Depuis le week-end, les autorités policières sont sur le pied d’alerte suite à une série d’incidents liés à la profanation du temple Amma Tookay de Camp-Diable dans la nuit de vendredi à samedi. À ce matin, neuf personnes avaient été arrêtées par la force policière, dont un constable, Mohamed Yaneez Khedoo, 32 ans, affecté au poste de police de l’hôpital Jeetoo, identifié dans les enregistrements de caméras de surveillance placées dans l’enceinte du temple. Dans le sillage de cet acte de vandalisme au temple historique de Camp-Diable, la tension est montée d’un cran dans les villages avoisinants du Sud avec une dizaine de cas rapportés à la police entre samedi soir et hier, avec dans un cas une famille victime d’agression et de dégâts majeurs à des propriétés, ou encore huit panneaux de vitres brisés à la mosquée Masjid E-Islam de Tyack. En vue d’éviter toute escalade, des représentants des associations de différends bords, dont des représentants de sociétés de gestions de mosquées, lancent des appels au calme avec la police mettant en garde contre les auteurs de commentaires à caractère incendiaire sur Facebook.
Le premier cas de profanation de lieux de culte a été rapporté à la police de Camp-Diable tôt samedi matin par le président de l’Amma Tookay Kovil, Dana Chengen. En effet, deux individus avaient pénétré par effraction dans l’enceinte de ce temple plus qu’historique et fréquenté par des Mauriciens de toutes religions confondues. Pour des raisons à être déterminées par les limiers de la CID de la Southern Division, ces deux individus ont renversé et endommagé des statuettes de différentes divinités, dont Doorga et Hanuman. Ils ont également endommagé des panneaux de vitre. Les dégâts sont estimés à quelque Rs 500 000.
Après un rapide décryptage des enregistrements des caméras de surveillance du temple, des éléments de la CID et du FIO de la Southern Division devaient procéder à l’arrestation du policier Mohamed Yaneez Khedoo, âgé de 32 ans posté à l’hôpital Jeetoo, et habitant la rue Alma à Vallée-Pitot, et Mohamad Aktar Bootun, 28 ans, marchand ambulant de son état, habitant Rivière-des-Anguilles. Ces deux suspects, qui ont été entendus par les enquêteurs, ont été reconduits en cellule policière après une comparution devant la Bail and Remand Court hier.
Les deux suspects devaient être traduits devant le tribunal de Surinam ou de Curepipe aujourd’hui pour leur inculpation provisoire dans ce cas de profanation de lieux de culte. Tout semble indiquer que la police compte objecter à la demande de remise en liberté provisoire, comme cela a été le cas hier devant la Bail and Remand Court. La principale raison est les risques à leur sécurité personnelle dans la conjoncture et également le fait que l’enquête policière n’a pas été encore complétée formellement.
La soirée de samedi a été des plus mouvementées dans les régions avoisinantes du temple Amma Tookay en dépit d’un fort déploiement dissuasif d’éléments de la Special Mobile Force et de la Special Supporting Unit. Des premiers incidents ont été signalés avec des dégâts à la mosquée Ikhwan-Ul-Mubkeemun de Rivière-des-Anguilles. Il était alors environ 21 heures, samedi.
Presque en même temps, des panneaux de vitre de la mosquée Majid E-Islam, située le long de la route Royale à Tyack, volaient en éclats. Deux suspects, le douanier Kunal Kaleechurn, 31 ans, de Camp-Diable et Sanjay Cheetamun, 23 ans, ont été appréhendés par la police suite à ces incidents.
Une famille de ce village du Sud, dont le nom s’apparente à l’un des deux principaux suspects dans le sacrilège du temple d’Amma Tookay, était attaquée. La coïncidence a voulu qu’un des membres de cette famille, qui n’a rien à faire avec les incidents de la nuit de vendredi à samedi, fait également partie de la force policière.
Un groupe d’individus, armés de sabre, devait agresser un sexagénaire de même que le policier en question. Deux voitures qui se trouvaient dans la cour ont été endommagées, de même que des panneaux vitrés. Dans ce cas, un dénommé Kovallen Mardaymootoo, 18 ans, étudiant, habitant Rivière-des-Anguilles, a été placé en état d’arrestation. D’autres arrestations sont à prévoir.
Lors des barrages routiers, la police a appréhendé deux habitants de Camp-Diable, Kanen Bachallasawmy, 24 ans, et Daram Rai Sahadeo, 25 ans. Ils étaient en possession de sabres sur la voie publique dans leur village natal dans la soirée de samedi.
Dans la nuit de samedi à dimanche, des cas d’agression ont été rapportés avec deux véhicules endommagés à coups de sabre et trois victimes recevant des soins d’urgence à l’hôpital de Souillac.
Des cas de dégâts délibérés à des lieux de culte et de prière avec des statuettes de divinités endommagées ont également été rapportés à Chemin-Grenier et Rose-Belle. Dans le cas de la Masjid & Kooba de Nouvelle-France, un panneau de vitre a été endommagé et la police a procédé à l’arrestation de deux frères, Koomal Moneeram, 24 ans, Nursing Officer et Vimal Mooneegam, 31 ans, des habitants de Bois-Chéri.
Ces suspects, qui devaient comparaître en Cour aujourd’hui, seront reconduits en cellule policière alors que les autorités affirment vouloir agir avec fermeté contre ceux qui seront tentés d’alimenter la tension avec des commentaires relevant de la sédition sur Facebook. La Cyber Crime Unit est en état d’alerte en vue de procéder à des arrestations et des interventions sur le site web pour parer à toute éventualité.
Dans le camp politique, les dirigeants, dont le secrétaire général du MMM Ajay Gunness, Zouberr Joomaye, député mauve de Rivière-des-Anguilles/Souillac (N° 13) et le leader du MSM Pravind Jugnauth, sont intervenus pour lancer des appels au calme. Les deux représentants du MMM ont effectué une tournée de la région de Camp-Diable et Rivière-des-Anguilles dans la journée. Des représentants des associations socioculturelles et des sociétés gérant les mosquées du Sud prévoient d’intervenir avec des appels à la raison cet après-midi.
EN DÉBUT D’APRÈS-MIDI SAJ : « Nou pa pou toler okenn dérapaz » Le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a convoqué la presse en début d’après-midi au Prime Minister’s Office pour commenter les incidents survenus depuis samedi suite à la profanation du temple Amma Tookay à Camp-Diable. Le message que devait transmettre le chef du gouvernement est clair : zéro tolérance contre tout dérapage avec des incitations à la haine raciale. La Cyber Crime Unit du Central CID a été mise en état d’alerte aussi bien que l’ICTA pour traquer et appréhender ceux qui alimenteraient les réseaux sociaux avec « du matériel de propagande susceptible d’attiser la sédition et la haine raciale ». « Nou pa toler okenn derapaz. Lotorite pou intransizan », devrait marteler le Premier ministre lors de son intervention cet après-midi. D’autre part, le ministère des Communications a réuni d’urgence son état-major et ses spécialistes pour faire une évaluation de la situation et décider s’il y a lieu de renforcer le cadre légal avec de nouveaux règlements. Un communiqué devait être émis pour rappeler aux Facebookers les dispositions de la loi contre la propagande raciste sur la toile.