33ème exposition du genre, le Salon de Mai, qui a fermé ses portes hier à l’Ecole des beaux-arts de l’Institut Mahatma Gandhi, a emprunté cette année son titre aux Visions de l’île durable. Une exposition qui a rassemblé 65 artistes dont 12 débutants, et orchestré par le directeur du département d’art, Nirmal Hurry, avec la collaboration d’autres artistes. En vert (pour la majorité) et contre certains, les artistes qui ont exposé ont manifesté leurs interrogations concernant la société mauricienne actuelle et tenté d’exprimer des rêves d’un monde meilleur, plus sain, plus égalitaire. L’île durable a, semble-t-il, encore de beaux jours devant elle.
Visions de l’île durable donne le ton de l’exposition des artistes mauriciens : le regard est aiguisé par une forme organique provenant du sol et réalisée à partir d’un tapis de feuilles séchées. C’est la parenthèse enchantée : entre une installation (104 de Krishna Luchoomun en référence au Block contre l’obligation faite aux candidats se présentant aux législatives de décliner leur appartenance communautaire) et une sculpture symbolisant la tolérance (Mo ena lavi, Mo ena santiman de Vick Kumar Shibdoyal), les artistes font leur nid : « As an artist, my challenge is to take these found objects which are apparently meaningless and useless and to create relationship with them and to give them a life, a meaning, ignite a spirit into them so that they may establish a dialogue with the viewer… « , déclare Shibdoyal. Un in situ hétéroclite que nos artistes investissent plus ou moins en harmonie avec le thème imposé. Ce qui autorise de poétiques et dialogues politiques pour certains entre l’environnement et art contemporain. Le premier espace évoque l’univers végétal : on voit des plantes (Sacred hand) de Diya Lenette, une installation de Nalini Gopaul, The turning point, une autre installation à base de fleurs de cannes de Nirmal Hurry, Mange manze ki bizin manze  — prise de conscience des mauvaises habitudes alimentaires de nos jours. Avec Le people en march, Jeanne Gerval Arouff signe une installation en plaques de cuivres dans le prolongement de son travail sur les pas en mouvement et les traces inscrites. Le second espace s’ouvre sur diverses oeuvres — sculptures, peintures abstraites (Nesha Rumajogee, The mind), des installations (Sultana Haukim, Zero discrimination) pour faire ressortir que île durable, c’est aussi la tolérance, etc. Parmi tant d’autres oeuvres, signalons Entangled Karma de Arvin Authelsingh. Un travail qui veut démontrer la tension de la situation politique actuelle : les parties politiques majeures à Maurice qui essaient différentes combinaisons, associations qui ne plaisent pas à tous : « … people are fed up with such sustainability… the broken keys represents deforestation and decline of values… the brains… they keep on working how to rule… as its always been the case… » Tel est l’argument de l’artiste concerné. Le Salon de Mai a ouvert la réflexion à un genre très actuel, la performance ou l’action. Nirmal Hurry a demandé à ses étudiants de se livrer à une action qui consiste à faire sortir des poubelles des arbres. C’est la nature qui investit la galerie. Avec une économie de moyens et tout en suggestions, les exposants ont traqué le réel tout en faisant appel à notre imaginaire.