La 31e édition du Salon de Mai au MGI offre une belle palette de la diversité des plasticiens mauriciens. Artistes confirmés et talents émergents nous font découvrir leurs visions des choses, inspirées par les faits divers, la politique ou l’environnement. Montages, peintures, installations et sculptures racontent le pays.
Le paysage mauricien n’en finit pas d’inspirer. Au-delà des champs de cannes, de la perspective des montagnes et des reflets turquoise de la mer, d’autres facettes du pays retiennent l’attention et interpellent. Loin de l’image idyllique. Le soleil a disparu derrière l’horizon, la carte postale est souillée par les éclaboussures de faits divers sordides, ternie par l’hypocrisie générale et politique, salie par la pollution.
Un Salon de Mai qui serait en quelque sorte la vitrine des sentiments du moment. C’est une des impressions qui se dégage de cette 31e édition. Non que l’ensemble des 66 plasticiens se soient laissés gagner par le défaitisme, mais l’attention du visiteur est focalisée sur les quelques oeuvres qui mettent en lumière la face cachée de la réalité mauricienne.
Actualité.
Une robe rose pendue au-dessus de quelques taches de sang, le tracé d’un corps sur une scène de crime ensanglantée de questions et de mots de haine, une bouteille maculée de rouge, de gros titres de presse sur un siège de conducteur : nous sommes en pleine actualité.
Nirmal Hurry s’engage, lui, directement dans le débat sur l’avortement pour dire “couma 60 zom capave prend décision 650 000 femme !”
Quatre dodos, rouge, bleu, jaune et vert, pataugeant au milieu de bouteilles de bière et de boîtes de take-away et soutenant un confortable siège : l’installation de Krishna Luchoomun est politique. Cent titres sont proposés pour cette oeuvre; au public de voter pour celui qui l’inspire : As stupid as the dodo, Lepep admirab, National Soap Opera, Mauritia, Politricks, Pli kouyon ki Dodo…
Sur l’échiquier de Deewakarsingh Authelsing, la partie est engagée entre clé, coq, soleil et coeur.
Diversité.
Plus loin, par des pièges à rats posés sur un fond quadricolore, Arvin Ombika rappelle combien est fort l’envoûtement politique à travers Pied Piper of Politics. Heureusement que la censure encouragée par le ministre de la Culture n’a pas sévi…
Mais le cynisme n’est pas la règle du jour. D’autres artistes préfèrent un ton plus conciliant, en rappelant la beauté des couleurs de la diversité. Tous les goûts sont dans la nature, souligne Nicholas Giovanny Lalmahomed, dans son installation épicée intitulée Mo gou, to gou, li pa mem gou.
Des paysages, des personnages, les sentiments, le spirituel sont également présents. Le recyclage, l’environnement aussi.
Entre occasions de réflexion et démonstrations de techniques acquises, le Salon de Mai réunit une fois de plus une diversité dans l’approche artistique et philosophique. L’exposition est ouverte jusqu’au 9 juin.