L’actuel directeur de l’Onusida et sous-secrétaire général des Nations Unies, Michel Sidibé, à Maurice depuis jeudi 17 avril, a rencontré la société civile locale. Ce partage unique s’est déroulé samedi 19 au quartier général de PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida). Pendant plus de deux heures, Michel Sidibé et les membres de sa délégation se sont entretenus avec les acteurs sociaux dans la lutte contre le sida dans le pays. L’occasion, également, pour cette ONG phare dans le combat contre la maladie et le respect des droits des Personnes vivant avec le VIH (PVVIH) locales de faire appel à cet organisme des Nations Unies pour un appui plus prononcé de la part de l’État ainsi qu’une aide financière et technique plus soutenue des bailleurs de fonds étrangers.
Quand il a pris la parole, Michel Sidibé devait saluer les efforts de la société civile mauricienne : « Sans ce mouvement social qui a émergé à cause de la maladie ; à cause de la prise de conscience des malades qui se sont révoltés contre les injustices sociales qui les pénalisaient, les gouvernements d’ici et d’ailleurs n’auraient pas réagi aussi positivement pour faire avancer les choses. » À la lumière du tableau brossé par les responsables de PILS sur la maladie à Maurice et l’actuelle configuration, avec le nombre de PVVIH, les mesures de Réduction des Risques (RdR) existantes et les efforts fournis tant par la société civile, l’État et le secteur privé, le directeur de l’Onusida devait souligner que, sur un plan international, « la réponse au virus et les réactions qui ont été déclenchées ont permis certainement de faire progresser la science pour trouver des remèdes plus efficaces destinés aux PVVIH. Mais il y a aussi le fait que nous avons influencé l’économie mondiale. Via la prise de conscience, les actions et les mouvements sociaux, nous avons permis la réduction des coûts. Cela s’est également traduit dans l’accessibilité des médicaments aux malades à des coûts moins onéreux. »
Michel Sidibé s’est dit « honoré et privilégié » de rencontrer les PVVIH et les acteurs de la société civile locale. Le directeur de l’Onusida expliquant qu’il « voyage au moins 260 jours par an », a avoué que « je dois me familiariser avec les dynamiques de tous les pays et les continents ; l’Afrique, l’Asie… Mais le moment que je privilégie le plus, c’est celui quand je rencontre les acteurs de la vie sociale des pays que je visite. Car c’est là le moment de vérité… »
« Vous, ici, comme de nombreux autres activistes du monde entier que je rencontre, donnez un visage humain à ce combat », devait-il préciser. L’engagement social de par le monde entier, devait-il dire, « a permis de briser la conspiration du silence, et nous avons pu réaliser ces avancées dans ce combat commun contre le sida. » M. Sidibé devait évoquer son parcours à l’Onusida, son engagement personnel « pour être la voix des sans voix », à partir d’une anecdote personnelle, vécue alors qu’il avait 12 ans et qu’il s’est pris d’amitié pour un voisin, affecté d’un problème mental, et qui était ridiculisé par tous. « Je ne comprenais pas alors les mots discrimination et stigmatisation, devait avouer M. Sidibé. Mes amis avaient l’habitude de lui jeter des pierres à la tête… Une fois, j’ai décidé de m’assoir à côté de lui. » Son regard et celui des autres devaient alors changer. Cet épisode, devait expliquer M. Sidibé, l’a fortement marqué et il a servi comme activiste engagé au sein d’organismes divers, dont l’Onusida et les Nations Unies.
Le passage de Michel Sidibé chez Pils, pour rencontrer les acteurs de la société civile ainsi que des PVVIH a été le moment attendu par chacun de ces acteurs du combat contre le sida pour s’exprimer, écouter et partager. La plateforme était également l’espace idéal pour le plaidoyer.
Michel Sidibé devait conclure son intervention en faisant ressortir que, comme pour le Canada, atteindre les trois zéros est dans le domaine du possible. « Il faut désormais que les activistes engagés dans le combat contre le sida se préparent pour l’après-2015 et qu’ils commencent déjà à anticiper les changements… » Le directeur de l’Onusida a aussi rappelé que « les bailleurs de fonds étrangers vont cesser de financer le combat contre le sida. Ils auront d’autres priorités. Nous devons nous préparer à cela. »
Rachel Constantin De Souza Neto, présidente de PILS, a été catégorique : « PILS vous demande, M. le directeur de l’Onusida, de faire que les bailleurs de fonds étrangers ne nous oublient pas ! Maurice est un petit pays avec une petite épidémie certes, mais avec beaucoup de pauvreté. Si nous ne parvenons pas à multiplier nos efforts dans cette direction pour faire reculer la pauvreté, nous sommes certains que l’épidémie de sida va reprendre de plus belle… » D’où cet appel de PILS pour davantage de soutien financier et technique des bailleurs de fonds étrangers.
Dans le même souffle, Nicolas Ritter, directeur et fondateur de l’ONG, devait souligner que « nous avons certainement accompli beaucoup de progrès, la société civile et l’État aidant. Mais ce n’est pas assez. Nous sommes certainement prêt à Maurice pour réaliser le Millenium Goal de 2015, soit zéro nouvelle contamination, zéro décès et zéro discrimination. Mais il y a encore à faire afin de pouvoir toucher tous les PVVIH et parvenir à l’objectif fixé par l’Onusida pour 2015. » La présidente de l’ONG devait faire ressortir que « il nous manque que ce momentum, cette pulsion ultime, un engagement fort et solide de la part de l’État pour que nous puissions réellement passer à l’acte et parvenir à cette fin. C’est totalement réalisable. Et c’est pour cela que nous demandons au directeur de l’Onusida de plaider en notre faveur. »
Les deux responsables de PILS se sont attardés sur les enjeux et défis qui guettent la société civile mauricienne à l’heure actuelle : « Je ne suis pas un ingrat, mais un éternel insatisfait », affirme Nicolas Ritter. « Je conviens qu’un travail et des avancées sont réalisés. Mais des patients meurent encore… »
Husna Ramjanally