À la suite d’une enquête qu’il dit avoir menée sur le terrain, Jean-Noël Sandian, président de l’Association des citoyens de l’Ouest et du Sud, dénonce ce qu’il considère comme « l’exclusion » des éleveurs de porcs de St-Martin Phase 2. Il tire la sonnette d’alarme sur leurs conditions de vie précaires, certains réduits « à se reporter sur les restes de nourriture collectés et destinés aux porcs ».
« L’inaction du gouvernement sur cette situation désespérée des éleveurs de porcs de St-Martin ne ferait qu’accroître leur sentiment d’exclusion car ils sont exclus des droits élémentaires auxquels tous les citoyens mauriciens peuvent prétendre », prévient Jean-Noël Sandian, président de l’Association des citoyens de l’Ouest et du Sud (ACOS). Il dit exprimer ainsi son inquiétude après une enquête sur le terrain qu’il a menée avec des membres de son association. « Le constat est plus que révoltant ! » s’indigne-t-il en évoquant les conditions précaires dans lesquelles opèrent les quelque 150 éleveurs regroupés dans cette région de Rose-Hill.
L’ACOS se dit « choquée » d’avoir constaté sur le terrain que certaines familles d’éleveurs connaissent des conjonctures personnelles difficiles, notamment pour trouver de la nourriture pour leurs enfants. « Il est choquant pour ne pas dire honteux d’apprendre qu’en 2012, des citoyens mauriciens sont réduits à se reporter sur les restes de nourriture collectés et destinés aux porcs », s’indigne Jean-Noël Sandian.
Autres constats : ces éleveurs de porcs sont criblés de dettes, selon Jean-Noël Sandian. « Sur les 160 lots attribués aux éleveurs, seule une trentaine arrive péniblement à être opérationnelle, créant ainsi un endettement chronique », constate le président de l’ACOS. « Se profile ainsi le spectre de la reprise des parcs inachevés pour défaut d’exploitation, ce qui conduira inévitablement les éleveurs à ne pas pouvoir honorer leurs engagements », prévient-il.
Selon le président de l’ACOS, la construction d’un ensemble de parcs sur 1 500 pieds carrés aux normes et selon le plan du gouvernement mauricien se chiffrerait aujourd’hui autour de la somme minimale de Rs 1,8 million par parc. « Paradoxalement, un emprunt de Rs 400 000 seulement est autorisé aux éleveurs accompagné d’une déduction de Rs 20 000 à Rs 40 000 pour l’assurance. C’est ce qui explique qu’actuellement la plupart des parcs en construction sont à l’abandon et offrent un spectacle de désolation. Et même la trentaine d’éleveurs, qui produisent a priori des porcs, disposent de parcs non conformes », explique Jean-Noël Sandian.
« Si le gouvernement voulait réellement aider les éleveurs de porcs, il ferait construire ces parcs avant de les mettre en location avec option d’achat au profit des éleveurs. Cela aurait été une mesure cohérente avec la politique affichée du gouvernement de démocratiser l’économie ! » soutient le président de l’ACOS.
Jean-Noël Sandian et son équipe disent avoir également constaté que les parcs ne sont pas alimentés en eau ou lorsqu’ils le sont, ce n’est que par le biais de camions citernes de la Central Water Authority (CWA). « Alors que l’infrastructure nécessaire pour avoir une alimentation continue en eau est présente, la CWA privilégie d’autres secteurs et abandonne à leur sort ces éleveurs », s’indigne-t-il. Le président de l’ACOS ajoute ne pas comprendre pourquoi la CWA a encaissé les frais relatifs à l’enregistrement des applications de fourniture en eau mais refuse toujours de prendre l’argent pour équiper les parcs en compteurs.
Autre constat accablant : les drains pour l’évacuation des matières fécales liées à l’élevage des porcs sont inexistants. « Cette carence participe à un manque d’hygiène manifeste propre à la prolifération de maladies, d’où un risque sanitaire important », explique Jean-Noël Sandian.
Les frais d’abattage posent également problème, soutient le président de l’ACOS. Pour les porcs sur pattes, les frais d’abattage s’élève à Rs 1 500 pour 100 kg, alors que pour les carcasses importées ils sont de Rs 200 pour 100 kg. « Dans un souci d’équité, les éleveurs ont demandé au ministère des coopératives la construction d’une salle de découpe pour diminuer ce coût d’abattage prohibitif. À ce jour, le ministère n’a donné aucun écho favorable à cette demande », précise Jean-Noël Sandian.
L’obtention d’une certification des produits locaux aux normes HACCP au niveau de l’abattage à la Mauritius Meat Authority aurait permis aux éleveurs de vendre leurs produits aux hôtels et restaurants, augmentant ainsi leur marché de vente. « Selon nos renseignements, le gouvernement aurait entrepris des démarches afin que les produits locaux puissent bénéficier du label HACCP. Mais à ce jour, les éleveurs sont tenus dans l’ignorance totale des diligences du gouvernement sur ce sujet », tempête Jean-Noël Sandian. « Pour sauver les éleveurs de porcs d’une concurrence déloyale, le gouvernement ne devrait-il pas impérativement protéger la production locale en contrôlant l’importation de la viande de porc ? » s’interroge  demande le président de l’ACOS.
Les prix excessifs de la nourriture sont un autre souci de ces éleveurs. Depuis la fermeture de Livestock Feed de Richelieu et faute d’une compensation et de subsides suffisantes, les éleveurs se plaignent des prix excessifs de la nourriture pour les porcs notamment.
Par ailleurs, le package (1 vera + 20 Truies à Rs 275 000) importé pour la reproduction ne correspond plus aux attentes des éleveurs car les portées ne donnent plus les résultats escomptés, indique le président de l’ACOS. « Les éleveurs réclament l’expertise et l’assistance des homologues réunionnais qui bénéficient des techniques développées en France », avance Jean-Noël Sandian. « En outre, les éleveurs dénoncent la mainmise d’une poignée de personnes sur la production de porcelets qu’elles vont revendre à l’éleveur le plus offrant. Le gouvernement ne devrait tolérer davantage la prééminence d’un tel cartel dans la chaîne de production de porcs, alors qu’il prône la démocratisation », argue-t-il.
Jean-Noël Sandian se demande par conséquent si les conditions de vie précaires de ces éleveurs de porcs ne constituent pas une violation des droits humains. « Ces éleveurs sont dans l’incapacité de rembourser leurs dettes. Dès lors, il serait opportun, dans la mesure où les parcs sont inappropriés et inachevés, de suspendre le remboursement des emprunts jusqu’à une mise en conformité avec les engagements pris par le gouvernement », préconise l’ACOS.
Jean-Noël Sandian exprime son intention d’en alerter les autorités du pays.