À Maurice, il n’y a pas beaucoup de salles de concerts qui répondent aux normes établies. Il n’est pas rare, par exemple, que l’acoustique ne soit pas à la hauteur. Mais le plus gros écueil demeure le coût de location de la salle. Les charges, dont l’Entertainment Tax, sont loin d’arranger les choses. Une série de contraintes qui entravent la tenue d’événements culturels grand public chez nous.
Le nombre de concerts dans les salles est en baisse. Qu’il s’agisse d’artistes locaux ou internationaux, cette tendance perdure. Certaines boîtes spécialisées dans l’événementiel ont stoppé leurs opérations. C’est le cas de Bao Communications de Claire Le Lay, qui “ne peut plus travailler dans des conditions extrêmement rudes”.
Outre le prix élevé de la location d’une salle, il faut compter la taxe due à la Mauritius Revenue Authority, qui est de 15% sur le revenu après déduction des frais de production; l’Entertainment Tax (10% sur chaque billet émis); les sommes versées à la MASA (pour la diffusion publique). S’ajoutent à ce tableau financier : les dépenses liées à la présence de policiers et l’équipe de sécurité, ainsi que d’autres frais administratifs. “Une salle comme le Swami Vivekananda Centre ne peut contenir que 2,500 à 3,500 personnes. Pour s’en sortir, il faut que les billets soient en vente à Rs 500 minimum”, affirme Benji Bolton de Silent Prod. “Un concert en salle revient très cher à l’organisateur. Il doit compter au minimum Rs 800,000 et il n’est pas sûr de couvrir les frais sur la vente des billets uniquement”, souligne Gérard Louis.
Entertainment Tax.
S’il y a une dépense en particulier qui agace les organisateurs, c’est bien l’Entertainment Tax. “Cette taxe fut abolie à une certaine époque. Mais les mairies nous l’imposent à présent, alors qu’au ministère des Finances, les officiers disent qu’on ne doit pas la payer. On ne sait plus sur quel pied danser”, ajoute Gérard Louis.
Avec toutes les dépenses encourues, surtout lorsque des artistes de la région sont invités et que les frais de voyage s’ajoutent au budget, l’Entertainment Tax est un poids de trop dans le cahier des charges des organisateurs. “Cette taxe pèse lourd dans la balance. La vente des billets ne nous permet même pas de faire recette. S’il y a autant de taxes à payer, nous ne pourrons plus organiser des concerts”, souligne Jimmy Veerapin de Culture Events.
Tarifs.
Avec la fermeture, pour rénovation, des théâtres de Port-Louis et du Plaza, il a fallu trouver d’autres lieux pour que les artistes puissent se produire. Il existe certes le MGI ou encore le théâtre Serge Constantin, mais ces lieux sont limités en termes d’espace. Le théâtre Serge Constantin ne peut contenir que 292 personnes assises; au MGI, la jauge est de 800 places. La grande salle du Vivekananda, avec 3,500 places, était considérée à l’époque comme une sorte d’eldorado, mais le prix de la location a vite fait de calmer les ardeurs. À Rs 300,000 pour le jour du concert et Rs 150,000 pour l’aménagement la veille, il n’y a pas grand monde à la porte. Sauf les organisateurs internationaux ou des agences locales bien ancrées comme Immedia.
Le J&J Auditorium, avec ces 2,500 places assises, propose aussi des tarifs élevés, avec une location se chiffrant dans la fourchette de Rs 300,000 à Rs 400,000 pour le jour du concert. “Il faut des grosses attractions (crowd pullers) pour couvrir ses frais. Mais ce n’est pas évident. Avec Ramanisum, la deuxième date a permis d’amortir les coûts”, souligne Jimmy Veerapin, qui, l’an dernier, a fait guichets fermés dans cette salle avec Alain Ramanisum.
Le théâtre Serge Constantin propose des tarifs raisonnables – Rs 1,000 l’heure et Rs 2,000 pendant le concert, qui s’expliquent par la capacité qu’offre la salle. Au MGI, la location se situe entre Rs 45,000 et Rs 60,000 par jour. “Au MGI, lorsque vous additionnez tous les frais, le concert vous revient à Rs 500,000”, précise Gérard Louis.
Stade.
Pour des concerts en extérieur, les stades de foot pourraient être une solution. Mais là encore, l’aspect financier décourage les meilleures volontés. “Dans le passé, nous avions accès aux terrains de football des stades Anjalay ou Germain Comarmond. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Nous n’avons droit qu’aux training playgrounds. La location n’est pas pour autant différente : elle connaît même une hausse, avec d’autres frais additionnels. Nous nous retrouvons devant une mission impossible. C’est la culture qui en fait les frais”, confie Bruno Raya de Live N Direk Entertainment.
Selon ce dernier, il est temps de privatiser ce secteur, tout en étant compétitif et en proposant des tarifs qui permettent au plus grand nombre d’avoir accès à ces infrastructures. “Un jeune groupe ou une jeune boîte d’événementiel ne peut se permettre de louer ces grandes salles sans quelques sponsors. Cela devient de plus en plus compliqué d’en trouver avec le système de CSR mis en place”, note Bruno Raya.
DVD.
Pour rentabiliser et couvrir les dépenses d’un concert en salle ou dans un stade (comme pour les éditions de Reggae Donn Sa), les organisateurs ont comme unique recours la réalisation d’un DVD du concert. Sans cette option, ils ne peuvent pas s’aventurer dans cette voie. “Beaucoup pensent qu’on se fait du fric en organisant des concerts, alors qu’on est souvent obligé de le faire pour la promotion de sa musique. Sinon, personne ne le fera pour nous”, soutient Gérard Louis. Bruno Raya confirme cette analyse : “C’est en réalisant des DVD de Reggae Donn Sa que nous parvenons à couvrir les frais de ce festival, qui s’élèvent à quelques millions en termes de coût de production.”
Pub.
La preuve de ce relatif abandon des salles de concerts est l’émergence des pubs dans les quatre coins de l’île. “C’est un moyen rentable en terme de logistique et de coût d’investissement pour présenter sa musique”, note Lionel, qui se produit en solo, sans les Blackmen Bluz.
Les pubs proposant des animations musicales poussent comme des champignons, offrant ainsi une alternative à la scène locale. “Aujourd’hui, c’est dans ce milieu que la musique locale existe. Du Sapin au Kenzi Bar, en passant par Baz’Art, il y a un véritable bouillonnement. Ces lieux sont devenus des plates-formes de prédilection de bon nombre d’artistes”, souligne Yannick Durhone, du Sapin Café Culture. Certains artistes de la région commencent à favoriser ce circuit : on peut ainsi citer la prestation de Ziskakan au Sapin en 2011.
Aide.
Pour aider les artistes à se produire en live, le ministère des Arts et de la Culture offre aux organisateurs une subvention à hauteur de 50%, pour un jour de location uniquement. Cette aide ne concerne toutefois que les salles gérées par l’État, comme le Mahatma Gandhi Institute (MGI), le centre Swami Vivekananda, le théâtre Serge Constantin, l’Indira Gandhi Centre for Indian Culture (IGCIC), l’auditorium Octave Wiehe. “C’est une façon de soulager les artistes. Le ministère travaille aussi avec l’Association des Auteurs Compositeurs Mauriciens (AACM) pour essayer de trouver d’autres formes d’aide afin de permettre aux artistes de se produire et de faire leur promotion”, affirme Linzy Bacbotte, conseillère auprès du ministre des Arts et de la Culture.