Les limiers de l’Independent Commission Against Corruption du commissaire Navin Beekarry ont amorcé une phase critique dans l’enquête sur le démantèlement d’un des réseaux de trafiquants de drogue les plus rodés opérant à Maurice. En fin de semaine, ils ont obtenu confirmation que le dénommé Navin Kistnah opérait sous une double identité en tant que Sworn Broker. D’ailleurs, dès la saisie de 135 kilos d’héroïne dans le port le 9 mars dernier, l’association des courtiers maritimes avait récusé la thèse que Navin Kistnah était un des leurs. Par ailleurs, la liste des suspects, susceptibles d’élucider les dessous de ce réseau d’importation de drogue, s’est allongée. En effet, un autre Custom Broker de concert avec Navin Kistnah, Homanchal Kumar Ramdin, est activement recherché par l’ICAC et n’aurait pas donné signe de vie dans les milieux des agents maritimes depuis bientôt trois semaines. Le Tracking des Consignments depuis le 7 avril 2016 a permis d’identifier une dizaine de Consignments de compresseurs, dont certains étaient dirigés directement au domicile de Navin Kistnah à Petite-Rivière. De son côté, lors de son intervention à Dagotière, hier après-midi, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a dénoncé la complicité « a sertin nivo », fournissant des informations cruciales aux trafiquants au lieu de faire leur travail.
Les dernières indications obtenues par les hommes de Navin Beekarry devraient s’avérer cruciales lors des prochaines étapes que ce soit au niveau de l’ICAC et de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU). Navin Kistnah opérait sous une double identité sur le plan professionnel dans le port comme pour déjouer toute tentative de le retracer. Ainsi, tous les documents fournis à la douane pour le débarquement des conteneurs, plus précisément les compresseurs contenant d’importantes cargaisons de drogue, étaient signés du nom de Kushal Ramchurn, la fausse identité de Navin Kistnah. La documentation douanière confirme également la connexion avec le Zanfan Lakaz du Sun Trust, Geeanchand Dewdanee, comme ce fut le cas avec les Rs 2 milliards d’héroïne du 9 mars dernier à bord du MSC Ivana venant d’Afrique du Sud.
Cette confirmation a été obtenue quand les habitués du port ou encore les membres de la Freight Forwarders Agents Association ont été confrontés à des photos d’identité de Navin Kistnah. À partir de ce détail, l’enquête de l’ICAC devait prendre une nouvelle dimension en vue de retracer les conteneurs débarqués au nom de Kushal Ramchurn/Navin Kistnah. Du 7 avril 2016 au 8 février de cette année, les archives de la Mauritius Revenue Authority consultées par l’ICAC ont identifié une dizaine de Consignments de compresseurs suspects débarqués. Les chauffeurs de pas moins de cinq camions, ayant été utilisés pour le transport de ces conteneurs de l’enceinte portuaire, ont déjà été interrogés par l’ICAC, et l’itinéraire a été confirmé. Dans un des cas, le camion avait quitté le port en vue de débarquer les compresseurs au domicile de Navin Kistnah à Petite-Rivière.
L’enquête de l’ICAC a révélé aussi que Navin Kistnah avait un partenaire en la personne de Homanchal Kumar Ramdin, Custom Broker. Les documents à la douane en font foi et toutes les recherches en vue de retracer ce suspect sont demeurées vaines. Mais, à ce jour, ce suspect se présente comme une pièce stratégique du puzzle dans le port, surtout dans le cadre de l’enquête sur le volet de blanchiment de fonds pour trafic de drogue.
Le Premier ministre continue à maintenir que dans la conjoncture de la lutte contre les trafiquants de drogue « nou pa kapav devwal nou plan daksyon ». C’était lors de son discours à Dagotière où il a fait appel à la collaboration des médias et du public en général dans le combat contre la mafia de la drogue. Il s’en est pris directement aux auteurs de fuite d’informations. Il a dénoncé le fait que « ena dimounn malerezman konplis denn sertin nivo ki finn donn linformasyon olie fer zot travay ». Il est revenu sur le fait qu’il n’a aucune connexion avec les trafiquants de drogue. « Eski ou kwar dan sa konba qui mo pe amene, mo ena kit koneksyon ar zot ? », s’est-il demandé.