Cette femme de 42 ans a connu l’enfer une bonne partie de sa vie, voguant entre la souffrance d’un corps mutilé et l’incompréhension des uns et des autres. Touchée par une maladie rare, Sabrina Leroy, qui a longtemps vécu entre Maurice et la côte basque, a puisé sa rage de vivre dans le yoga et l’adoption d’une nutrition saine. Cet art de vivre est devenu la boussole de cette Française, mais aussi et surtout son outil face aux épreuves.

En 2015, Sabrina Leroy est diagnostiquée avec le syndrome d’Elhers-Danlos (SED), une maladie génétique héréditaire rare. La jeune femme aurait dû aujourd’hui être en fauteuil roulant. “Avec le SED, le simple fait de marcher déboîte l’articulation”, confie-t-elle. Elle fabrique un collagène de mauvaise qualité. Il faut savoir qu’une bonne partie de notre organisme en est composée. Comme elle le décrit sur son blog : “Je suis hyperlaxe, mes tendons et mes ligaments s’étirent facilement et cela peut provoquer des micro-entorses avec de simples mouvements de la vie quotidienne.”

Depuis douze ans, la jeune femme fait le va-et-vient entre Maurice et la côte basque. Tombée sous le charme de notre île, elle a adopté une petite Mauricienne et a décidé de poser définitivement ses bagages chez nous au mois d’août de cette année. Avec toutes les classes de yoga qu’elle doit assurer, son quotidien est un véritable marathon.

Entre deux cours de yoga et de coaching en nutrition, la charmante Française nous invite à mieux la connaître dans le cadre enchanteur de Constance Belle Mare Plage. Lorsque nous la rencontrons, elle a très mal au genou. Malgré la douleur, elle s’est forgé un moral à toute épreuve. Le yoga lui a permis de voir au-delà de sa maladie. Celle qui s’est souvent repliée sur elle-même a trouvé une force intérieure à toute épreuve pour avancer.

“Toute ma vie, j’ai eu mal”.

Lorsqu’elle apprend sa maladie génétique, il y a cinq ans, elle sent son monde s’écrouler. “Je me suis dit que je ne guérirais jamais, car c’est un mal incurable. On ne peut prendre que des anti-douleurs. C’est possible de stabiliser ma maladie, sans que mon état ne s’améliore. Avec l’âge, les articulations vieillissent aussi et cela ne pouvait qu’augmenter les douleurs.” Mais elle est soulagée de se dire “que je ne suis pas folle”. Elle comprend enfin la source des douleurs qu’elle traînait depuis des années, qui lui ont valu une opération de l’arthrodèse lombaire en 2001. Entre maux de dos, maux de ventre, maux de tête et autres dépressions, “toute ma vie, j’ai eu mal. On m’a fait passer des scanners, des IRM. J’ai été charcutée de tous les côtés. On m’a enlevé l’appendice, l’utérus, la trompe utérine, la vésicule biliaire. On me disait souvent que je n’avais rien. Que ces douleurs, c’était dans ma tête, et que j’étais folle”.

La prof de yoga est aujourd’hui son principal instrument thérapeutique. Des connaissances et une philosophie de vie qu’elle partage avec les autres, pour leur insuffler ce que la vie lui a longtemps refusé. Depuis des années, elle s’épanche généreusement sur son blog (www.bhealthy.fr), non pas pour inspirer de la pitié ou se vanter, mais pour aider les gens. “C’est la base de mon métier. À une période de ma vie, j’étais dépressive, au point d’avoir des idées suicidaires. Si, à cette époque, on m’avait raconté une histoire comme la mienne, peut-être que cela m’aurait aidée.”

Rage de vaincre.

Aujourd’hui, Sabrina Leroy, c’est beaucoup plus qu’un corps mutilé et une âme dépressive. La frêle jeune femme avance à son rythme. Elle a accepté sa maladie et sa douleur. Grâce au yoga et à un changement de vie drastique, elle est devenue cet être fort et courageux, porté par la rage de vaincre.

À la suite de sa première opération du dos, il y a 18 ans, la jeune femme se tourne vers le yoga. Elle était en proie à des douleurs quasi permanentes. “On me disait qu’il fallait éviter certains mouvements, comme les torsions.” Elle reproduit alors doucement les postures qu’elle apprend dans les quelques cours qu’elle fréquente et dans des vidéos sur Internet.

Il y a cinq ans, à la suite d’un problème cervical, Sabrina commence à faire du yoga, mais différemment. Elle s’intéresse au yoga bikram, qui l’aide à atténuer ses douleurs. “J’ai commencé à aller de l’avant et en arrière, à faire des torsions. Je me suis dit que même avec une plaque dans le dos, je pouvais bouger. Plus je bougeais, plus j’avais de force, et moins j’avais mal aux articulations.”

Une formation en Espagne et dans une école américaine lui ouvre d’autres avenues en yoga. La jeune femme se tourne aussi vers le coaching en nutrition. “Des clients me demandaient des conseils en yoga pour avoir moins mal au dos, quelles étaient les bonnes postures, etc.”. Au terme d’une série de formations, elle ouvre son studio en France.

Art de vivre.

Son objectif est de promouvoir les bienfaits du yoga et d’une nutrition saine afin d’aider les gens à retrouver un corps plus souple, plus fort et en meilleure santé. “Le yoga, c’est avant tout être à la découverte de son corps et comprendre comment il peut s’auto-guérir. Cela consiste à faire un travail sur soi. Le yoga m’a aidée à connaître mon corps et surtout à me connaître.” Ce n’est pas uniquement une question de postures, mais cela concerne aussi la méditation et la respiration, qui visent à apporter un bien-être physique et mental.

Sabrina Leroy tient aussi à souligner les bienfaits d’une bonne alimentation. Depuis quelques années, elle a réduit de son alimentation les produits inflammatoires comme le sucre, les produits laitiers, le gluten, la viande rouge, etc. “Bien manger permet de réduire certaines inflammations et contribue à ne pas les augmenter.”

Masseuse et esthéticienne de formation, Sabrina Leroy a été propriétaire d’un spa en France. Toutefois, les douleurs occasionnées par sa maladie ne lui permettaient plus d’utiliser ses mains correctement, pour faire des massages, par exemple. Elle a dû se résoudre à fermer boutique. “Je voulais faire quelque chose dans la continuité. Avec le yoga, tout s’est replacé naturellement.”

Elle travaille depuis peu avec Active Health Care à Curepipe, un centre réunissant des thérapeutes spécialisés dans divers domaines. Aguerri en hatha yoga, vinyasa yoga, warrior yoga, yin yoga et en yoga aérien, la jeune femme donne des cours à des particuliers dans l’est du pays et collabore avec le groupe Constance.

Une maman épanouie.

Sabrina Leroy est la maman épanouie de deux enfants, William (19 ans) et Shelly (11 ans). Elle a élu domicile dans l’est du pays, mais c’est à l’ouest que son cœur de mère a flanché, il y a sept ans. Avec son époux, ils ont adopté une petite Mauricienne de Tamarin. La rencontre avec Shelly a été un coup de foudre. “Nous avons tous fondu en larmes devant cette petite fille de trois ans et demi.” Aujourd’hui âgée de 11 ans, Shelly, qui a très vite appelé Sabrina maman, est épanouie et connaît toute son histoire. C’était une décision mûrement réfléchie pour les parents. “Adopter notre fille ici, c’est aussi une manière pour nous de ne pas la couper de ses racines. Nous aimons profondément Maurice et nous ne voulions pas adopter un enfant dans un pays que nous ne connaissions pas. Ce n’était pas envisageable de déraciner un enfant et de le couper de son pays d’origine.”

Sabrina Leroy estime que dans la vie, rien n’arrive par hasard. On peut toujours tirer de ses malheurs un peu de positivité. “Sans ma maladie génétique et toutes mes opérations, je n’en serais pas là aujourd’hui, je ne connaîtrais pas le yoga. Si j’avais toujours mon utérus, je n’aurais sans doute pas adopté ma fille.” Elle ne peut que remercier sa maladie pour toutes ces belles choses…