Les membres du personnel du Service d’Aide Médicale d’Urgence (SAMU), comme son nom l’indique, sont les premiers avertis en cas d’accidents, peu importe leur gravité. Le Dr Dandathvanee Samoo, médecin-urgentiste et Acting Director du SAMU, le Dr Swagath Poorun et l’infirmier Rajiv Goodorally étaient au premier plan des opérations lors de l’accident au virage de Sorèze. Ils sont aguerris à ce genre d’intervention d’urgence et cruciale mais les scènes d’horreur dont ils ont été témoins ce jour les ont marqués comme des néophytes.
Ce vendredi 3 mai, le Dr Poorun, qui assure la direction de l’équipe d’intervention du SAMU à l’hôpital Jeetoo et qui exerce en tant que médecin-urgentiste depuis bientôt 16 ans, est informé par le Dr Samoo d’un grave accident de la route avec un autobus ayant fait des tonneaux à Sorèze. Le plan d’urgence est déclenché.
« J’ai alerté le surintendant de l’hôpital, qui était déjà au courant de cet accident. Le Hospital Prepardeness Plan, mis en vigueur récemment, est activé et je mobilise mon équipe. Nous étions deux médecins et deux infirmiers à nous rendre sur les lieux. Un médecin et deux autres infirmiers sont restés de garde par précaution », explique-t-il.
La première requête est reçue au SAMU à 9h18. Dans les instants qui suivent, le service du SAMU de trois hôpitaux régionaux, à savoir Victoria, Jeetoo et celui du Nord, est déployé ainsi que plusieurs ambulances non-médicalisées. Le délai d’intervention prend en moyenne 12 à 15 minutes dépendant de l’accessibilité des lieux et de la circulation.
À ce stade, les membres du SAMU ne sont nullement conscients de la portée du drame qui s’est joué en un clin d’oeil. Le temps de la mise en place des dispositions, les premiers volontaires acheminent déjà les premières victimes à l’hôpital. En quittant l’enceinte, le Dr Poorun croise les premières victimes sur des civières. « C’est en voyant deux corps arriver à l’hôpital que je me suis rendu compte de quoi il en retournait. Malgré toute mon expérience, j’ai eu une première forte poussée d’adrénaline », confie le médecin à Week-End.
A 9h31, une flotte de 11 véhicules (SAMU et ambulances) est déployée sur le site de l’accident. Fort de ses 13 ans d’expérience, l’infirmier Rajiv Goodorally, débarquant d’une des ambulances du SAMU, ne veut pas croire ses yeux. Il se déclare encore « extrêmement sous le choc » devant la gravité de la situation. Mais il n’a pas de temps à perdre. Un Casualty Processing Area est identifié, soit un triage des lieux pour déterminer les cas nécessitant un traitement d’urgence. « Le rôle du médecin-urgentiste est d’identifier les blessés prioritaires et de leur donner un traitement d’urgence », rappelle le médecin.
Les blessés sont répertoriés dans différentes catégories : (1) urgence extra ; (2) urgence vitale ; (3) urgence ; (4) non-urgence. Des bandes de différentes couleurs, soit rouge (critique), jaune (urgence vitale), verte (peut attendre) et noire (morte) sont placées aux poignets des victimes. En cas de couleur noire, la responsabilité d’évacuation vers la morgue revient aux pompiers et à la police. Mais avant toute intervention, les médecins et infirmiers urgentistes vérifient trois organes vitaux : les poumons à travers la respiration du blessé, le coeur par le pouls et le cerveau par les yeux.
Le seul blessé a avoir été pris en charge sur place est Ganesh Deepchand, le chauffeur de la Blue Line accidentée. Son état relevait de « l’urgence vitale ». Après les premiers massages cardiaques effectués par les pompiers, il fut placé sous respiration artificielle par l’équipe du SAMU avant d’être transféré vers l’hôpital Jeetoo. Mais il devait succomber à ses graves blessures.
« Le rôle du SAMU commence sur les lieux de l’accident, se poursuit dans l’ambulance et se termine uniquement après que l’état du patient a été stabilisé. C’est le médecin-urgentiste qui donne les directives aux autres médecins dans l’enceinte de l’hôpital. They comply with our instructions. They comply and then they complain if they have to », déclare le Dr Sonoo.
Les murets en béton sur l’autoroute au banc des accusés
Mais avant d’en arriver là, des obstacles sont à surmonter pour parvenir sur les lieux de l’accident. En guise de post-mortem de l’accident du vendredi 3 mai, soit quatre ans après le précédent à Montebello, avec quatre victimes, le Dr Poorun note un changement de mentalité positif chez les automobilistes. « Chapeau bas à ceux qui se sont mis de côté pour nous céder le passage sans hésitation. Le public a grandement contribué pour que nous puissions y être le plus rapidement possible », dit-il en demandant aux membres du public de faire encore preuve de retenue lors des interventions d’urgence.
« Dès fois, il y a des badauds qui nous lancent : ki to pe atan, guet sa patient la. Kan nou lor terrain, li importan ki nou ferm nou zorey et pas laisse nou perturbe par bann kritik publik », fait-il comprendre. Le médecin apporte une précision de taille en soutenant qu' »il est important de se dire que le transfert pour l’hôpital ne veut pas nécessairement dire sauver une vie. Tout se joue sur le terrain. Nous sommes équipés pour et nous pouvons même opérer un patient dans une ambulance. »
Outre des réactions intempestives des membres du public, l’une des principales contraintes rencontrées sur le terrain par les équipes du SAMU et d’autres services d’urgence a été l’accessibilité aux lieux de l’accident sur la voie descendante de la Nationale. Encore une fois, le design de la Road Development Authority sous la supervision du ministère des Infrastructure publiques, avec des murets en béton construits sur le terre-plein central de l’autoroute, est mis au banc des accusés.
« En venant de Port-Louis, il n’était nullement facile de traverser l’autoroute pour rejoindre le site de l’accident. Des équipes d’urgence ont dû remonter l’autoroute jusqu’à la jonction de Montagne Ory pour redescendre ensuite. Il nous a fallu chercher une ouverture quelconque pour éviter de faire un détour. Finalement, le chauffeur de l’ambulance a pu identifier un rebord de béton moins élevé et malgré les risques éventuels, nous l’avons franchi », déclare-t-il.
Le même problème s’était présenté lors de l’accident de Montebello il y a quatre ans. « Nous avions déjà attiré l’attention des autorités au sujet de ces obstacles pour des opérations de secours sur l’autoroute. Nous avions proposé l’option de pratiquer des ouvertures sur le terre-plein central pour éviter des détours dans des situations d’urgence. Tel est le cas sur l’autoroute du Nord avec des ouvertures bien gardées par des chaînes au milieu de l’autoroute à des endroits spécifiques et qui peuvent être utilisées en cas d’urgence. Mais tel n’est pas le cas pour Sorèze et après l’expérience du 3 mai, il y a urgence à agir », souligne-t-on au sein de l’équipe de SAMU.
La saturation du réseau Orange le jour de l’accident représente par ailleurs d’énormes difficultés pour les équipes d’intervention. « La communication était interrompue. Le Control Room du SAMU n’avait aucun contact avec les ambulanciers. Après maints essais, j’ai finalement pu contacter le Dr Sonoo pour l’informer des décisions que j’allais prendre », regrette le Dr Poorun en revivant ces moments fatidiques du vendredi 3 mai.