Depuis que l’épidémie de peste pulmonaire a éclaté à Madagascar, le ministère de la Santé à Maurice parle souvent de la salle d’isolement dans deux hôpitaux à Maurice, celui de Souillac et celui de Mahébourg. Le New Souillac Hospital est le premier à disposer d’une salle d’isolement et de quarantaine. En quoi une telle salle est-elle différente des autres salles dans les hôpitaux ? Incursion dans la « zone interdite » de l’hôpital de Souillac pour un aperçu de comment il fonctionne…
La salle d’isolement se situe au premier étage de l’hôpital de Souillac. L’accès à cette partie d’hôpital est strictement interdit aux visiteurs, même s’il s’agit des proches des patients admis en quarantaine. « Une fois qu’un patient est admis en salle d’isolement ou quarantaine, personne ne le verra à part les médecins et infirmiers qui s’occupent de ce ward. Même les autres personnels soignants de l’hôpital n’auront pas accès ici. La communication se fait par intercom », explique Sunil Lochun, ward manager.
 
Six compartiments accommodant 16 patients
Bien équipé, le « Isolation Ward » comprend de six « Bay », c’est-à-dire six compartiments différents, pouvant accommoder 16 patients à la fois. Pour accéder à l’intérieur, nous devons passer par deux portes. Le Ward Manager, Sunil Lochun, nous informe que nous sommes dans une salle hautement sécurisée où seules les personnes autorisées ont accès. Une fois à l’intérieur de la zone interdite, il nous explique que l’hygiène est un aspect primordial, d’où la raison des assainisseurs placés un peu partout dans la salle. De plus, il précise que cette section de l’hôpital doit être régulièrement désinfectée et maintenue propre. Un personnel soignant est affecté en permanence dans la salle, même s’il y a des patients ou pas. Le personnel augmentera en fonction du nombre de patients admis dans les salles.
Sunil Lochun souligne qu’une salle d’isolement et une salle de quarantaine sont différentes. La quarantaine est destinée aux patients qui ont de la fièvre quand ils arrivent à l’hôpital. Ils y sont placés sous observation. Par contre, la salle d’isolement accommode les patients qui ont déjà été diagnostiqués et suivent le traitement. « Toute personne soupçonnée d’avoir contracté un virus pour lequel elle doit être placée en isolement, ne passe pas par l’entrée principale quand elle est amenée à l’hôpital. Nous avons une deuxième entrée à l’arrière de l’hôpital et c’est de là que le patient arrive, pour éviter tout contact avec les patients, visiteurs ou le personnel soignant à la réception. Il arrive au premier étage par l’ascenseur et est discrètement amené dans la salle d’isolement où le traitement commence immédiatement. Par contre, les malades qui doivent être placés en quarantaine n’auront même pas accès à l’ascenseur. Ils montent au premier étage par les escaliers et entrent directement en quarantaine », avance Sunil Lochun.
La première pièce de l’Isolation Ward, baptisée « Bay 1 », est un laboratoire conçu spécialement pour les examens médicaux des patients isolés. « C’est une salle séparée et tout se fait ici, pour empêcher la maladie de se répandre dans l’hôpital. Si un patient est soupçonné d’avoir contracté la peste, par exemple, tous ses examens médicaux se feront dans ce laboratoire. Ses échantillons de sang ou autres ne sortiront pas de la salle d’isolement. Nous disposons de tous les équipements nécessaires pour conduire les tests à l’intérieur ».
 
Salles d’isolement ICU
Juste à côté, c’est la salle d’isolement pour hommes, baptisé « Bay 2 Male Isolation (ICU) » et en parallèle la salle pour femmes, baptisé « Bay 3 Female Isolation (ICU) ». Ces deux salles, comprenant trois lits et des appareils médicaux chacune, sont destinées à des patients dont l’état est jugé grave. Ils ont des toilettes et une salle de bain à l’intérieur, évitant qu’ils ne sortent de la zone interdite. « Ces deux salles disposent de tous les équipements et appareils médicaux qu’un ICU devrait avoir au cas où un patient tombe gravement malade. Nous ne pourrons le sortir d’ici pour l’admettre dans un ICU. C’est pourquoi nous avons tous ce qu’il nous faut pour le soigner à l’intérieur de l’Isolation Ward », nous explique Sunil Lochun.
À noter qu’aucun patient n’était admis dans l’Isolation Ward au moment où nous y étions. Nous avons donc pu entrer dans les salles et voir comment les médecins et infirmiers procèdent pour soigner les malades isolés, sous la supervision du Dr Vasantrao Gujadhur, Director Health Services, du Dr Prabodh Munbodh, Regional Public Health Superintendent de la Communicable Disease Control Unit, du Dr Prakash Ramuitu, Regional Public Health Superintendent de la région sud, du ward manager et d’un personnel soignant. Chaque salle d’isolement compte cinq portes : la principale qui ne donne pas accès aux malades, deux donnant accès à une petite salle pour s’équiper ou de se débarrasser des équipements puis deux autres accédant aux malades. Le ward manager nous explique qu’aucune personne n’est autorisée à entrer dans la salle sans qu’elle ne soit équipée. « Le médecin ou infirmier doit porter des « personal protective equipments » (PPE), c’est-à-dire une robe spéciale en polyester, un bonnet d’hygiène, deux différents types de gants, deux différents types de protecteurs de pieds en sus des bottes, des lunettes et un masque. Ensuite, il prendra avec lui un sac en bio car quand il sortira de la salle, il devra mettre tous ces PPE dans le sac puis le jeter à la poubelle. Ces PPE seront par la suite brulés ».
Des deux premières portes, la première à droite mène à une petite pièce où les infirmiers ou médecins se préparent et s’équipent pour aller voir le patient. « Une fois équipé, le médecin ou infirmier passe une autre porte qui lui donne accès à l’intérieur de la salle où les patients sont admis. Dès qu’il a terminé, il ne repassera pas par les mêmes portes. Il prend une porte, cette fois-ci à sa gauche, pour venir dans une petite pièce où il devra enlever tous les PPE et les jeter à la poubelle. Même pour enlever ces équipements, il y a une façon de le faire et des procédures à suivre. Ensuite, il passe par une autre porte menant à la porte principale pour sortir complètement du compartiment », explique notre interlocuteur.
 
Salles d’isolement normales
Les quatrième et cinquième compartiments (Bay 4 et Bay 5) sont deux salles d’isolement normales, une pour les hommes et l’autre pour les femmes. Ces deux salles accommodent les patients dont l’état de santé est jugé stable. Néanmoins, elles restent deux salles isolées et bien sécurisées comme les deux premières. Les procédures pour y avoir accès sont les mêmes, c’est-à-dire passer par cinq portes, porter des PPE et se désinfecter régulièrement.
 
Salle de quarantaine
En dernier, il y a la salle de quarantaine qui donne accès à une porte à l’arrière menant aux escaliers. C’est par là que les patients arrivent. La salle de quarantaine comprend quatre lits, deux pour hommes et deux pour femmes. Ces derniers sont normalement placés dans une même salle mais avec une séparation au milieu. « Ici, ce sont les patients qui sont placés sous observation. C’est une salle ouverte, où les patients peuvent marcher librement. D’ailleurs, contrairement aux salles d’isolement, les toilettes et salles de bain se trouvent à l’extérieur. S’ils ont de la fièvre à leur arrivée mais que la situation n’est pas jugée grave, c’est ici qu’ils seront placés dans un premier temps », affirme le ward manager.
 
Transport des malades
En ce qui concerne le transport des individus soupçonnés d’avoir contracté le virus d’une épidémie, le Dr Vasantrao Gujadhur explique que les procédures sont strictes. « Le médecin et l’infirmier qui s’occuperont du patient en route doivent être bien équipés. Ensuite, l’Isolation Ward à l’hôpital de Souillac doit être informé afin que le personnel soignant puisse prendre les dispositions pour les accueillir », explique-t-il.
Au sujet de la peste pulmonaire, Dr Gujadhur souligne qu’elle est catégorisée en trois types : bubonique, pneumonique et septicémique. « La première étape de la peste est l’infection bubonique, c’est-à-dire que le virus est transmis par une puce qui a mordu un rat. L’individu aura des plaques sur le corps mais qui peuvent être traitées. Ensuite, si son état de santé s’aggrave, c’est qu’il atteint le stage pneumonique. C’est un stage dangereux car les symptômes (fièvre, toux, douleur corporelle, entre autres) se manifestent et la maladie peut être transmise. Et en dernier, c’est le type septicémique où le patient peut décéder. À Madagascar, c’est le type pneumonique qui se répand », précise-t-il.
Outre l’hôpital de Souillac, deux salles isolées accommodant 30 patients ont été aménagées à Mahébourg. « Si les salles de Souillac sont remplies, nous enverrons les patients à Mahébourg. C’est une mesure de précaution que nous avons prise », dit-il.