Depuis samedi, les multiples enquêtes sur des saisies record d’héroïne, soit les 135 kilos du 9 mars, les 20 kilos du 24 mars et les deux kilos du 25 mars, d’une valeur marchande de Rs 2,5 milliards, ont pris une nouvelle tournure. Ainsi, le Prime Suspect, Navin Kistnah, qui était en fuite en Afrique du Sud et au Mozambique depuis le 8 mars dernier, est revenu sous le contrôle des limiers de l’ADSU. Au vu de son incarcération in communicado durant les premières 36 heures avec de strictes mesures de contrôle au QG de l’ADSU aux Casernes centrales pour éliminer tout contact avec des tierces parties, même pas ses proches parents, soit sa mère ou son frère, Navin Kistnah sait qu’il joue gros dans cette affaire. Il a été rapatrié, samedi, d’Afrique du Sud, sous forte escorte policière, après son arrestation à Maputo au Mozambique le mardi 28 mars dernier.
En prélude à des séances d’interrogatoire, qui risquent d’aller de rebondissements en rebondissements, au cas où ce Custom Broker, opérant pendant une assez longue période sous le faux nom de Kushal Ramchurn, devait être présenté devant le tribunal de Port-Louis pour son inculpation provisoire probable d’Importation of Heroin with an averment of Trafficking, in breach of Sections 30 (1) (b) (ii), 41 (3), 41 (4), 47 (2) et 47 (5a) sous le Dangerous Drugs Act. Pour les besoins de ce déplacement du QG de l’ADSU au tribunal de Port-Louis, les autorités n’ont pas voulu prendre des risques quant à sa sécurité avec un important déploiement d’éléments du Groupement d’intervention de la police mauricienne (GIPM), de membres de la Special Mobile Force et de Special Supporting Unit (SSU) armés jusqu’aux dents. Il a été reconduit en cellule policière suite à des objections de l’ADSU pour sa remise en liberté provisoire.
Toutefois, à ce stade de l’enquête, la question d’un Immunity Deal en faveur de ce suspect même si dans les rangs des hommes de loi, en l’occurrence Mes Rama Valayden et Neelkanth Dulloo, dont les services ont été retenus pour la défense, l’on refuse d’accréditer la thèse que cet habitant de Petite-Rivière, Honorary Member au Mauritius Turf Club, serait l’Ultimate Holding d’un des plus importants réseaux de trafic de drogue opérant à Maurice. « Difficile à croire que Navin Kistnah soit à la tête de ce réseau. Mais la véritable question est de savoir qui sont ceux qui tirent les ficelles et à quelles fins ? » se demande-t-on depuis samedi avec le retour sur le sol mauricien de Navin Kistnah.
Dans le camp des enquêteurs de l’ADSU, la question de l’immunité contre des témoignages basés sur des Documentary Evidence, type Raffick Peerbaccus devant la commission Rault en 1986, est jugée prématurée. « Nous ne savons même pas ce que le suspect aura à dire. Nous n’avons même pas abordé la substance de son interrogatoire. Comment pouvons-nous parler d’Immunity Deal. Nous en aviserons au moment opportun en suivant les procédures établies et sur des faits éprouvés », devait-on s’appesantir en ce début de semaine.
Avec l’arrestation et le rapatriement de Navin Kistnah, outre l’ADSU, deux autres instances, en l’occurrence l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et la Commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, s’intéressent à ce suspect. Mais dans l’immédiat, c’est l’ADSU qui abattra ses cartes en premier car du côté de l’ICAC, dont la mission consiste à enquêter sur le volet de Money Laundering, l’on ne veut nullement être pointé du doigt pour avoir gêné le Main Case de l’ADSU.  « Pour l’instant, nous allons laisser l’ADSU faire son travail et nous interviendrons avec l’interrogatoire de Navin Kistnah qu’après cette étape », fait-on comprendre.
L’un des premiers éléments de l’interrogatoire formel dans les locaux de l’ADSU portera sur la cargaison de 135 kilos d’héroïne, répartis dans 135 sachets d’un kilo en moyenne et dissimulés dans cinq compresseurs arrivant à Maurice d’Afrique du Sud à bord du MSC Ivana au cours de la première semaine de mars. Navin Kistnah sera confronté aux conclusions de la première partie de l’opération conjointe de l’ADSU et de la Customs Anti-Narcotics Team de la Mauritius Revenue Authority, en particulier toute la documentation douanière soumise officiellement pour le débarquement du conteneur avec les cinq Wooden Crates.
Compte tenu des réponses fournies par Navin Kistnah, l’ADSU devra être en mesure d’établir si de faux documents ont été présentés à la douane à cet effet. Jusqu’ici, le dénommé Geanchand Dewdanee, directeur de Brillant Resources Consulting Ltd, aussi connu comme « Zanfan Lakaz Sun Trust » et son partenaire, le ressortissant indien, Sibi Thomas, qui sont en état d’arrestation depuis le 13 mars dernier, ont rejeté les accusations de trafic d’héroïne contre eux. Ils avancent que l’estampe sur les documents de la douane pour le conteneur incriminé est de forme rectangulaire alors que le tampon utilisé par Brillant Resources Consulting Ltd est triangulaire.
Ces deux suspects maintiennent qu’ils ont été piégés par Navin Kistnah dans cette affaire et une confrontation formelle entre les deux parties devra faire émerger la vérité et faire rebondir l’enquête dans un sens comme dans l’autre. Mais tout dépendra de l’attitude qu’adoptera le dénommé Kistnah lors de l’étape cruciale de l’interrogatoire formel à l’ADSU dans les prochaines heures.
Mais il n’y a pas que ses relations avec Geanchand Dewdanee qui attendent Navin Kistnah; il y a encore ses contacts aux courses hippiques avec le patron de Gloria Fast Foods, Dade Azaree, avec le Custom Broker Hemanchal Ramdin, actuellement recherché par l’ICAC, ses fréquentations avec Tiger, ce Senior Technician à la Mauritius Ports Authority, qui sont des noeuds à démêler à différentes étapes de cette enquête…