Ismahan Ferhat, directrice de l’ONG Safire, qui s’occupe des enfants en situation de rue, se dit « gravement inquiète, voire, révoltée. Actuellement, à Maurice, un parent peut tuer son enfant et personne n’en saurait rien ! Nos enfants sont mal protégés et nos décideurs politiques n’affichent pas une sérieuse volonté politique sur cette question ». Peut-être, lâche-t-elle, désabusée, « parce que les enfants ne sont pas des électeurs et ne représentent donc pas un capital politique ! »
Rendu public en 2012, un rapport de l’ONG Safire établissait que Maurice comptait 6 780 enfants vivant en situation de rue. Des enfants qui ne dorment pas à la belle étoile, il convient de faire la différence avec les enfants de rues, phénomène courant dans divers pays dont l’Inde et l’Amérique du Sud. Des enfants ayant certes un toit, mais qui ne sont pas scolarisés et qui ne se retrouvent pas dans les structures sociales conventionnelles, comme les écoles, les centres de formation, entre autres.
« Ce chiffre a révélé une faille importante de notre système de société, précise Ismahan Ferhat. Car un enfant qui se retrouve en situation de rue, est donc un enfant qui ne va pas à l’école et qui est passé au travers des mailles des structures sociales destinées à encadrer et accompagner nos enfants. Cela témoigne d’une faiblesse importante de notre système et requiert réflexion et actions. »
Et de fait, continue notre interlocutrice, « actuellement, en 2013, à Maurice, un parent peut tuer son enfant sans qu’aucune autorité ne s’en inquiète : par exemple, peu de responsables des écoles iront s’enquérir auprès des parents ou tuteurs pourquoi l’enfant est absent depuis un certain nombre de jours… Et à partir de là, un enfant peut ainsi disparaître du jour au lendemain ! On peut donc imaginer le pire pour ce qui est des enfants vulnérables et qui vivent en situation de précarité ! Il ne fait certainement pas bon vivre à Maurice, surtout pour les enfants à problèmes ! »
La directrice de Safire étaye son propos de la réponse parlementaire du Premier ministre, faite mardi dernier, à l’effet qu’entre le 1er avril 2008 et le 13 avril 2013, 3 453 délits criminels ont été enregistrés sur des enfants : « Ajouté aux 6 780 enfants vivant en situation de rue, nous ne pouvons qu’être gravement inquiets pour nos enfants ! »
I. Ferhat rappelle que « la rapporteur spécial des Nations Unies, Najat Maalla M’jid, était à Maurice, en 2011 et a réalisé un rapport sur la question de l’exploitation sexuelle des enfants, chez nous. Elle y fait état des dangers qui guettent ces enfants en situation précaire et y fait des recommandations. Ce rapport a été avalisé par le Haut Commissariat des Droits de l’Homme. Mais, à ce jour, chez nous, on n’en a ni entendu parler ni entériné des recommandations ! »
La directrice de Safire s’interroge également sur un protocole établi par le Children’s Right Committee des Nations unies à l’effet d’une meilleure protection des enfants de par le monde. « Un rapport sur la situation à Maurice pour la période de 2009 à 2012 avait été élaboré et comportait un cahier des charges que l’État mauricien devait signer et mettre en pratique. Or, là non plus, on n’a pas eu d’informations supplémentaires. En mars dernier, Maurice devait soumettre son rapport pour établir quelles avancées avaient été faites en ce sens… mais en vain. »