Alors que l’interrogatoire formel de Navind Kistnah, « the executing arm » du réseau de trafic de drogue dans des compresseurs, démarre laborieusement du côté de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) passe à la vitesse supérieure. Dans la journée d’hier, les limiers de la Commission Anti-Corruption, se concentrant sur le volet de Money Laundering, ont effectué une perquisition au domicile d’un ancien Prison Officer à la Rosa dans le sud de l’île. Toutefois, le dénommé Oumeshlall Ramsurrun, 45 ans, qui a pris sa retraite de la Prison, fait actuellement l’objet d’un mandat d’arrêt alors que sa compagne, Bibi Maitab Phutully, 32 ans, a passé une nuit en cellule policière suite à son arrestation par l’ICAC en début de soirée d’hier. Des documents compromettants saisis au domicile de la compagne ont permis à l’ICAC de verser dans le dossier à charge de nouvelles pièces de Documentary Evidence accréditant la thèse de l’axe Peroumal Veeren/Navind Kistnah quant aux importations d’héroïne dans des compresseurs, des Prison Officers assurant le lien. Par ailleurs, au fur et à mesure que progressent les trois principales lignes d’enquête, soit celles de l’ICAC, de l’ADSU et de la Commission sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, il devient encore plus évident que l’étau se resserre sur des hommes de loi, dont les noms figurent dans les Address Books des parrains de la mafia. Dans la conjoncture, la question qui se pose : qui de l’ICAC, de l’ADSU ou de la Commission Lam Shang Leen convoquera en premier ces membres du barreau?
Approfondissant son enquête sur les informations contenues dans le Karne Laboutik en sa possession depuis plusieurs jours, l’ICAC a frappé à une « bonne porte » hier. L’ancien garde-chiourme Oumeshlall Ramsurrun est présenté comme étant un « important transporteur » du réseau dirigé par Peroumal Veeren de sa cellule de la Prison Centrale de Beau-Bassin. Un premier exercice de vérifications confirme que cet ancien Prison Officer a effectué de nombreux déplacements à l’étranger, notamment à Madagascar et dans d’autres pays, d’où provient l’héroïne alimentant le marché local.
Au cours de l’exécution du mandat de perquisition et d’arrêt, le dénommé Ramsurrun n’était pas à son domicile et ne s’y est jamais présenté malgré des appels téléphoniques de sa compagne à cet effet. Les fouilles effectuées chez le suspect en présence de Maitab Bibi Phutully devaient déboucher sur la saisie de documents cruciaux, établissant au-delà l’ombre d’un doute des liens étroits entre Peroumal Veeren, connu comme étant le « parrain des parrains » et se promenant avec une chaîne en or de plus de Rs 1 million dans sa cellule, et le Customs Broker, Navin Kistnah, actuellement en détention au QG de l’ADSU.
Ces documents viennent apporter la preuve soutenant les confessions initiales de Navind Kistnah, selon lesquelles les cerveaux derrière le réseau de trafic d’héroïne, dont Peroumal Veeren ou encore les Chowrimootoo, purgent de longues peines d’emprisonnement. Ces documents sont sous la forme de deux Invoices au nom de la société de courtiers maritimes de Navind Kistnah, Kun Management INT Ltd. Des Heavy Duty Equipments, des Water Pumps et des Breakers étaient supposément importés à cette occasion.
De son côté, la compagne Maitab Phutully, 32 ans, a été acculée par les enquêteurs de l’ICAC au sujet d’une récente acquisition d’un appartement de luxe dans la région de Flic-en-Flac. En effet, elle a conclu ce deal immobilier d’un montant de Rs 6,5 millions l’année dernière. Mais le comble est que cet appartement n’est loué à personne d’autre que le beau-frère de Peroumal Veeren, Khalid Ameer.
En guise d’explications quant à ses Sources of Funds, Maitab Phutully a soutenu qu’elle est rentrée d’Irlande après un long séjour et qu’elle avait utilisé ses économies pour financer cette acquisition immobilière. L’ICAC, qui n’a pas digéré ces explications, l’a placée en détention provisoire. Elle devait comparaître devant la Cour aujourd’hui pour son inculpation provisoire sous les dispositions du Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act. Il existe très peu de chances qu’elle soit libérée sous caution car son complice, Oumeshlall Ramsurrun, fait actuellement l’objet d’un mandat d’arrêt dans la même enquête. La dénommée Phutully avait été interpellée il y a deux semaines de cela par l’ADSU sur la plage publique de Blue Bay pour le délit présumé de trafic de drogue. Elle était en liberté provisoire.
Son arrestation étant annoncée comme imminente, l’ex-Prison Officer sera confronté à ces deux Invoices de Kun Management INT Ltd dans ses affaires et devra fournir des explications au sujet de ses liens avec Peroumal Veeren aussi bien que Navind Kistnah sans compter son patrimoine immobilier et ses comptes bancaires passés au peigne-fin.
Un autre développement de taille dans la lutte contre la drogue est annoncé en ce début de mai. Les premiers avocats, dont les noms circulent sous les Gowns au barreau, devront être convoqués d’un moment à l’autre. Mais la question devant être tranchée demeure: quelle institution entre l’ICAC, l’ADSU ou la Commission Lam Shang Leen tirera le premier? Dans les trois cas, les dossiers d’enquête sur des Practicing Lawyers ont atteint un stade avancé et la convocation ne se résume qu’à une question de jours.
Pour sa part, le détenu Peroumal Veeren, qui devra être entendu dans le cadre de cette enquête d’envergure sur la drogue, est placé en Solitary Confinement à la Prison Centrale de Beau-Bassin. Des caméras de surveillance assurent la garde de ses faits et gestes 24 heures sur 24, le commissaire des Prisons, Vinod Appadoo, étant informé de manière systématique, alors que les détails de la mémoire de son dernier cellulaire sont soigneusement conservés du côté de l’ADSU.