« On n’est pas sorti de l’auberge. En tout cas pas avant fin décembre au minimum ». C’est le sentiment d’au moins deux producteurs de sel locaux qui réagissaient à la décision annoncée par le Conseil des ministres vendredi dernier de revoir l’importation du sel.
« Il y a toujours quelque 5 000 à 6 000 tonnes de sel importé sur le marché. Cela prendra encore plusieurs mois avant que ce stock soit complètement épuisé », estime Georges Merle, Managing Director de Les Salines de Yémen. Un chiffre plutôt préoccupant lorsqu’on sait que la production annuelle du sel mauricien est elle-même d’une moyenne de 5 000 tonnes. Pour sa part, Joseph Langlois, manager de Mont-Calme Ltd, à Tamarin, est d’avis qu’il faut compter également avec le stock déjà commandé entretemps et qui n’est pas encore arrivé au pays. Ce qui équivaut à dire que tant que le sel importé n’aura pas disparu du marché, la situation sera encore précaire pour les producteurs, et partant pour les employés. À Mont-Calme, indique notre interlocuteur, « un sursis a été donné aux employés ».
L’industrie du sel, qui compte quatre paludes et deux raffineries, emploie environ 120 personnes, selon les chiffres donnés au Parlement mardi dernier par le ministre de l’Industrie et du Commerce. Déjà la vente du sel mauricien a baissé de 50 %. Suite à quoi certains parmi les quatre producteurs (Société Koenig Frères, Mont-Calme, Société R.P. A de Ravel et Les Salines de Yémen) ont dû procéder à des licenciements de personnel. Ce sont ces pertes d’emplois qui auront poussé les autorités à revenir sur leur décision sept mois après avoir, en novembre de l’année dernière, permis l’ouverture du marché du sel à de potentiels importateurs. Une décision qui, rappelle Joseph Langlois, avait été prise « dans la discrétion et sans consultation préalable avec les producteurs ». Aux Salines de Yémen, où seize familles dépendent de ce gagne-pain, Georges Merle déplore ces décisions gouvernementales prises « hâtivement, sans en mesurer les conséquences socio-économiques » pour ensuite les abandonner en cours de route, citant par exemple celle de changer de modèle de plaques minéralogiques. « Au lieu de donner des permis d’importation à d’autres, le gouvernement devrait donner aux producteurs le droit d’importer du sel au prorata de leur production lorsque cette denrée vient à manquer, notamment à cause de longues périodes de mauvais temps », suggère M. Merle.
Suite à une intervention du député MMM du N°14 Alan Ganoo au Parlement le 19 juin dernier, concernant la menace de fermeture qui pèse sur les salines de Rivière-Noire, le ministre des Administrations régionales Hervé Aimée (également de la même circonscription) devait formuler une demande à son collègue du Commerce de se pencher sur ce dossier. Des consultations ont eu lieu récemment avec, d’une part, les ministres Aimée et Mohamed (Travail) et des cadres de la Santé et, d’autre part, avec les managers des quatre salines de l’île et des deux raffineries. Des propositions préliminaires ont été faites pour rétablir l’équilibre du marché, alors que le Conseil des ministres annonçait pour sa part vendredi dernier sa décision en vue de « protéger l’industrie locale, de sauvegarder les emplois tout en protégeant un patrimoine local ». Entretemps, une quinzaine de personnes employées dans diverses salines de la région ouest auront perdu leur emploi.