39 le samedi 31 mars, soit au moment du drame où le Caudan Underpass était en passe d’être submergé ou encore quand l’eau s’engouffrait dans le parking souterrain de deux niveaux au Port Louis Harbour Front avec deux autres victimes recensées.
Les informations fournies par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur la base des données fournies par la station Météo sont qu’avant 13 heures, samedi dernier, la pluviométrie enregistrée à Port-Louis était de 2,2 millimètres pour les précédentes 90 minutes. C’est normal que le niveau du Ruisseau du Pouce après le pont en construction avec des obstructions soit très calme, comme l’indique le début de l’enregistrement des caméras de la Caudan Security Services Limited.
Les pluies torrentielles devaient commencer à tomber à Port-Louis à partir de 13 heures, soit 37 millimètres entre 13 h 30 et 14 h ; 50 millimètres entre 14 h et 14 h 30 ; et 41,4 millimètres entre 14 h 30 et 15 h pour retomber à 2,2 mm pour la prochaine demi-heure. Dans ses explications à l’Assemblée nationale, lors de la Private Notice Question du leader de l’opposition, Alan Ganoo, le Premier ministre va plus loin en s’appesantissant sur le fait que « it is to be noted that 15 mm of rain fell in just six minutes, that is between 14.12 hours and 14.18 hours ».
Les Top Consultants du vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo, et les ingénieurs de la Road Development Authority (RDA) auront du mal à justifier le phénomène enregistré parallèlement par les caméras par rapport au niveau d’eau dans le Ruisseau du Pouce après le pont concerné par les travaux de la troisième voie de l’autoroute jusqu’au bassin du Caudan.
Alors qu’à 50 mètres en amont du pont sur La Nationale, l’aire de stationnement du Cerné House était inondée à hauteur d’homme, soit environ six pieds, ou encore que l’avenue John Kennedy était transformée en rivière en crue avec l’eau au niveau des hanches des passants, comme le témoignent les multiples photos de presse, le niveau d’eau dans le Ruisseau du Pouce après le chantier de la troisième voie de l’autoroute n’avait guère évolué.
Les enregistrements démontrent clairement qu’entre 13 h 09 et 15 h 39, le niveau d’eau du ruisseau coulant vers la mer est resté sensiblement le même bien que les environs étaient inondés prouvant que l’eau était refoulée par des obstructions à hauteur du pont sur l’autoroute. Les premiers changements dans cette partie du Ruisseau du Pouce ne seront notés qu’après 15 h 39 quand le niveau d’eau était devenu supérieur aux obstacles dans le lit du Ruisseau du Pouce en attendant confirmation par voie d’enquête que les travaux de la troisième voie sous la double supervision de la Road Development Authority et du ministère de l’Infrastructure publique pourraient être en partie responsables de ces débordements aux répercussions meurtrières.
Depuis ce matin, Le Mauricien a cherché en vain d’obtenir des compléments d’informations au sujet de l’existence des enregistrements des caméras 21 et 22 de la Caudan Security Services Co ; Ltd. Un des responsables a expliqué au téléphone qu’il fallait transmettre toute demande d’information par voie d’e-mail. Ce qui fut fait avant la mi-journée dans l’attente de la réaction de Caudan Security Services Ltd, transformée en témoins privilégiés dans cette enquête.
Un autre fait majeur en cette fin de semaine concerne l’enquête policière, dont les conclusions devront être soumises au Directeur des poursuites publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, en vue de l’instruction d’une Judicial Enquiry. La police du Port, après avoir fait un premier Groundwork sur le terrain depuis le début de la semaine, avait convoqué, hier après-midi, pour interrogatoire deux responsables du chantier de construction de la troisième voie.
Le Site Manager, un dénommé Maurel, et l’ingénieur Nahaboo de la firme General Construction Co. Ltd, étaient entendus sur le déroulement des travaux à hauteur du Ruisseau du Pouce. Au début de leurs auditions Under Warning, ils ont donné des explications sur les travaux de « soubassement » du pont en vue de son extension. Ils ont fait état des sacs et autres matériaux placés sur le lit du ruisseau pour les besoins des travaux. Ils affirment avoir mis en place un système de conduits susceptibles de faire évacuer l’eau tout en rejetant toute responsabilité dans les morts d’homme enregistrés dans le « Tunnel de la Mort ».
Les hommes de loi, dont les services ont été retenus par la firme de construction, soutiennent avec force que le véritable problème ne serait pas au niveau du chantier de la troisième voie sur la Nationale mais bien plus en aval, soit dans les parages du cinéma Majestic. Cartes topographiques à l’appui, Me Nandraj Patten s’est évertué à faire la démonstration de sa thèse.
Au moment où se déroulaient ces interrogatoires, l’officier responsable de l’enquête, le chef inspecteur Hector Tuyau devait recevoir des instructions émanant du commissaire de police par le truchement de ses supérieurs de « hand over » le dossier aux limiers de la CID de Port-Louis pour la suite.
Les deux représentants de la firme de construction furent remis aux responsables de la CID de Port-Louis aux Casernes centrales et ils purent rentrer chez eux avec cette interruption de leurs auditions. A ce matin, aucune indication n’était disponible quant au calendrier de travail de la police compte tenu de la convocation de ceux susceptibles de faire la lumière sur ce drame ayant coûté la vie à huit innocents dans un périmètre de moins 50 mètres autour du Caudan Underpass…