Elle croque la vie à pleines dents, en dépit de “tous les mauvais coups que je reçois en retour. Et la liste est longue !” Mais l’on ne peut réduire Samia Haroon à cela. Comme dit l’Anglais, elle est “larger than life”. Cette jeune femme à la double nationalité, mauricienne et pakistanaise, présentatrice de BollyOne depuis onze ans (du lundi au samedi, entre 13h et 15h, sur les ondes de Radio One), est l’un des chouchous du grand public. Son secret ? “Donner de l’amour, toujours et encore plus, sans compter. Et ne rien attendre en retour. Jamais ! Car ce qu’on reçoit en retour, justement, est inestimable.”

Photo : Jonathan Chaurémootoo

Et tant pis si les coups du sort ou “les efforts de certains, qui n’en finissent pas de me pourrir la vie”, se multiplient. Samia Haroon, les pieds résolument sur terre, la tête pleine de projets et, surtout, le cœur débordant “d’affection, de passions et d’amour”, est “toujours prête à tout affronter ! Je n’ai peur de rien. Je sais ce que je vaux, et je sais ce que je veux. Je connais mes faiblesses et mes forces”. La jeune femme n’en est pas à ses premières batailles ! Sans fausse modestie ni arrogance, la trentenaire peut se targuer d’un parcours semé d’embûches – “et c’est loin d’être fini !”. Mais, souligne-t-elle, “je ne baisserai jamais les bras !”. Jab tak hai saans (tant qu’elle respirera), Samia Haroon avance, sans faillir ni faiblir…

Découvrir la richesse humaine.

Issue d’une fratrie de quatre (deux filles et deux garçons), elle est née d’une mère mauricienne et d’un père pakistanais. Elle grandit à Karachi, fréquente, pendant un certain temps, a German school. Une institution classe. Les élèves étaient des enfants de stars. La crème de la crème, quoi ! J’avais déjà des frottements avec des milieux extrêmes”. D’autant qu’elle évolue dans un environnement familial plutôt classique, voire conservateur par moments. Qu’à cela ne tienne, l’aînée de cette fratrie est une rebelle née et ne compte aucunement se laisser faire !

Photo : Jonathan Chaurémootoo

Samia Haroon touche à un peu tout dès son adolescence : en 2004, elle fait des études à l’Institute of Media Sciences, où elle touche à un peu de journalisme et de communication. En 2005, lors d’un séjour à Maurice, elle décroche un stage pratique auprès de la compagnie TrèsPied Productions d’Odile Halbwachs. Elle participe ainsi à la réalisation de l’émission Be the next star.

Les va-et-vient entre Maurice et le Pakistan, Samia Haroon y est habituée “depuis ma tendre enfance”. Elle développe “rapidement la fibre mauricienne. Si je n’avais pas eu ce frottement avec les Mauriciens, je n’aurais jamais été la même. Je ne crois pas que j’aurais fait de la radio !” Très à l’aise dans ses passages et alors qu’elle grandit dans cet environnement familial plutôt spécial, Samia Haroon en profite pour “m’épanouir, humainement. J’apprends tout ce qui est à ma portée, et cela me procure énormément de plaisir de découvrir toute la richesse humaine.”

Un espace d’écoute et de dialogue.

À ses débuts à Radio One, “peu de personnes savaient que je parlais couramment le kreol. On m’avait demandé de poser ma voix sur un spot radio, et on m’avait demandé de parler avec un petit accent d’étrangère. Lorsque j’ai ouvert ma bouche et que j’ai dit le texte qu’il fallait, tout le monde s’est exclamé : Be to koz kreol parey kouma nou ! To pena laksan nanye ! Kouma sa ? J’étais morte de rire !”

L’animation radio est une aventure qui lui était quasiment prédestinée, “mais je n’entendais pas me limiter à passer des chansons et fill in the blanks entre les morceaux ! Pour moi, faire de la radio, c’est offrir un espace d’écoute et de dialogue. De partage”.

Ses débuts, elle les fait à la station nationale : “Comme je parle l’ourdou couramment, la MBC m’avait proposé une émission en cette langue.” Elle hérite d’une tranche “peu écoutée. Comme il s’agit d’un contenu assez select, je devais multiplier les efforts pour garder les auditeurs accrochés et les attirer”. Samia Haroon commence à développer my signature style. Comme je parle l’anglais, le créole et l’ourdou, j’animais en trois langues ! Il me restait à maîtriser le français !”

Photo : Jonathan Chaurémootoo

Donner de l’espoir.

Chose qu’elle réalise en moins de deux quand elle atterrit à Radio One, en 2008. Cette interaction en plusieurs langues “m’a permis d’avoir un public qui s’identifiait et adhérait rapidement !” Aux commandes de BollyOne, Samia s’épanouit très vite et sa tranche, de 13h à 15h, “reçoit beaucoup d’appels de soutien de personnes qui sont contentes. Non seulement la musique leur plaît, mais ce petit quelque chose, ces petits mots, disent-ils, les aident à affronter le quotidien, assez dur par moments”.

Évidemment, reconnaît la jeune femme, “je ne me cantonne pas à balancer des sons et de meubler entre deux disques. Avec BollyOne et le response du public, je trouve davantage mon univers. Le métier d’animatrice va bien plus loin que simplement ouvrir sa bouche et présenter des chansons”. Autodidacte et persévérante, la jeune femme ajoute : “Nous avons une chance inouïe d’être invités dans la vie des Mauriciens. Nous avons une responsabilité. Le mien, c’est de distiller les bons sentiments, donner de l’espoir, du courage, se dire que rien n’est jamais perdu, qu’on a toujours toutes ses chances, moyennant que l’on s’y mette, qu’on ne se laisse pas abattre, qu’on se sente aimé, valorisé.”

Feel good factor.

Bref, “un peu de tout ce qui compose l’univers !” D’où, justement, le rêve secret qu’elle caresse “de rebaptiser cette émission, car quand on écoute ma tranche, entre 13h et 15h, on réalise rapidement que je n’y passe pas que des tubes de Bollywood. It’s way wider than just Bollywood !” Outre de diffuser le title song de Dabanng 3, qui fait fureur sur les ondes, Samia Haroon prend le parti d’inclure également des chansons à thème, de la world music, de l’opéra, du séga… “Bref, ce qui colle avec le thème du jour. Et qui va dans le sens de ce que l’on ressent.”

En effet, le “style” Samia est très vaste. Il reflète la nature et la personnalité de la jeune femme. “Ce qui prime, pour moi, c’est d’injecter un feel good factor à mes auditeurs. On sait tous qu’on rencontre, chaque jour, d’innombrables obstacles. Qu’on perd parfois patience, qu’on n’a parfois plus de courage. Ce sont les aléas de la vie. Je comprends cela très bien, parce que c’est aussi mon lot : je suis comme tout le monde.” Or, confie la jeune animatrice, “si je peux contribuer à remonter le moral des uns, booster les autres, pourquoi pas ? On est tous une grande et même famille : on doit se serrer les coudes !”

Fidélisation des auditeurs.

Elle parsème ses émissions de citations, de petits mots encourageants, de devises et de formules destinés à “rendre le moment agréable. Faire en sorte que l’on se rende compte que notre vie ne s’arrête pas aux bobos ou aux gros soucis qui viennent nous casser”. Samia Haroon se targue d’avoir “gagné les cœurs d’une très belle frange de l’audience”.

Cette fidélisation, Samia la vit dans le réel. “Il y a une auditrice très fidèle, Marie-Noëlle, qui a dit haut et fort qu’elle m’a adoptée, que je suis sa fille. C’est une immense joie pour moi qu’elle ait autant d’affection et d’estime pour moi.” À ses yeux, continue l’animatrice, “cela veut dire que j’ai réussi mon pari. Je suis entrée dans la vie de certaines personnes, et je m’y suis fait une place. C’est ce que je veux : I want to be remembered !

Un de ses “plus beaux souvenirs, de ces onze ans à l’antenne de BollyOne, ce sont les dix ans que nous avons célébrés, l’an dernier, avec les auditeurs et les fidèles de l’émission”, confie Samia Haroon. “C’était tout simplement magnifique ! C’était totalement spontané : ces personnes ont débarqué à la station, heureuses, avec des gâteaux, de la bonne humeur, des sourires… Beaucoup, beaucoup d’amour !”

L’aventure continue pour la Mauricienne aux origines pakistanaises. “Je fais ce métier avec mon cœur et beaucoup de passion. Ce n’est pas du gâteau chaque jour : je me mets en quatre pour donner le meilleur. Tout ne marche pas tout le temps comme je le voudrais, mais c’est la vie. C’est de là que je puise ma force et le courage de continuer.”

Angry Young Girl !

Son idole ? Le légendaire Big B ! “Quand j’étais gosse, je dévorais tous ses films !”, confie-t-elle, le regard pétillant. “Je m’habillais comme lui, me comportais de la même manière…” Inutile de dire qu’elle connaissait par cœur pratiquement tous les dialogues fétiches de l’interprète des masala movies tels que Deewar, Agneepath, Coolie, Amar Akbar Anthony, Parvarish, The Great Gambler ou Don. “Je disais à ma mère : Tu dois trouver une Parveen Babi ! * “Je chantais et dansais comme lui, m’habillais comme lui, parlais comme lui.” Une de ses répliques préférées, qu’elle dit toujours avec autant de verve et de talent, est ce fameux dialogue extrait de Namak Halaal : “I can talk English, I can walk English, I can laugh English, because English is a very funny language !” Le tout déclamé avec l’accent que prend Big B dans cette scène où il se moque des autres.

Dans la bouche de l’animatrice, ces mots prennent une tonalité comique et font réaliser à quel point la jeune femme est bourrée de talent. Sa formation, même basique, dans l’univers du théâtre, mêlée à sa passion originelle, n’y sont pas étrangères…

Samia Haroon s’identifie à Amitabh Bachchan “un peu parce qu’à l’instar de l’angry young man qu’il était, j’étais en révolte contre tout ce qui m’entourait : la société dans laquelle j’évoluais, les règles et les interdictions. Comme les personnages qu’il incarnait, je voulais crier ma colère au monde, et réclamer plus d’amour et de compréhension”.

La preums de BollyOne

Samia Haroon se souviendra toujours “avec beaucoup d’émotion de mon tout premier passage à l’antenne, à Radio One, pour BollyOne. C’était le 18 février 2008. Richard Maunick était à mes côtés. Si je me gourais, il saurait rattraper la bourde !” Notre interlocutrice confie : “J’étais complètement paumée. On m’avait balancé dans l’arène sans filet ! On m’avait juste dit : “C’est ton émission : assure !” Je m’étais préparée, comme je le fais toujours. Sauf que Bollywood et moi, ce n’était pas forcément un parfait mariage !”

Photo : Jonathan Chaurémootoo

En effet, la jeune femme était totalement “étrangère à l’univers de Bollywood ! J’écoutais comme ça, mais sans plus. Et je n’étais pas vraiment fan !” De plus, “à la MBC, j’animais une tranche musicale en ourdou. Là, c’était totalement différent !” Mais “j’ai eu un très bon response des auditeurs ! Cela m’a fait du bien.” Et la belle aventure continue : “Cet amour inconditionnel que les auditeurs me donnent est inestimable ! Je n’aurais jamais pensé que je serais ainsi aimée, appréciée pour ma voix, les petits messages que je partage, les mots d’encouragement…”

Complicité avec Dagmar !

Le Cafe Paradieso est “le havre de paix” de Samia Haroon. Il se situe à la Old Moka Road à Trianon. L’endroit est tenu par Dagmar Vencatachellum, une Allemande ayant épousé un Mauricien et qui s’est installée dans l’île en 1987. Dagmar coanime, le lundi, une édition de l’émission de Samia Haroon. Autrefois connue comme Culture Connection, cette émission “a pour but de diffuser des ondes positives aux auditeurs. Dagmar est une healer, doublée d’un Reiki Master. Elle est un coach et, dès que nous nous sommes connues, le courant est passé”, souligne Samia Haroon. “Nous abordons des thèmes de l’actualité, confie pour sa part Dagmar Vencatachellum. Nous parlons par exemple de violence, que ce soit envers les femmes ou les enfants. Nous évoquons aussi des sujets relatifs à la protection de l’environnement et la nécessité d’être vigilants face au changement climatique.”

Les deux femmes partagent des atomes crochus, et cela s’entend à l’antenne. “Nous partageons les mêmes points de vue et avons la même vision de la vie”, ajoute Samia Haroon. Par le biais de cette édition hebdomadaire, nous souhaitons donner la chance à un plus grand nombre de personnes de bénéficier des conseils de Dagmar, qui est toujours heureuse d’aider et d’écouter.” L’animatrice est “convaincue que ces partages sont d’une grande aide dans la vie des uns et des autres. On se sent mieux armés et forts dans la vie quand on apprend.”