Sanjeev Sobhee

Les étudiants qui seront admis en première année à l’Université de Maurice en 2020 bénéficieront d’une formation en Learner-Centered Credit System, où l’accent sera mis sur le développement de leurs compétences sans compromettre l’enseignement. La technologie est à la base de ce changement et des investissements sont consentis pour mettre à jour les infrastructures nécessaires pour réaliser cette transition. Le Learner-Centered Credit System, basé sur l’European Credit Transfer System, a été le sujet de discussion à l’UoM depuis septembre 2018.

L’Université de Maurice mettra bientôt en application le Learner-Centered Credit System, basé sur l’European Credit Transfer System. Comment et quand est venue cette idée ?
Nous avons eu cette idée en mai de l’année dernière. Nous avons réalisé, à la suite des commentaires de la part du secteur privé et du gouvernement, que nos diplômés ont la connaissance mais n’ont pas nécessairement les “soft skills” qui sont liés aux compétences. C’est-à-dire la communication, l’écriture, entre autres. Et en termes de leurs capacités d’employabilité, elle était faible car ils ne réussissaient pas leurs entretiens d’embauche. Ils peuvent être les meilleurs diplômés que nous ayons mais lorsqu’il s’agit d’appliquer ces connaissances dans le contexte réel, nous remarquons des manques de compétences qui sont nécessaires au-delà de la connaissance. Le système actuel que nous avons à l’UoM est plus “teacher centered” où l’accent est mis davantage sur la connaissance. Le chargé de cours ne vient que pour enseigner et il existe peu d’opportunité pour une interaction avec les étudiants. Ainsi, ces derniers ne peuvent pas poser leurs questions ou faire leurs suggestions.

C’est dans ce contexte, que nous avons pensé à l’European Credit Transfer System (ECTS). Le système que nous allons mettre en place est le Learner-Centered Credit System (LCCS), qui est calqué sur le modèle ECTS. L’ECTS est protégé par des droits d’auteur et nous ne pouvons pas enfreindre cela. Et c’est pour l’Europe alors que nous ne faisons pas partie de l’Europe. De ce fait, nous avions à concevoir un système basé sur l’ECTS mais où l’accent est basé sur l’étudiant et non sur l’enseignant. Le LCCS permet de développer des compétences, tels le “leadership”, la communication, le “team building”. Tout cela ne se trouve pas dans le système que nous avons en ce moment. L’étudiant ne peut pas s’épanouir avec le système actuel avec de nouvelles idées. Mais avec l’ECTS, l’accent sera moins mis sur l’enseignement mais plus sur l’étudiant où il pourra apprendre seul.

Le LCCS se focalise aussi sur les résultats. Lorsque nous parlons de résultats, nous voulons dire que nos critères d’examens vont changer. Ce n’est pas directement lié au niveau de la connaissance de l’étudiant mais le programme examinera l’application de ses connaissances à travers différentes compétences telles que la communication. Le système utilise une multitude de ressources sur Internet.

Avec le “self-learning”, l’étudiant doit faire beaucoup de lectures et de recherches. Nous n’allons pas négliger le “core-teaching business” mais il y a d’autres choses pour que l’étudiant puisse apprendre et créer. Lorsque je vois l’étudiant se présenter à un examen, il doit pouvoir me démontrer qu’il connaît plus que d’autres. Sinon si on fait un examen, tous les étudiants écriront la même chose en général. Un étudiant exceptionnel est celui qui maîtrise son sujet et qui donne des exemples qui n’ont pas été discutés en classe. Il peut pouvoir se démarquer d’autres étudiants à travers la créativité, l’innovation et de la valeur ajoutée.

L’étudiant doit pouvoir développer ces compétences. Dans les collèges privés, nous voyons que cela est déjà mis en place et nous avons réfléchi à cela tardivement. Mais je sais qu’un travail se fait pour se tourner vers le “outcome-based learning”. C’est pourquoi nous avons pensé à son importance l’année dernière. De plus, la technologie évolue rapidement et les étudiants sont très branchés. Internet est rempli de ressources et maintenant nous allons officiellement en faire l’utilisation à travers le LCCS. Les étudiants seront aussi notés sur leur utilisation d’Internet. Ainsi, ils peuvent démontrer des compétences additionnelles. Cela aura un impact sur l’étudiant de demain.

Quels sont les avantages spécifiques que ce système pourrait apporter à l’UoM s’agissant de l’expérience des étudiants et du modèle d’enseignement ?
Nous réduisons les heures que passe le chargé de cours avec les étudiants et accordons plus de temps à ces derniers pour qu’ils puissent apprendre. Le curriculum sera presque le même mais l’enseignant devra, avant le début des cours, donner un “module catalogue” aux étudiants. On donnera des “assignments”, des “class test”, l’étudiant sera exposé aux “flip classes”, aux cours préenregistrés. Les universitaires sont un peu réticents car ils devront accorder plus de temps à la préparation mais une fois que le module est préparé, les cinq ans sont assurés. Les 45 heures de cours se réduiront à 30 heures. Les 15 heures qui restent seront consacrées à la maîtrise d’autres compétences. La transition se fera par phase. Nous débuterons le programme avec les étudiants qui commenceront leurs études l’année prochaine.

Ces “first year students” auront droit à ce système. Il y aura une coexistence entre ceux qui seront sur le système et d’autres qui sont sur le système actuel. D’ici trois ans, tous les étudiants seront sur la même longueur d’onde. Cela nous permet aussi de faire des changements au niveau des infrastructures. Nous investissons pour le Wi-Fi sur tout le campus. À la fin de février, le campus doit être équipé de Wi-Fi. Nous investissons aussi dans les “flip classrooms” où quatre classes seront converties pour l’interaction entre les étudiants. Deux “lecture theatres” seront converties en des classes intelligentes bien équipées. On aménagera des “learning laboratories” pour des interactions entre l’étudiant et l’enseignant. On a déjà la bibliothèque en ligne. Nous allons investir pour des “learning spaces”. Le Raised Plaza sera désormais un “study area”. Nous allons continuellement investir pour qu’on soit prêt en août 2020. Pour les cours d’août de cette année, nous avons fait des changements au niveau de la structure pour que l’étudiant comprenne les “outcomes” des cours. Nous avons déjà commencé la formation de nos universitaires.

Croyez-vous que l’ECTS pourrait répondre aux questions du troisième cycle d’audit de la Tertiary Education Commission s’agissant de l’expérience de l’étudiant et de la qualité de l’enseignement ?
Le 3rd Quality Audit nous avait parlé de nos limitations à cause de notre modèle d’enseignement. Nous devons aider les étudiants à travailler avec la communauté et inclure la société civile. C’est aux enseignants d’appliquer le système et nous leur accordons la liberté de le faire. Lorsqu’un étudiant a la chance de parler, il trouvera un changement au niveau de sa préparation de son HSC et son insertion à l’université. Nous ne devons pas attendre la deuxième année mais nous devons le faire dès la première année.

L’Academic Union estime que l’UoM va un peu trop vite dans cette démarche. Pourriez-vous expliquer le processus et le délai depuis la conception à la mise en place du projet ?
Non, nous n’allons pas trop vite mais nous procédons par phases. Cela concernera uniquement ceux qui sont en première année à partir de 2020. Une année en technologie est de trop. Il ne faut pas oublier le nombre d’universités que nous avons dans le pays.

Il semblerait que quelques universitaires ne soient pas contents du fait que l’UoM veuille réduire le nombre de ses cours offerts. Quelle est la raison de cette décision ? A-t-elle été approuvée par les doyens des facultés et le Sénat ?
Nous avons eu des consultations au mois de septembre avec plusieurs parties prenantes à l’UoM car nous devons travailler sur un nouveau format.

Quels ont été les points de vue en général des membres du Sénat lorsque l’ECTS a été annoncé ?
La plupart des membres sont d’accord et les doyens sont conscients des avantages.