Michèle Malivel décryptera un personnage avide de notoriété et un artiste de génie, lors d’une conférence prévue ce jeudi 18 avril à l’institut Français de Maurice (IFM). L’historienne de l’art donne ici un aperçu du surréaliste Salvador Dali.
Qui est Salvador Dali ? L’historienne de l’art Michèle Malivel embraye d’emblée sur un être hypersensible, nerveusement ébranlé qui, à travers son oeuvre, tentera d’exorciser ses démons et ses peurs. Salvador Dali est hanté dès son jeune âge par l’idée de la mort, saisi d’un sentiment d’impuissance qu’il attribue à la personnalité de sa mère et à la rigueur de son père. Il essaiera toute sa vie d’exister à travers sa peinture, le seul moyen pour lui de se sentir vivant et créateur.
Remontons le temps. Peu avant sa naissance, disparut un frère qui portait le même prénom que lui. Cette association de la naissance et de la mort, la substitution du disparu par un vivant qui semble en avoir assimilé le principe vital, sont créatrices de troubles. Pour Dali, c’est sa personnalité propre qu’il faut affirmer par des accoutrements étranges, des moustaches et toutes sortes d’excentricités. “Toutes les excentricités que j’ai l’habitude de perpétrer, ces exhibitions incohérentes, sont la constante tragique de ma vie : je veux me prouver que je ne suis pas le frère mort mais le frère vivant.”
Extravagances.
Éternel angoissé d’une timidité maladive, il développe un sentiment d’insécurité.
Sa vocation artistique s’exprime très tôt. Il va découvrir un lieu fait de pierres blanches, un paysage marin à la lumière exceptionnelle. Ce paysage et cette lumière ne le quitteront plus.
La représentation humaine va être soumise à un double processus : représentation du monde dans un esprit classique ou réaliste et déformation de celui-ci en fonction des exigences du délire systématisé dans lequel Dali va s’enfermer. Mais, grâce à Gala (Elena Ivanovna Diakonova), mère, épouse, frère, guérisseuse, Dali viendra au monde une seconde fois. Il surmontera ses conflits intérieurs et les transformera en énergie créatrice. Gala était sa muse. Elle lui tenait lieu de famille, organisait ses expositions et vendait ses toiles.
Michèle Malivel décryptera un personnage, avide de notoriété au prix de mille extravagances, qui confiait : “Mon âme est un mystère dont je garde le secret et que je dissimule sous des propos outrés.”
Muse.
Salvador Felip Jacint Dalí Domènech, connu sous le nom de Salvador Dalí, (11 mai 1904-23 janvier 1989) était un artiste-peintre surréaliste, sculpteur et un scénariste. Il est né et mort en Catalogne (Espagne) où il créa d’ailleurs son propre musée en 1974, le Teatre-Museu Gala Salvador Dali. La Catalogne aura toujours une place privilégiée dans son oeuvre comme dans sa vie. À sept ans, il peint son premier tableau et veut être pas moins que Napoléon Bonaparte !
Dali entre à l’École des Beaux-Arts de San Fernando, à Madrid. Il se lie d’amitié avec Federico Garcia Lorca et Luis Buñuel, mais l’enseignement le déçoit et il se fait expulser pour avoir incité les étudiants à manifester contre l’incompétence d’un nouveau professeur.
Il fait un premier voyage à Paris en 1926 et y rencontre Pablo Picasso. Trois ans plus tard, il retourne dans la capitale française, pour le tournage d’Un chien andalou, auquel il participe au scénario. C’est la rencontre décisive avec les surréalistes : Tristan Tzara, Louis Aragon, André Breton, Paul Eluard et sa femme, Gala. L’apparition de celle-ci est une révélation : Dali l’a rêvée et peinte avant de la connaître et d’en faire sa muse…
Obsessions.
Entre ses moustaches inimitables, ses apparitions loufoques et son oeuvre révolutionnaire, Salvador Dali redéfinit le surréalisme d’un coup de pinceau. Sa fascination pour la psychanalyse marque l’ensemble de son travail. L’artiste puise dans ses psychoses et peint ses obsessions les plus enfouies. Motivé par son amour pour Gala, il captive le monde avec des toiles réalistes dans lesquelles le désir tient la vedette. Celui qui se surnomme lui-même le “pervers polymorphe” construit sa démarche autour d’univers érotiques intrigants qui chamboulent le monde de l’art.
Sous ses doigts naissent des courbes et des représentations phalliques qui se multiplient au gré des tableaux. Provocateur à souhait, Dali crée l’événement à chaque apparition et devient rapidement un phénomène médiatique.