Les rumeurs persistantes à l’effet que des entreprises ne seraient pas en mesure de payer le salaire minimum provoquent des incertitudes dans certains secteurs. Toutefois, il faudra attendre la fin du mois pour connaître la situation réelle, indique la syndicaliste Jane Ragoo, qui a aussi eu vent de certaines réunions dans le secteur de l’exportation. Par ailleurs, la question de la relativité et des « incohérences » qu’entraîneront les ajustements du salaire minimum préoccupent également.

Au niveau des Petites et moyennes entreprises (PME), Amar Deerpalsing, président de la fédération, laisse entendre que, jusqu’à présent, il n’y a « pas de gros soucis » dans l’application du salaire minimum. « Jusqu’ici, aucun problème d’incapacité de paiement ne nous a été signalé. À part les secteurs du textile, du “seafood” et du gardiennage, il n’y a pas de gros ajustements à faire car les Remuneration Orders prévoyaient déjà un salaire proche du salaire minimum, voire supérieur dans beaucoup de cas. »

Là où pourraient se poser des difficultés, ajoute-t-il, c’est au niveau des micro-entreprises. Dans certains cas, les employés ne sont en effet pas enregistrés auprès des autorités. « À mon avis, les entrepreneurs vont devoir faire le nécessaire car, sans cela, les employés ne pourront avoir droit au remboursement de Rs 500. » Pour l’heure, la question de licenciements n’a pas été évoquée. Mais des petites entreprises sont dans l’incertitude quant à la suite de leurs activités.

De son côté, la syndicaliste Jane Ragoo affirme qu’il faut attendre fin janvier pour savoir comment le salaire minimum aura été appliqué dans le concret. « C’est quelque chose de nouveau et, d’après ce que j’ai pu constater, il y a beaucoup de confusions et de flou. A titre d’exemple, hier, dans une usine textile, le patron a annoncé qu’il ne serait pas en mesure de payer le salaire minimum. Mais là non plus, nous ne pouvons agir. Il faudra attendre que les employés touchent leur salaire à la fin du mois pour savoir de quoi il en retourne exactement. »

Toutefois, Jane Ragoo relève que le côté positif, dans cette affaire, « est que les travailleurs sont maintenant conscients que ce n’est pas le patron qui paie les ajustements et que, pour bénéficier de la Negative Income Tax, ils devront être enregistrés » auprès des autorités. « Le fait même de savoir que l’argent ne vient pas du patron les rendra plus libres de porter plainte s’ils ne sont pas enregistrés auprès de la MRA. »

La question de la relativité est également évoquée dans plusieurs milieux. Dans les écoles spécialisées, par exemple, un « carer » touchera désormais le même salaire que l’enseignant qui, lui, doit suivre des cours au MIE et décrocher son diplôme d’éducateur SEN. « Il paraît que nous serons les grands perdants. Pourquoi faire autant de sacrifices pour ensuite se retrouver dans une telle situation ? Nous sommes contents pour nos collègues, mais j’espère qu’on va aussi revoir notre salaire », lâche une enseignante, qui ne cache pas sa frustration. Dans d’autres secteurs encore, ceux ayant plusieurs années de service risquent de se retrouver au même niveau que les nouveaux venus.

Jane Ragoo se dit consciente que le salaire minimum entraînera ce genre de frustrations dans plusieurs secteurs. Elle rappelle que la loi prévoit la relativité mais qu’aucune indication n’est donnée sur la manière dont elle doit être appliquée, ni le « time frame » pour cela. Elle estime que le National Wage Consultative Council devra se réunir pour discuter de la question. Dans leurs mémoires adressés au ministre du Travail, les syndicats du secteur public avaient également soulevé la question de la relativité et souhaitent que les procédures soient enclenchées pour un réajustement à tous les niveaux.