Plus les heures passent, plus les dirigeants du MSM, cloîtrés au Sun Trust depuis une dizaine de jours, suite à la démission de six ministres du Cabinet, se rendent compte que les jours de l’Alliance de l’Avenir sont comptés. 48 heures après le tête-à-tête entre les leaders des deux principaux partis politiques, Navin Ramgoolam pour le Ptr et Pravind Jugnauth du MSM, très peu d’indications ont filtré quant à la possibilité d’une remise en selle de l’équipe gouvernementale issue des urnes le 5 mai 2010. Pire encore, l’escalade a gagné en intensité au niveau des institutions de l’État, avec l’hôtel du GM s’inscrivant en porte à faux au dernier “move” de la State House pour la composition de la PSC et de la DFSC. D’aucuns affirment que le vendredi 5 à 15 h, quand le leader du MMM Paul Bérenger déposera à l’ICAC, pourrait constituer la date butoir dans le nouveau feuilleton de l’Alliance de l’Avenir.
Le silence adopté par l’état-major du MSM et du Labour depuis le début de la semaine est interprété comme un signe que « la situation politique qui s’est développée avec la démission en bloc des ministres MSM est devenue presque sans issue ». Une première réaction officielle du leader du MSM est attendue depuis plus de 24 heures car lors du comité central élargi au Sun Trust, samedi dernier, Pravind Jugnauth a soutenu en substance que « nou pe atann Premye Minis retourné ek guetté ki manyer li pran sa ek ki bann solisyon posib ».
En début de matinée, du côté du Sun Trust, l’on faisait comprendre au Mauricien que « there has been no proposal put to us ». C’était en guise de réponse aux raisons derrière une absence de décisions ou de réactions venant de l’état-major du parti. Toutefois, ces mêmes milieux ajoutent que ce « political statement » ne peut durer car d’un moment à l’autre à partir de la fin de la semaine, il faudra s’attendre à voir l’hôtel du gouvernement boucler les procédures en vue d’un remaniement ministériel.
Irritation
D’autres sources, s’affirmant proches des deux protagonistes, supputent que les non-dits en termes de conditions d’un éventuel colmatage de l’Alliance de l’Avenir pourraient être extrêmement préjudiciables aux intérêts politiques du MSM. Déjà, après la prise de position du PM par rapport à l’enquête de l’ICAC sur MedPoint, Maya Hanoomanjee, une carte maîtresse du MSM, est écartée du circuit du conseil des ministres.
L’ancien ministre de l’Industrie et président du MSM Showkutally Soodhun n’est plus en odeur de sainteté au Prime Minister’s Office, indépendamment du dossier du Forensic Auditing de la gestion pratiquée dans le temps à la State Trading Corporation, qui lui a valu sa récente « demotion ». Les plus avertis soutiennent que dans le meilleur des scénarios, Showkutally Soodhun ne dispose d’aucune chance d’effectuer un retour au Cabinet.
Ainsi, Pravind Jugnauth court le risque de se retrouver avec un « MSM really cut to size », soit quatre ministres avec des responsabilités et mandats amoindris dans cette tentative de faire revivre l’Alliance de l’Avenir post-Hanoomanjee. Dans ce cas de figure, l’option la plus plausible pour le MSM reste le « wait and see » en attendant un faux pas politique du Ptr.
Dans le camp du Labour, l’on avance que le leader du parti garde ses cartes politiques « close to his chest ». Difficile de prédire la prochaine initiative même si le PM ne cache pas son irritation devant la tentative de chantage politique du MSM avec une démission de ministres en bloc ou encore les dernières démarches de la présidence de la République au niveau de la recomposition de la Public Service Commission (PSC) et de la Disciplined Forces Service Commission (DFSC).
Le PMSD, autre partenaire de l’Alliance de l’Avenir, aura beau faire état de sa satisfaction devant le remplacement de Vivekanund Sewraj, commissaire de la PSC pour moins de 24 heures, par Hughes Eric Johnson, au PMO, le problème de la PSC et de la DFSC reste entier. Et ce, malgré la rétractation de la State House avec la nomination d’un autre membre proche de la galaxie politique des Jugnauth.
Le temps des décisions
Les deux autres principaux griefs sont l’absence de représentation féminine au sein de la PSC compte tenu de l’importance des femmes fonctionnaires à tous les échelons de la fonction publique, et la présence d’un ancien directeur général des services de renseignements (National Security Service), Narain Peerun, dans l’une de ces deux instances, dont le mandat est le recrutement et la promotion des fonctionnaires.
L’entourage de Navin Ramgoolam indique que celui-ci aurait eu l’occasion d’attirer l’attention de sir Anerood Jugnauth sur les dangers d’une telle décision. Mais le président de la République aurait fait fi des appréhensions du PM sur le cas de Narain Peerun en pas moins de deux occasions, dont lors du tête-à-tête à la State House lundi.
Cette nouvelle dissension entre l’hôtel du gouvernement et la State House, évoquée par Le Mauricien depuis samedi dernier, ne vient en aucune façon aider à la recherche de solution à la crise politique au sein de l’Alliance de l’Avenir. « Au pire, l’épisode de la PSC avec Hugues Johnson et l’ex-DG du NSS est venu distiller une bonne dose de méfiance entre les hommes au sommet de l’État en une période extrêmement critique », soutiennent ces milieux.
Tous les observateurs politiques s’accordent à dire que le temps des décisions approche de manière dangereuse. Pour la journée d’aujourd’hui, le Premier ministre et ses plus proches collaborateurs ont préféré prendre leurs quartiers à la Clarisse House, où un maximum de discrétion et de sérénité est assuré, contrairement au Prime Minister’s Office, Treasury House.
Très peu d’indications ont filtré quant au calendrier de travail menant au prochain remaniement ministériel. Toutefois, tout porte à croire qu’à partir de vendredi après-midi, des développements interviendront. À cette heure-là, le leader de l’opposition aura déjà divulgué à l’ICAC l’identité de sa source ministérielle dans les directives pour le deuxième exercice d’évaluation de la clinique MedPoint.
Si le nom de cette source ministérielle du leader de l’opposition se trouve en première ligne de l’actuelle crise politique, la page de l’Alliance de l’Avenir pourrait être irrémédiablement tournée, avec Maya Hanoomanjee continuant à affronter les questions des limiers de l’ICAC sur les directives visant à favoriser la clinique MedPoint des Jugnauth pour un contrat de Rs 144,7 millions.