— L’ex-ministre de la Sécurité sociale : « Les caïds “testent” les destinations surveillées, comme Maurice, avec 5 ou 10 kilos. Si ça passe, tant mieux. Si ça casse, tant pis ! »

La dernière saisie importante de drogue (110 kilos d’héroïne, d’une valeur marchande de Rs 1,65 milliard) est destinée au marché local. Cette cargaison vient ainsi s’ajouter aux 135 kilos de drogues (substances confondues), fruits des opérations de l’ADSU et de la Customs anti-Narcotics Section (CANS) entre avril 2017 et juillet 2018. C’est ce qu’avance Sam Lauthan, un des deux assesseurs de l’ex-juge Paul Lam Shang Leen, président de la commission d’enquête sur la drogue, et également travailleur, ayant une maîtrise « du comportement des trafiquants ».

Samioullah Lauthan propose « deux lectures des faits » aux récents développements Il explique : « Dans une première mesure, prenons le fait que depuis une décennie ou un peu plus maintenant, il y a la connexion directe entre l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud via un vol direct entre le Brésil et l’Afrique du Sud. Cela pourrait vouloir dire que ces cargos de drogues transitent de l’Afrique du Sud via Maurice et Madagascar pour être redistribué en Europe. » Mais pour l’assesseur de la commission d’enquête sur la drogue, la deuxième option est celle qui lui semble la plus plausible : « Les trafiquants optent désormais pour des “gros” cargos. Et par “gros”, j’entends des cargos dépassant les 100 kilos. Cela dans une logique de stockage de longue durée des produits. »

Homme féru de la question, qui avoue « étudier continuellement les schémas et fonctionnements des barons de la pègre, à l’étranger, qu’il s’agisse du cartel de l’Amérique du Sud ou autres », il est d’avis que « très fréquemment, c’est la méthode “ça passe ou ça casse” qui est prônée ». Il élabore : « Les trafiquants savent qu’il y a un renforcement de la sécurité, comme dans le cas de Maurice depuis ces dernières années par exemple. Ce qui a amené cette augmentation des saisies. Les parrains sont, comme je le répète toujours, très en avance sur les autres. They think out of the box ! Ils ne réfléchissent jamais de la même manière que le policier et encore moins comme le politique ou le commun des mortels. »

De fait, indique-t-il, « quand il envoie 5, 10 ou 15 kilos à travers ses mules, et que ces dernières se font pincer par les autorités concernées, il est avant tout en train de “tester la route” ». Il continue : « Une fois ses craintes avérées, il change de tactique… Quand il est assuré que sur ce trajet spécifique, il lui faut faire attention, il tente d’autres options. Et là, il met le paquet : 100, 115, 120 kilos d’un trait sont convoyés via des passeurs sur une trajectoire différente où, pense le parrain toujours, il y a moins de chance qu’il soit pisté et attrapé. C’est la technique du “ça passe ou ça casse”. C’est connu dans le milieu et toujours prôné. » D’où le fait qu’il faut, continue notre interlocuteur, « maximiser la vigilance sur les points d’entrée de la drogue » à Maurice. « Nous savons qu’il s’agit notamment de l’aéroport, du port, de la poste et via la mer. Si on veut traquer comme il le faut les trafiquants, il nous faut à tous – policiers, autorités, politiques… – “think out of the box” et délaisser les pratiques usuelles. »

Sam Lauthan répond ainsi à « la question qui hante tout un chacun », à savoir : « Est-ce que toute cette drogue, les derniers 110 kilos d’héroïne ajoutés aux 105 kilos de toutes substances confondues saisies entre avril 2017 et juillet 2018, est totalement destinée à la consommation des toxicomanes mauriciens ? » Sa réponse est « oui » ! « Toute cette drogue – de l’héroïne aux psychotropes en passant par l’ecstasy, les synthétiques, le cannabis, la cocaïne… – est destinée au marché local. Il n’y a pas de plaque tournante ou autres. »

Approfondissant son analyse, il souligne que: « le trafiquant, sachant que certains de ses cargos ont été saisis, mise ainsi le tout pour le tout en envoyant ces gros cargos de plus de 100 kilos. Il prend ainsi une “assurance” sur l’opération pour, surtout, assurer un stockage de longue durée. »

L’ancien ministre est d’avis que ce type de schéma va se répéter. « Le tout revient aux autorités d’adopter des attitudes et des démarches innovantes qui les mèneront à surprendre le trafiquant. »