Si rien n’est encore officiel à ce stade, les chiffres de Rs 7 500 à Rs 8 200 avancés dans un premier temps par le National Wage Consultative Council (NWCC) concernant le montant du salaire minimum font réagir les syndicalistes. Ainsi, Rashid Imrith, de la GSU, s’appuie sur le Household Budget Survey pour soutenir que le salaire minimal ne doit pas être inférieur à Rs 18 000. Pour sa part, le secrétaire général de la Confédération du secteur privé et du public (CTSP), Reaz Chuttoo, pointe du doigt le « “minimum lower wage” pour les employés “unskilled” », lesquels, déplore-t-il, « ne sont pas bien définis » dans la loi et qui fait que « 20 ans durant, un employé peut être catégorisé comme “unskilled” ». Il se dit pour un salaire minimal qui puisse « avant tout assurer la sécurité alimentaire », estimant que « si l’entreprise ne peut assurer la sécurité alimentaire de l’employé, le gouvernement, lui, doit s’en charger ».
Rashid Imrith, représentant syndical au sein du NWCC, dit craindre que les chiffres de Rs 7 500 à Rs 8 200 indiqués de manière officieuse « viennent préparer l’opinion publique à accepter une telle somme », estimant ainsi « prématuré de donner une indication des chiffres avant même que le sous-comité ne délibère » et qu’il « faut attendre des “Pay Components” ». Selon lui, « quand nous nous basons sur le Household Budget Survey, nous estimons que le salaire minimal ne doit pas être en dessous de Rs 18 000 ». Chiffre que la GGSU, dont il est le président, ne revendique pas d’une seule traite. « L’État peut déterminer de quelle manière cette augmentation sera faite, soit en deux ou trois ans, soit comme salaire indirect, par exemple en offrant des allocations pour les “basic utilities” » comme l’eau, l’électricité ou le téléphone. Rashid Imrith estime de plus que les politiciens, « à commencer par ceux qui sont au pouvoir », devraient venir de l’avant avec des chiffres comme salaire minimal « pour que la population sache ce qu’ils ont en tête ». Le président de la GSU dit craindre par ailleurs le fait que « le NWCC soit en train de prendre des facteurs qui ne sont pas censés être pris en considération dans le calcul du salaire minimal, à l’exemple des heures supplémentaires et du 13e mois ».
De son côté, Narendranath Gopee, président du Nation Trade Union Congress (NTUC), estime que le montant de Rs 7 500 à Rs 8 500 est « une farce ». Il s’agit selon lui « de chiffres faussés, étant donné que le comité n’est pas en possession d’un chiffre intégral prenant en compte les salaires du secteur formel et du secteur informel ». Contrairement à ce qui a été évoqué, Narendranath Gopee ne pense pas qu’une révision à la hausse du salaire minimal entraîne des risques de perte d’emplois. La NTUC développe : « Si l’on prend 60% du salaire social minimal, qui est de Rs 24 000, nous obtenons Rs 14 000. C’est pourquoi nous disons que les Rs 8 200 ne sont pas justifiées. »
Radakrishna Sadien, président de la State Employees Federation, est pour sa part d’avis que le salaire minimal doit être « un salaire minimal décent », poursuivant : « Aujourd’hui, nous faisons face à une certaine réalité. Beaucoup de personnes sont endettées. Elles peuvent avoir une maison mais elles ont des dettes. Il serait bon que ceux qui touchent Rs 500 000 par mois essaient de voir s’ils peuvent vivre avec Rs 8 200. »
Pour Reaz Chuttoo, même si rien n’est officiel encore, un gros problème demeure, soit « le fait que la loi parle d’un “minimum lower wage” pour les “unskilled workers” ». Il développe : « Donc, si le salaire minimal est de Rs 8 000, les “unskilled workers” auront encore moins. Mais il n’y a pas une définition de ce qu’est un “unskilled worker”. Au niveau de la CTSP, nous voulons nous tourner vers le ministère du Travail pour que soit abolie cette catégorie d’employés. » Pour le CTSP, un salaire minimal doit avant tout assurer la sécurité alimentaire des individus. « Il nous faut une définition de la sécurité alimentaire. Nous faillirions à notre tâche si nous ne garantissions pas à chaque citoyen un salaire minimal qui garantisse sa sécurité alimentaire. Si l’entreprise ne peut payer cela, le gouvernement devrait pouvoir s’en charger. »
En tant que représentant syndical au sein du NWCC, il indique que chaque semaine « le comité technique tient des réunions ». Il souligne que 90% de ceux qui bénéficient du salaire minimal sont des femmes. « Il est grand temps qu’on arrête de tenir de grands discours chaque 8 mars et que nous initions à la place des actions. Il est inacceptable que dans des écoles gouvernementales, des centaines de femmes touchent entre Rs 1 500 et Rs 2000. Trois cents d’entre elles ont vu leur salaire revu à Rs 8 500 mais elles n’ont pas de fiche de paie et pas de contribution de pension. » La CTSP organisera ainsi une manifestation mercredi à 14h30 à Rose-Hill « pour réveiller la conscience politique en vue de régler la féminisation de la précarité à Maurice ».