Le tête-à-tête à la State House, hier matin, entre le président de la République sir Anerood Jugnauth et le Premier ministre Navin Ramgoolam, ne serait en fin de compte qu’un exercice de façade car la guerre des nerfs au plus haut sommet de l’État perdure malgré tout. C’est du moins ce que laissent voir les recoupements d’informations effectuées par Le Mauricien dans les deux camps à ce matin. Mais les célébrations du 44e anniversaire de l’indépendance et du 20e de la République de Maurice et la visite officielle du président des Seychelles James Alix Michel obligent, la trêve devrait être respectée par les deux principales personnalités de l’État. Par contre, dès cet après-midi, l’on devra s’attendre à voir le MMM et le MSM préciser leurs positions par rapport au Remake 2000 indépendamment des états d’âme exprimés à l’hôtel du gouvernement.
Si officiellement, la consigne à la State House demeure motus et bouche cousue, les premiers détails des échanges entre sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam, qui ont filtré jusqu’ici dans certains cercles politiques, visent à corriger les premières impressions suscitées par la déclaration du Premier ministre au J & J Auditorium, Phoenix, après la cérémonie officielle pour marquer la Journée Internationale de la Femme.
Ainsi, pour les cercles politiquement proches de sir Anerood Jugnauth, la partie la plus cruciale de la prise de position du président de la République au sujet de la controverse sur le Remake 2000 concerne tout éventuel engagement politique de sa part. « Avec la franchise et le langage direct qu’il est réputé avoir, le président de la République a tout simplement fait comprendre au Premier ministre que “kan mo pou fer politik, mo pou démissionné par mo mem tout de swit. Pena personne pou bizin vine dir mwa ki mo bizin fer”… », souligne-t-on dans ces mêmes milieux.
Des détails sur les différentes étapes de la conversation au sommet à la State House sont également distillés comme pour bien faire ressortir les nuances dans la conjoncture politique. La principale défense apposée par la présidence de la République face à l’ultimatum du Premier ministre est que « sa koze Remake 2000 » au sein des états-majors politiques de l’opposition ne date pas d’hier. Mais à aucun moment jusqu’ici, le président de la République ne s’est aventuré publiquement et officiellement sur cette question d’actualité politique.
Dans le camp du gouvernement, même si la garantie donnée par le président de la République au Premier ministre est prise « at face value », d’autres, qui ont procédé à un décryptage des propos tenus par sir Anerood Jugnauth dans la conjoncture politique, font état de doutes et réclament une vigilance accrue à l’avenir.
« Sir Anerood Jugnauth est un vieux routier et il choisira le moment approprié pour agir en vue de damer le pion politique à Navin Ramgoolam dans cette guerre psychologique, qui a atteint une nouvelle étape depuis le début de cette semaine. Le leader du Parti travailliste est conscient de l’enjeu », affirment des milieux proches de l’hôtel du gouvernement.
Dans le camp de l’opposition, notamment du MMM, l’initiative de Navin Ramgoolam est interprétée comme « un signe de panique face à une situation politique qui semble lui échapper de plus en plus ». D’ailleurs, tout indique que la principale cible du leader de l’opposition, lors de son point de presse de cet après-midi, ne serait nulle autre que Navin Ramgoolam et « son manque de respect patent des institutions constitutionnelles ».
« Au MMM, la feuille de route vers le Remake 2000 est toute tracée. Nous procédons par étape et sans aucune précipitation. Nous savons dans quelle direction nous sommes engagés. La preuve demeure la prochaine réunion du groupe parlementaire conjoint MMM/MSM du 17 mars », fait ressortir un des dirigeants du MMM en avant-première à la déclaration de cet après-midi.