Quatre semaines se sont écoulées depuis la plus importante saisie d’héroïne qui s’est déroulée sur le territoire mauricien, soit 135 kilos d’une valeur de Rs 2 milliards, suivie de deux autres cas de saisies de 20 kilos et de deux kilos, par l’Anti-Drug and Smuggling Unit et la Customs Anti-Narcotics Team de la Mauritius Revenue Authority. L’enquête au pénal semble toutefois être au point mort. Le dernier développement en date, à savoir la mission confiée au directeur général du National Security Service, Lockdev Hoolass, et l’ASP Deeal, suscite davantage de questions que de réponses. Pour cause : cette affaire aurait techniquement dû relever de l’Investigating Agency, de ce fait l’ADSU, ou de la cellule d’Interpol à Maurice. Néanmoins, la fuite de cette information n’est pas du goût de l’hôtel du gouvernement, qui a réclamé une enquête de haut niveau afin de situer les responsabilités dans cette affaire. De son côté, l’Independent Commission against Corruption (ICAC), qui se consacre au volet de “Money Laundering” dans cette importation de drogue, adopte la tactique de la « tenaille » contre Shahebzada Azaree, aussi connu sous le nom de Dade, patron de Gloria Fast Food et compère de Navin Kistnah au Champ de Mars.
Dans l’immédiat, la préoccupation majeure dans l’enquête sur l’affaire des Rs 2 milliards d’héroïne – qui a vu l’arrestation de Geanchand Dewandee, connu pour être un “Zanfan Lakaz” au QG du Sun Trust, et d’un ressortissant indien, Sibi Thomas – tourne autour de Navin Kistnah. Ce suspect avait pris la fuite en direction de l’Afrique du Sud le 8 mars dernier, soit juste avant la découverte de cinq “Crates” renfermant 135 sacs d’héroïne, d’un kilo chacun en moyenne. Au sein de la famille du suspect, dans la région de Petite-Rivière, l’inquiétude est grandissante : depuis mardi de la semaine dernière, aucune nouvelle n’a filtré.
« Jusqu’au mardi 28 mars, nous étions en communication de manière régulière avec Navin. Li ti pe dir nu ki li ankor lAfrik Disid et ki li pena nanye a fer ek sa zafer ladrog-la. So dernie kall telefon mardi-la, linn dir nu ki lapolis inn trap li ek ki nu bizin fer demars al get avoka », ont déclaré en substance les parents de Navin Kistnah, qui ont retenu les services de Mes Rama Valayden et Neelkant Dulloo.
La première mission de ces conseils légaux consiste à confirmer officiellement si Navin Kistnah est sous le contrôle de la police mozambicaine, le lieu de sa détention à Maputo et s’il existe des possibilités de lui rendre visite. À cet effet, le concours du ministère des Affaires étrangères a été sollicité officiellement hier.
Toutefois, la décision des autorités de dépêcher à Maputo le directeur général du NSS et un assistant surintendant de police, complètement étrangers à l’On-Going Enquiry de l’ADSU, intrigue plus d’un. Aucun détail n’a filtré officiellement quant au “Mission Statement” de Lockdev Hoolass au Mozambique. Par contre, l’hôtel du gouvernement se montre davantage frileux s’agissant des fuites d’informations au sujet de cette mission d’urgence du No 1 du NSS.
Une enquête de haut niveau a été ordonnée en vue d’identifier les sources de ces fuites sur ce déplacement à Maputo. Depuis le début de cette affaire, le gouvernement s’est élevé contre de telles fuites d’informations relatives au déroulement de cette enquête sur les 135 kilos d’héroïne. Il y a d’abord eu le « tuyau » fourni à Navin Kistnah, à l’effet que le conteneur qui renfermait les cinq “Wooden Crates” recelant les cinq compresseurs remplis d’héroïne à bord du MSC Ivana, était sous le contrôle de l’ADSU.
En présence d’une si précieuse information, Navin Kistnah a pris la fuite pour l’Afrique du Sud avant qu’il ne soit inquiété par l’ADSU. Par la suite, le même suspect a eu vent que le patron de l’ADSU, le Deputy Commissioner of Police Choolun Bhojoo, se déplaçait en Afrique du Sud. Navin Kistnah a alors quitté ce pays pour le Mozambique. Depuis mardi toutefois, c’est la fin de cavale pour ce suspect, même si les Casernes centrales, qui ont obtenu un mandat d’arrêt international, n’ont pas à ce jour confirmé ou infirmé la nouvelle de l’arrestation à Maputo.
D’autre part, l’enquête sur le volet de blanchiment de fonds enclenchée par l’ICAC cible le cercle de Dade Azaree. Un de ceux présentés comme faisant partie du clan du patron de Gloria Fast Food a été longuement entendu par l’ICAC au sujet du train de vie de celui-ci, que ce soit au Champ de Mars, lors de ses déplacements à l’étranger ou encore de sa “Night Life”.
L’ICAC est actuellement sur la piste d’un employé du port qui fréquente le gratin du Mauritius Turf Club et est également proche du tandem Azaree/Kistnah. Son interrogatoire pourrait se dérouler en fin de semaine et devrait fournir de nouvelles pistes pour l’enquête sur le blanchiment de fonds.