C’est un personnage atypique doté d’un esprit créatif. Rien n’arrête Samir Jhungeer dans sa frénésie de créer. Il veut – et doit toujours – se démarquer. C’est sa raison de vivre. “Artiste à tout faire”, comme il se décrit lui-même, il mène une vie à deux cents à l’heure.
À 35 ans, cet habitant de Camp Fouquereau est sur tous les fronts : dessin, couture, henné, coiffure, décoration… Il est toujours en quête de nouveautés, avec une soif permanente d’apprendre.
Avec du papier, un crayon ou des pinceaux, il est capable de réaliser un tableau. Mettez-lui du tissu, des ciseaux, un peu de fil entre les mains : il imagine et crée une pièce unique. Confiez-lui vos cheveux ou votre visage, il vous mettra en beauté. Avec des fleurs, il vous proposera des arrangements et une décoration. Tendez-lui vos mains et vos pieds, il vous les ornera avec du henné. Autant d’univers dans lesquels Samir Jhungeer excelle et qu’il prend plaisir à partager aux autres. “Tout ce qui touche de près ou de loin à l’art me passionne. J’adore explorer toutes les possibilités artistiques capables de rendre les choses plus belles”.
Fil conducteur.
Samir Jhungeer a eu une attirance pour le dessin depuis sa tendre enfance. Il ne le savait pas encore à cette époque, mais ce “don” allait finalement devenir le fil conducteur de ses passions actuelles. À l’âge de 11 ans, il se met à inventer ses propres motifs de henné sur les mains de sa mère. “Mon père n’était pas d’accord au début. Ma mère m’a encouragé et, aujourd’hui, mes parents, mon frère, ma soeur et toute ma famille me soutiennent et m’encouragent.”
Il est rare de voir un homme appliquer du henné. Il pourrait même être le seul à le faire à Maurice. Le jeune homme en est fier. “Les gens sont étonnés, surpris, mais surtout admiratifs de ce que je peux faire avec du henné. Je le fais sérieusement, avec le plus grand respect pour la femme et les traditions. Je n’ai pas eu besoin de faire de publicité. Le bouche à oreille a très bien fonctionné pour moi.”
L’art d’enseigner.
Aujourd’hui, Samir Jhungeer exerce le métier de professeur de dessin. Il est aussi le responsable du département d’art au collège Aleemiah à Phoenix. Un établissement qu’il a rejoint en Form IV et qui lui a permis de développer sa connaissance pour une autre passion, les visual arts. “J’ai reçu beaucoup d’encouragements de mes professeurs. J’avais enfin trouvé un collège où je pouvais me donner à fond dans cette matière. J’étais appliqué, passionné. Chacun de mes dessins ou projets devait être parfait, impressionnant et créatif à mes yeux. À la fin de ma HSC, on m’a proposé le poste d’enseignant.”
Il y exerce depuis dix-sept ans. Samir Jhungeer s’est perfectionné en prenant des cours pour obtenir son Diploma et un BEd en visual arts. Cette quête d’apprendre, de s’améliorer, ou de donner le meilleur de lui-même semble le poursuivre. “J’ai un besoin permanent d’en apprendre plus. Lorsque j’entreprends quelque chose, surtout si je le fais pour les autres, il faut que ce soit plus que parfait. La récompense à tous mes efforts, c’est l’appréciation et l’encouragement des gens. Ce n’est pas le prix de mes sacrifices, du temps passé à la faire qui compte. Leur regard, leur sourire et un merci donnent plus de valeur à mon coeur et surtout à mon talent.”
Regard.
Samir Jhungeer est attiré par l’univers féminin. “Je reste convaincu qu’un homme a plus de capacités et d’aptitudes pour rendre une femme belle. Nous avons un autre regard. Nos yeux voient différemment les formes et les courbes. Pour moi, la femme est la plus belle créature que Dieu a mise sur Terre. Je ne peux qu’être en admiration devant elle.”
Encore une anecdote. Après Afroze (sa maman), c’est au tour de Shamima (sa soeur) d’entrer en jeu. Le jeune homme a alors 20 ans, et il s’amuse à lui dessiner des vêtements. “J’étais attiré par le fashion and design, mais à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’institutions qui offraient cette formation à Maurice. J’exerçais ce nouveau talent caché sur ma soeur.” Et lorsque des couturières confectionnaient pour cette dernière des vêtements dessinés par Samir et que cela semblait attirer l’attention des gens, une nouvelle idée surgit. Pourquoi ne pas se mettre à la couture ? Il apprend les bases auprès d’une dame, à la Rue Pagoda.
Sa créativité et son besoin de sortir du lot prennent le dessus, et le voilà qui se lance dans la broderie et la peinture sur tissus. Avec ces compères et amis couturiers, Nadim Beegum et Jean-Marie Bisson, il donne un autre sens à son imagination artistique. L’habitant de Camp Fouquereau donne un cachet unique à des robes de mariées, de demoiselles d’honneur ou de robes de soirées en appliquant des designs à base de peinture pailletée, de petites pierres ou de broderie. 
Défi.
“J’aime le challenge et je déteste la monotonie. Je dois toujours être sur la voie rapide et avoir dix mille occupations. Le stress me permet de créer et de me surpasser. Je ne peux pas et je ne veux pas m’arrêter. Il y a tant de choses à apprendre et à pouvoir faire par soi-même.”
La liste de ses passions est loin d’être exhaustive. Exposition de tableaux, décoration, arrangements floraux, maquillage, coiffure et, récemment, les gâteaux. Une nouvelle filière qui lui permet de développer davantage son côté artistique. Les commandes s’enchaînent, pour toutes les occasions : goûters d’anniversaire pour enfants, gâteaux de mariages. “J’en ai d’abord fait pour mes proches, ensuite pour les amis. Maintenant, on me contacte de partout. Même si je ne cesse de recevoir des compliments, je demande toujours aux gens de me donner leur avis. On n’est jamais parfait. Une critique ne pourra que m’aider à m’améliorer et aller vers l’excellence.” 
Ballroom.
Ce célibataire, qui vit pour sa passion et pour l’art, ne veut pas rester dans l’ombre. Dans dix ans, il se voit célèbre. Il aura peut-être réussi à mettre sur pied un projet qu’il a en tête. Un espace dédié à la femme où tout est réuni : beauté, vêtement, décorations. Un one-stop-shop. La vie n’est pas faite que pour travailler, manger, boire et dormir. On a tous du talent. Il faut juste savoir l’identifier et tout faire pour l’exploiter. Je sais que je dois étonner plusieurs personnes en évoluant dans différents univers. J’aime ce que je suis. Je prends mes décisions et je l’assume. Elles peuvent être bonnes ou pas. J’aime relever les défis. Je suis convaincu que je vais réussir à laisser une trace.”
On se demande si Samir Jhungeer a du temps pour lui. Une fois de plus, sa réponse étonne. “Je pratique le ballroom dancing. C’est ma façon à moi de me relaxer, d’évacuer, de me détendre. J’adore danser. C’est un moment que je partage avec mes amis, et je peux aussi rencontrer des gens et parler de mes passions.”
Une chose est certaine : ce jeune homme de Camp Fouquereau n’aime pas et ne veut pas rester à rien faire. Il est doué et le sait. Ses mains ou ses doigts donnent de la valeur à son esprit artistique et créatif. Son moteur est d’apprendre et d’oser. Il pense rajouter une autre corde à son arc. “Je vais apprendre à faire des décorations avec des fruits et légumes. Je suis sûr qu’il y a bien d’autres choses dans lesquelles je vais encore trouver un moyen d’exprimer l’art dans toute sa splendeur.”