POËMA ZÉPHIR

« Je t’ai à l’œil, toi, mon allié tant redouté, mon muscle capricieux, mon virtuose de l’absurde, toi, l’ennemi intime, capable du meilleur comme du pire. » Audrey Marie

À quand l’acceptation de l’existence de l’utérus ? Pas uniquement en termes d’organe féminin avec fonction « machine à sous ». Mais en tant que membre versatile et tellement vif qui fait souvent tourner son hôte en bourrique. Nous sommes arrivés à un point où les femmes militent pour leurs droits et l’égalité des deux sexes. Cependant, luttent-elles assez pour ce corps qui chaque mois leur offre l’opportunité de voir la vie à travers un kaléidoscope de rouge avec bonus de contractions, proposant un avant-goût des joies atroces de l’enfantement ?
Si les Anglais débarquent à l’instant où vous êtes bien au chaud chez vous, pas la peine de se soucier d’arborer un sourire forcé pour masquer votre tourment. Par contre, nous sommes des milliers au quotidien à retenir nos cris et nos larmes lorsqu’on doit afficher l’image de la femme indépendante et forte qui, à l’inverse de beaucoup de son espèce, il y a cinquante ans de cela, peut s’épanouir professionnellement. Femme de ménage, caissière, chirurgienne, professeur, réceptionniste, chauffeur, comptable, fleuriste, fonctionnaire, mendiante, étudiante et autres, « kan douler la trape, li pa get figir ».
Notre condition de femelle nous oblige-t-elle à contenir tout ce mal à l’intérieur sans broncher ? Dans chaque société développée digne de ce nom, chaque individu a le droit de se mettre au repos lorsqu’il est malade. Donc, pourquoi est-il encore extrêmement difficile de reconnaître que les femmes, souffrant de dysménorrhée, d’endométriose ou qui ne peuvent pas gérer ces crampes lors de l’écoulement de leurs règles, soient également malades ? Pourtant, leur corps subit des souffrances insoutenables. Pour un monde qui se flatte de parler des droits des femmes, il est inconcevable de ne pas toucher plus sérieusement au débat du congé menstruel. Les Japonais, eux, ont bien compris le concept « employées en bonne santé, profit à volonté » avec leurs deux jours de “off” pour les femmes qui souffrent de douleurs menstruelles.
Sur le plan local, le chemin est encore long. Comment changer les lois ici si les mentalités sont toujours coincées, si de jeunes femmes ont encore honte d’être devant l’étagère des tampons et des serviettes hygiéniques au supermarché, ou encore que de nombreux individus, dits éduqués, limitent l’accès aux femmes qui ont leurs règles dans les cimetières (si la plupart des hommes sont dégoûtés à l’idée de tremper leur biscuit pendant cette période, ce n’est pas un fantôme qui risquera d’y pointer le bout de son nez !).
Et ceux qui penseront qu’avec la validation des lois concernant les congés menstruels la femme sera encore plus inférieure à l’homme, je vous verrai bien plié en quatre pendant une journée, le souffle coupé, incapable de réfléchir correctement, avec l’incessante sensation qu’une force invisible tire violemment de l’intérieur sur un anneau rattaché à votre nombril.
Ceux qui travaillent au ministère de l’Égalité des Genres et du Développement de l’Enfant, le moment est venu de se pencher sérieusement sur la question. La Mauricienne, qui est affectée par ces humeurs vaginales ne peut laisser sa vie professionnelle en souffrir. Ses compétences ne se résument pas uniquement à son utérus. Allez balance ton pad !