Le ministère de la Sécurité sociale met les bouchées doubles dans le sillage des récents incidents qui ont secoué le Rehabilitation Youth Centre (Girls). La ministre de tutelle, Sheila Bappoo, déclare : « Nous sommes conscients que nos structures actuelles sont dépassées. Cependant, j’ai déjà donné le feu vert à mes techniciens pour une réaction efficace et rapide afin de décanter cette situation dans les meilleures conditions. » Première décision concrète : « La mise sur pied d’un Correctional Youth Centre (CYC), tel qu’il en existe pour les garçons. Cela aidera considérablement à mieux canaliser les détenues selon les délits et leur gravité. »
« Ce n’est pas du jour au lendemain que ce centre va voir le jour. Mais nous avons déjà lancé la machine et mes officiers planchent sérieusement sur toute la question. Je ne veux rien laisser au hasard », dit d’emblée la ministre Bappoo, avant de préciser que « au ministère, nous ne voulons pas précipiter les choses dans l’unique but de dire : “voilà, nous avons réalisé ceci ou cela” ». Sheila Bappoo continue : « Notre propos, dans ce dossier épineux – qui concerne à la fois l’avenir de ces jeunes filles ayant une existence chaotique et qui méritent une réhabilitation réfléchie ainsi que nos officiers, qui abattent un travail très ardu pour accompagner ces détenues –, est d’offrir les meilleures prestations à tous ceux concernés par ce travail. »
Admettant que « nos structures en place sont désormais dépassées » elle estime que « les derniers incidents ont jeté un nouvel éclairage sur toute la question », précisant qu’elle se fait donc « un devoir de remédier à la situation en trouvant les solutions les plus efficaces et les plus durables, tout en respectant tout l’aspect humain de la question ». De fait, la ministre explique avoir déjà évoqué l’importance de ce dossier au niveau du Conseil des ministres. « Et le Premier ministre a approuvé le fait que ce dossier est prioritaire et nous donne tout son soutien pour faire avancer les choses », dit-elle.
La ministre de la Sécurité sociale fait référence à 2005, lorsqu’elle avait hérité de ce ministère précédemment tenu par Samioullah Lauthan : « Quand je suis arrivée, j’ai évidemment réclamé un état des lieux. » Sheila Bappoo précise : « Je ne suis pas partisane de “nou kass tou, nou refer”. Non, je crois en un travail évolutif et je voulais savoir où je mettais mes pieds. » C’est dans ces circonstances qu’elle fait appel à l’expertise française dans un premier temps, et ce « pour mieux cerner les besoins et les priorités dans ce secteur précis ». C’est ainsi qu’un premier rapport a atterri sur sa table en 2006,  réalisé avec l’aide de l’ambassade de France par deux techniciens de la Protection judiciaire de la jeunesse, département classé sous le ministère français de la Justice. « Des recommandations furent bien évidemment mises en application, en relation avec notre spécificité locale », ajoute encore la ministre.
Foyers dysfonctionnels
Cependant, « de premiers problèmes commencent à se faire ressentir, surtout en ce qu’il s’agit du RYC Filles », rappelle notre interlocutrice, rappelant « une mutinerie » au RYC (Girls) en décembre 2005. « Les filles qui étaient à l’origine de ces violences étaient de jeunes détenues très perturbées, des ados venant de familles brisées et dysfonctionnelles. Des foyers à problèmes où il n’y a souvent pas de père, ou alors où celui-ci est en prison et où la mère est victime de problèmes comme l’alcool… » Ce qui amène la ministre aux récents incidents ayant marqué le RYC (Girls) depuis le début de cette année : « Encore une fois, nous nous retrouvons dans une configuration où, sur la trentaine de détenues, seule une poignée sème la zizanie. »
« Loin de condamner ces quelques éléments retors, continue notre interlocutrice, je concède que nous avons plusieurs problèmes, et ce à divers niveaux. D’abord, s’agissant du “screening”, car on ne peut “dump” des jeunes filles ayant des troubles différents avec de jeunes ados n’ayant pas autant de problèmes et qui ne sont pas aussi perturbées ! » Sheila Bappoo  rappelle : « Un bon nombre de détenues du RYC (Girls) ne posent pas de problèmes aux officiers. Elles ont un comportement décent et souhaitent se réformer. » Et c’est justement dans ce contexte qu’un CYC pour les filles « s’avère plus que jamais d’actualité, d’où le fait que nous avons fait de ce projet notre priorité ».
Outre cette question, la ministre Bappoo souligne qu’il faut aussi « prendre en considération la formation continue et évolutive des officiers qui sont recrutés pour assurer la bonne marche du RYC (Girls). Il faut que les meilleures conditions soient réunies afin que tant les détenues que les officiers y trouvent leur compte. » Car, rappelle-t-elle : « Il est très important que ce travail de réhabilitation, cette deuxième chance donnée à ces jeunes filles, soit une réussite. Nous prenons conscience des complications actuelles. Cela ne veut pas dire que nous n’allons rien faire. Bien au contraire ! »
Il convient de noter qu’un exercice de recrutement a déjà commencé par les services de la Sécurité sociale, ciblant à ce stade des officiers de police et de la prison, qui sont des retraités et dont les enseignements et le savoir seraient bénéfiques dans cette nouvelle étape de la réhabilitation des adolescentes à problèmes.