La présentation du budget 2016-17 étant repoussée pour au plus tôt la seconde quinzaine de juillet, les dernières prévisions de Statistics Mauritius, avec un taux de croissance de 3,9%, soit inférieur au seuil ouvrant la voie à la relance économique, s’imposent. En dépit de ce décollage qui se fait toujours attendre, le renversement de tendance des investissements, avec une progression annoncée de 6,4% cette année, reste un signe positif au tableau des indicateurs. En parallèle, les premiers éléments susceptibles d’être en ligne de compte, dont entre autres la révision de la Grant-In-Aid Formula aux collectivités locales ou encore la réflexion du Grand Argentier, Pravind Jugnauth, au sujet du means testing (ciblage) pour le paiement de la pension de vieillesse de Rs 5 000, sans compter des ajustements dans les services and utilities fees, comme pour le fitness des véhicules ou des services offerts par des corps para-étatiques, suscitent des réactions dans les rangs de ceux les plus directement concernés en attendant toute confirmation dans le budget. Pravind Jugnauth, qui effectue ce week-end une tournée prébudgétaire à Rodrigues, se garde jusqu’ici de dévoiler non seulement sa stratégie pour le prochain budget, mais également la date du Budget Day.
 Même si officiellement le ministre des Finances veut prendre ses distances de la tourmente causée par le Brexit — retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne — en vue de ne pas perturber les préparatifs budgétaires, il concède que l’incertitude n’est nullement la compagne idéale pour ce trajet. D’ailleurs, intervenant jeudi lors du lancement du Programme de Coopération Décentralisée (DCP) avec l’Union européenne, et hier à Rodigues, il n’a pas raté de commenter les effets du divorce consommé entre Londres et Bruxelles.
« Ouvrons une parenthèse pour situer le cadre économique global, qui est de plus en plus incertain. Davantage depuis quelques jours, surtout dans le sillage de l’épisode Brexit. Le monde des affaires, et par là le développement économique soutenu, n’aime pas l’incertitude », soulignera tout simplement Pravind Jugnauth, qui a présidé mercredi dernier la première réunion du comité interministériel au sujet des répercussions du Brexit sur Maurice et l’élaboration d’une feuille de route pour assurer les acquis du pays sur le plan des échanges commerciaux.
Dans les milieux économiques avertis, l’on avance que la confirmation du taux de croissance à 3,9% ne devra intervenir que lors des prochaines projections de Statistics Mauritius du 30 septembre. « La dernière édition des National Accounts Estimates de la fin de juin ne précise pas si les effets du Brexit ont été discounted dans les 3,9% de cette année. Mais à la fin de septembre, l’on devra avoir une meilleure idée de l’évolution. Certes, la convention wisdom voudrait qu’à cette époque de l’exercice financier que les retombées négatives du retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne pourraient être minimes, avec dans le meilleur des cas cette projection toujours sous la barre fatidique des 4% maintenue », souligne-t-on dans ces milieux.
 Avec un exercice de rebasing des National Accounts Estimates, le taux de 3,9% ne se démarque nullement de la tendance enregistrée au cours de ces dernières années, soit 3,4% en 2013, 3,7% en 2014 et 3,5% l’année dernière. Les principaux facteurs déterminant cette croissance, pas suffisamment robuste pour envisager des green shoots du second miracle économique, sont les suivants :
Agriculture : une reprise estimée à 4,5% après la décélération de l’année dernière. La performance des activités agricoles de 2016 s’articulera autour d’une production sucrière de quelque 400 000 tonnes, soit 9,6% de plus contre la baisse de 6,2% en 2015, et une progression de 3% dans les autres filières de la production agricole ;
Manufacture : un rebond de 1,3% après la croissance zéro de l’année dernière, dont un coup de pouce venant de la fabrication des 400 000 tonnes de sucre et du refining de quelque 60 000 tonnes de sucre importées, une réduction de croissance de 3% à 2% dans le food processing, une amélioration quasi nominale dans le textile et les autres sous-secteurs manufacturiers après la croissance négative de l’année dernière ;

Construction : la lumière au bout du tunnel avec une reprise annoncée de 1,6% après cinq années consécutives de contraction ;
Transport : une croissance soutenue de 3,7% ;
Tourisme et Hospitality Sector : une progression robuste de 6,9% avec des prévisions de plus de 1,2 million de touristes cette année ;
TIC : réédition de la performance de l’année dernière, soit 7% ;
Services financiers : croissance maintenue à 5,4% ;
Secteur professionnel : en progression de 6% contre 5,1% ;
Administration publique : 3,7%..

 L’élément de consolation dans ces dernières prévisions économiques se présente au chapitre des investissements, considérés à juste titre comme étant le moteur de la croissance. Se basant sur les annonces dans le premier budget de Lalyans Lepep, les investissements devraient atteindre les Rs 78,1 milliards, soit Rs 6,8 milliards de plus que l’année dernière. « In real terms, it is expected to recover by 6,4% in 2016 after five years of contraction. Investment rate would attain 17,9% in 2016 from 17,5% in 2015. Exclusive of aircraft and marine vessels, investment rate would be 17,5%, same as in 2015 », note Statistics Mauritius. Cet indicateur est encore inférieur aux 25% nécessaires pour assurer à l’économie une croissance durable avec la création d’emplois.
 Dans le secteur du bâtiment, le mood demeure mi-figue mi-raisin avec une performance positive de 1,6% après des années de compression. Toutefois, la construction dépendra en 2016 dans une grande mesure d’une croissance de 7,2% dans le secteur résidentiel, notamment les projets de National Housing Development Company Ltd, et de 1,9% à l’item des travaux d’infrastructure publique. Par contre, la morosité est toujours de mise dans le créneau de Non-Residential Building avec une décélération de 10,3% après une baisse de 16,7% l’année dernière.
 Les importants investissements du Central Electricity Board (CEB) dans le réarmement de la Centrale Thermique de Saint-Louis devront générer des effets positifs à l’item des Machinery and Equipment avec une progression de 15,1%en 2016 contre une baisse de 7,8% l’année dernière. Le Private Sector Investment devrait afficher une croissance, de 3,3% comparativement à une perfomance négative de 7,3% l’année dernière. Le Public Sector Investment de Rs 22,9 milliards en 2016 devrait se traduire par une croissance réelle de 14,7% contre 0,9% l’année dernière avec pour conséquence que « the share of private sector investment is expected to decrease to 70,7% from 72,8% in 2015 and that of the public sector, to increase to 29,4% from 27,2% ».
Prestations sociales
Indépendamment de ce tableau composé d’indicateurs économiques, des signes d’inquiétude commencent à se faire sentir par rapport à des mesures susceptibles de faire partie du discours du budget. D’abord, intervient l’idée sur le ciblage des prestations sociales, notamment le versement de la pension de vieillesse aux retraités. Le ministre des Finances a ouvert le débat à ce chapitre le week-end dernier tout en prenant le soin de faire comprendre qu’aucune décision n’a été prise à ce sujet.
Par contre, des appréhensions sont exprimées par rapport à la décision du gouvernement de mettre en application la nouvelle formule de grant-in-aid pour les municipalités et les conseils de district. L’objectif du ministère des Administrations régionales est de réduire l’écart dans les budgets alloués par le gouvernement central aux municipalités et aux conseils de district. Cette démarche aura des répercussions sur l’enveloppe budgétaire en faveur des cinq municipalités mais à des degrés divers.
 « Pour chaque Rs 5 attribuées par le gouvernement aux municipalités, Rs 2 vont vers les conseils de district. Avec la nouvelle formule de grant-in-aid, le but est de procéder à une réduction graduelle de cet écart pour atteindre la parité entre régions urbaines et rurales avec la réforme enclenchée probablement à partir du présent exercice financier », fait-on comprendre dans des milieux autorisés au ministère des Administrations régionales, les responsables politiques et administratifs des collectivités locales étant déjà informés du projet.
 La réforme du grant-in-aid s’inscrit dans le cadre d’une étude confiée à la mission McCarthy Phiri du Fonds monétaire international (FMI) remontant à avril 2014. Compte tenu du contexte électoral de l’époque, le précédent gouvernement, dirigé par Navin Ramgoolam, avait mis ces recommandations dans un tiroir. « The primary purpose of the mission was to assist the Ministry of Finance as well as the Ministry of Local Government and Outer Islands in finalizing the proposed Grand-In-Aid Formula and running simulations on the recommended variables. The mission reviewed and analysed the data used in the proposed formula, including on solid waste, road maintenance and street lighting services provided by local authorities », avance le rapport du FMI, qui a été dépoussiéré pour le prochain budget.
Part équitable du gâteau
L’une des propositions conséquentes de la réforme est que la population de chaque ville ou conseil de district devra représenter 50% du grant alloué. « The authorities agreed to a proposed composition of the Grant-In-Aid Formula. Given the uniform assignment of expenditure responsibilities to Municipal and District Councils in the Local Government Act, the authorities proposed that population should account for half of the Grant-In-Aid allocation. The rest would include variables related to population density, expenditure needs for scavenging, maintenance of roads and the impact of commuters that appear to explain in part existing variations in per capita local recurrent expenditures», poursuit le FMI dans son rapport.
 La mission McCarthy Phiri souligne que « going forward, the authorities need to make profound changes to the current process of managing local government finances to ensure successful implementation of the new Grant-In-Aid Formula ». Ces changements dans la formule de grant-in-aid, visant à permettre aux conseils de district de bénéficier d’une « part équitable du gâteau », devront être accompagnés de « pouvoirs accordés aux collectivités pour générer des fonds à partir d’autres sources ».
 Entre-temps, dans les cinq municipalités, la nouvelle formule de grant-in-aid est passée au peigne car les premiers exercices de simulation laissent voir que la municipalité de Port-Louis pourrait être la plus grande perdante de la nouvelle formule de grant, soit un manque à gagner de 37%, alors que dans d’autres villes, telles que Beau-Bassin/Rose-Hill, l’effet pourrait être une baisse de l’ordre de 4%.
 Au ministère des Administrations régionales, l’on rejette cette argumentation en affirmant que la révision du grant-in-aid sera aussi l’occasion pour un Financial and Budgetary Empowerment des collectivités locales. La confirmation des craintes des autorités urbaines devra attendre la présentation du budget 2016-17….