Le suspense autour des premières révélations de Navind Kistnah sur les protagonistes et le Modus Operandi du réseau d’importation d’héroïne dans des compresseurs durera jusqu’au moins la fin de cette semaine. C’est l’impression qui se dégage après l’une des premières prises de contact des hommes de loi du suspect, en l’occurrence Me Rama Valayden et Me Neelkant Dulloo, avec la direction générale de l’Anti-Drug and Smuggling Unit, représentée par le surintendant Azima, hier après-midi, aux Casernes centrales. La préoccupation majeure, que ce soit du côté de l’ADSU, des conseils légaux et de l’entourage de Navind Kistnah, porte sur des garanties pour la sécurité des différentes parties au fur et à mesure que les révélations sur le réseau de drogue seront consignées dans le dossier à charge dans les jours à venir. En parallèle dans cette même affaire d’enquête sur les trois dernières saisies d’héroïne, soit 135 kilos le 9 mars, 20,34 kilos le 24 mars et deux kilos de 25 mars, la liste de 19 noms d’avocats sur le Karne Laboutik de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) suscite un intérêt grandissant dans ces mêmes milieux professionnels.
Ainsi, hier après-midi, pour la première fois depuis son rapatriement à Maurice, Navind Kistnah a été entendu par des limiers de l’ADSU en présence de son Leading Counsel, Me Rama Valayden, assisté de Me Neelkant Dulloo. Cette rencontre s’est déroulée vers 13 heures, hier, soit à l’heure convenue entre les différentes parties. Pour les besoins de cet exercice, qui devra être impérativement  enregistré en caméra vidéo, les locaux du CID de Port-Louis Sud dans l’enceinte des Casernes centrales ont été réquisitionnés.
Contrairement au QG de l’ADSU, l’interrogation Room du CID de Port-Louis Sud est dotée d’équipements pour l’enregistrement sous vidéo des séances d’interrogatoire de suspects. Navind Kistnah, qui a été placé en détention dans une des cellules sécurisées de l’ADSU aux Casernes centrales, a fait ce trajet dans un des véhicules de l’ADSU sous escorte de membres de la Special Supporting Unit, armés jusqu’aux dents. L’exercice aura duré environ une heure.
Des recoupements d’informations effectués de sources concordantes indiquent que cette séance de travail visait trois objectifs. D’abord, obtenir sous caméra la confirmation de Navind Kistnah que les services de Mes Valayden et de Dulloo ont retenus par lui en personne et sans aucune autre contrainte ou directive. Ensuite, définir les modalités et établir un calendrier de travail pour les séances de travail et surtout mettre au point tout le volet de la sécurité de toutes les parties engagées dans cette enquête, que ce soit du Star Witness-In-Waiting, Navind Kistnah, des membres de sa famille, les hommes de loi participant à cette enquête et également les limiers de l’ADSU.
« Saki mo kapav santi a ce stad de laket, ena gran ramifikasion dans sa zafer-la, ki depass teritwar morisien. Ek pou bizin pran bann mezir de sekirite ki bizin avek interogatwar pou vini », s’est appesanti Me Valayden en guise de seul commentaire sur le fond de cette affaire après la rencontre d’hier aux Casernes centrales. Il n’a pas manqué de dresser un parallèle avec le cas du témoin Penelope, qui détenait les secrets du campement de Pereybère dans le cas de Gro Derek.
« Nou tout kone ki Penelope, qui ti enn temwin ADSU ti porte mankan e dan ki kondision ti gagn so lekor apre. Avek sa bann ramifikasion dans zafer Kistnah, nou pou bzin ankor plis sekirite. D’ailleurs, je compte demander à la police de rouvrir l’enquête dans l’affaire Penelope », a ajouté Me Valayden.
A sa sortie de l’Interrogation room, Me Valayden n’a pas été très bavard sur le fond de l’interrogatoire. Il a qualifié cet exercice de « deblay terin ». Il a ajouté que les enquêteurs de l’ADSU ont posé certaines questions à son client. « L’enquête n’a pas encore débuté properly », ajoute-t-il. Il souligne qu’il n’est « pas très en forme » en ce moment, mais qu’il prendra contact incessamment avec la police pour décider de la prochaine séance d’interrogatoire.
Cependant, Me Rama Valayden s’est appesanti sur la confidentialité de cette enquête « car il y a de grandes ramifications dans cette affaire. Sinon, ena dimounn ki pou sauve. Mo pas oule ki a okenn moman, informasion sorti e sa kapav amenn la mor enn dimounn ». Il se dit satisfait de la manière dont l’ADSU traite Navind Kistnah à ce stade. Toutefois, la question qui se pose concerne les mesures de sécurité autour des membres de la famille du suspect à Petite-Rivière. La patrouille policière décidée depuis la fin de la semaine dernière pourrait s’avérer insuffisante avec les développements à venir.
Dans un autre ordre d’idées, la teneur du Karne Laboutik des trafiquants de drogue en possession de l’ICAC inquiète plus d’un membre de la profession légale. Les informations recueillies de sources officielles indiquent que deux catégories d’hommes de loi sont sur cette liste : une première dont les services sont retenus et une autre, comportant au moins 19 noms, qui sont des bénéficiaires présumés de paiements réguliers pour d’autres missions autres que sur le plan légal pour ces trafiquants, déjà condamnés par la justice et purgeant de longues peines d’emprisonnement.
Au QG de l’ICAC, l’on se garde de confirmer la moindre indication de la teneur de ce Karne Laboutik. Après l’arrestation et l’inculpation de deux maillons forts du réseau du trafiquant Peroumal Veeren, l’ICAC se concentre à procéder des contre-vérifications sur le terrain avant de se lancer dans une nouvelle offensive contre des éventuels suspects pour le délit de Money Laundering sous le Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act pour trafic de drogue.