L’affaire Quantum Global ne constitue pas un facteur de vulnérabilité pour AfrAsia Bank. « L’ordre de gel des comptes de Quantum Global n’affecte en rien nos opérations », souligne Sanjiv Bhasin, chief executive officer (CEO) de la banque, dans une interview au Mauricien. Le CEO d’AfrAsia Bank revient sur les progrès accomplis par la banque depuis sa création en 2007 et estime que celle-ci est bien positionnée pour prendre avantage des développements dans le corridor Asie-Afrique.

Quelle est votre évaluation de la performance de la banque AfrAsia après une décennie d’existence ?

Nos résultats financiers sont encourageants si nous regardons le bilan à la fois en termes de dépôts et de crédits. Cette performance reflète de bonnes progressions. Ce qui est satisfaisant c’est que nous avons pu augmenter nos dépôts auprès de notre base clientèle internationale, celle-ci étant répartie dans plus de 135 pays. Avec une croissance soutenue depuis 2007 et les enseignements tirés au fil de notre développement, nous avons graduellement adopté une approche plus prudente, à travers la diversification de nos actifs afin de mieux préparer la banque pour une croissance durable. Nos actionnaires font confiance à la banque et la stratégie en place. Ils ont été en mesure de nous fournir le capital et le soutien nécessaires pour que cette croissance reste attrayante.

Tel que mentionné dans un récent communiqué de presse, le plan stratégique triennal de la banque met l’accent sur l’environnement économique difficile dans lequel l’institution est appelée à évoluer. Pouvez-vous nous parler des défis à l’horizon ?
Le plus grand défi dans le secteur bancaire est évidemment l’évolution des normes en matière de connaissance du profil du client ou le « Know Your Client Rule ». Nous opérons dans un centre financier international et nous devons être sûrs que notre programme de « client onboarding » réponde à toutes les exigences dans diverses juridictions. Les indicateurs de croissance économique en Afrique, notre hinterland commercial, ont suscité de l’inquiétude dans un passé pas très lointain, mais il existe des preuves concrètes aujourd’hui que les choses s’améliorent, comme nous l’avons vu en Afrique du Sud, qui est un marché clé pour nos actifs.

Un autre défi auquel les banques doivent faire face est l’avènement et l’utilisation de nouvelles technologies, notamment sous l’aspect de l’expérience client ainsi que la modernisation continue des systèmes. Les FinTech et médias sociaux, nouveaux entrants dans le circuit bancaire, continuent de révolutionner tout en créant une concurrence accrue au secteur bancaire de par le caractère disruptif de leurs technologies. Par conséquent, les banques doivent être prêtes à non seulement se faire concurrence mais aussi à accepter une nouvelle génération de compétiteurs.

Les performances financières d’AfrAsia Bank ont ces dernières années montré des variations significatives. En 2015/2016, la banque avait enregistré un bénéfice net de Rs 433,6 millions avant de se retrouver en 2016/2017 avec un montant de Rs 817 millions. Mais on observe que pour les neuf mois se terminant au 31 mars 2018, il y a une baisse des profits nets comparativement à la période correspondante de la précédente année financière. Qu’est-ce qui explique cette variation?

Cette variation s’explique par notre tentative d’atteindre des normes de “provisioning” adéquates par rapport à nos actifs non performants de ces dernières années, ce qui nous permet de renforcer les bases d’une croissance durable.
Cependant, il faut aussi souligner que nous avons enregistré une hausse dans notre résultat d’exploitation qui s’est élevé à environ Rs 2 milliards, ce qui représente une augmentation de 9,1% par rapport aux Rs 1,9 milliard réalisé pour les neuf mois se terminant au 31 mars 2017. Le total des crédits se chiffre à Rs 27,4 milliards alors que les dépôts, évalués à Rs 108 milliards, ont augmenté de 13% par rapport à la période précédente (Rs 95,6 milliards). Nous continuons de faire des avancées considérables dans la transformation de la banque, marquées par des apports technologiques et par la refonte de son processus opérationnel avec notamment la création d’un “client services hub” pour s’adapter à un marché en pleine mutation. Nous sommes encouragés par les progrès réalisés à ce jour et nos actionnaires sont pleinement engagés à faciliter nos plans de croissance.

Nous notons que le ratio crédits/dépôts demeure à un niveau confortable de 25,4%. Doit-on attribuer ce résultat à une politique bancaire rigoureusement prudente ?
Oui, il existe une politique de prêt prudente et notre modèle d’affaires vise à faciliter les investisseurs institutionnels qui nous obligent à maintenir un niveau élevé de liquidités. Nous sommes donc obligés d’assurer un mouvement instantané des fonds pour répondre aux décisions d’investissement.

J’ajouterai que la banque s’est également adaptée pour identifier les actifs de qualité tout en étant plus sélective et prudente dans ses décisions. Nous avons tiré des leçons du passé et nous voulons réduire au maximum la volatilité des revenus due à ces dispositions.

Des mises en garde sont notées de part et d’autre sur la solidité financière d’AfrAsia Bank, notamment dans le sillage de l’affaire Quantum Global. Quelle est votre “exposition” à Quantum Global ? Doit-on craindre des retombées négatives pour la banque?
Il n’y a aucune exposition ni vulnérabilité face à Quantum Global. La banque a reçu une ordonnance du tribunal à laquelle nous nous conformons. En tant qu’institution bancaire, nous ne pouvons donner des informations sur les montants des dépôts de nos clients.
Ce que je peux dire, c’est que nous opérons dans un cadre de gouvernance d’entreprise rigoureux et que l’ordre de gel des comptes de Quantum Global n’affecte en rien nos opérations, nos clients et nos engagements à Maurice ou dans n’importe quelle autre partie du monde.
Compte tenu de l’augmentation de notre base de dépôts au fil des années et de notre ratio crédits/dépôts confortable à 25,4% au trimestre dernier, nous sommes prêts à gérer, sans aucun problème, l’éventualité d’une importante sortie de liquidités.

Comment se portent les activités bancaires internationales d’AfrAsia ?
Les services bancaires internationaux sont parmi les activités les plus dynamiques de notre institution. Ces dernières années, nous avons enregistré une croissance exponentielle dans ce segment, comme en témoignent nos activités dans le segment “B” et la taille du personnel attachée à ce secteur.

Le succès nous est venu de par notre capacité à nous adapter et à innover pour répondre aux besoins et exigences changeants de nos clients non-résidents. Aujourd’hui, nous disposons d’un portefeuille de clients diversifié incluant des fonds de capital investissement, des sociétés cotées en bourse, des bureaux de gestion de patrimoine, des gestionnaires d’actifs et des institutions financières. Nos clients deviennent de plus en plus sophistiqués, ce qui signifie que nous avons dû renforcer notre offre allant de produits simples à des solutions plus structurées. Je pense que cela profitera à l’ensemble du secteur Global Business. Les perspectives financières du segment global business semblent très prometteuses.

Le groupe AfrAsia dispose uniquement d’un bureau de représentation en Afrique du Sud. Envisagez-vous une présence physique dans d’autres pays africains ?

À l’heure actuelle, nous ne ressentons pas le besoin d’ouvrir de nouveaux bureaux en Afrique. Les efforts visant à établir des liens avec les clients et à améliorer la connectivité avec ceux résidant dans diverses juridictions se sont multipliés. Certes nous opérons de Maurice et de l’Afrique du Sud, mais notre clientèle est internationale et comme je l’ai dit précédemment, nous servons déjà des clients dans plus de 135 pays.

La banque s’est positionnée dans le corridor Afrique-Asie. Cette stratégie vous a-t-elle réussi ? Quelles sont vos perspectives futures ?

Nous assistons à une augmentation des flux d’investissement avec des acteurs cherchant à trouver une base solide en Afrique et émanant en grande partie des pays asiatiques, à savoir l’Inde, la Chine, Singapour et le Japon. Nous notons une diversification accrue des investissements en Afrique. Plus d’un cinquième des projets d’investissements directs étrangers (IDE) et plus de la moitié des investissements en Afrique sont venus de l’Asie-Pacifique ces deux dernières années, ce qui constitue un record sans précédent. Plus particulièrement, l’IDE chinois en Afrique a augmenté de façon spectaculaire, faisant du pays le plus grand contributeur de capitaux IDE et d’emplois en Afrique en 2016. Cette tendance devrait nous apporter des contrats supplémentaires. Par conséquent, le corridor Asie-Afrique continue à être significatif pour nous en vue de l’irruption grandissante d’acteurs et de capitaux destinés au continent africain.

Le conseil d’administration de la banque a approuvé une augmentation de capital pouvant aller jusqu’à Rs 500 millions. Quel est l’objectif d’une telle décision ?

Cette émission d’actions s’aligne sur les exigences en matière de capital statutaire de la banque et sur notre stratégie visant à renforcer la base de capital et à soutenir la croissance future de nos actifs. Nous voyons des opportunités grandissantes à l’horizon et cette nouvelle augmentation de capital devrait nous permettre de continuer à réaliser nos projets et nous développer au même rythme que ces dernières années.