Le Syndicat des pêcheurs n’est plus seul dans la lutte qu’il mène pour dénoncer le recrutement des Malgaches à la place des Mauriciens par des compagnies locales. Il est soutenu dans sa démarche par la General Workers Federation (GWF) et la Professional Seafarers Union (PSU). Le mouvement réclame une réunion tripartite d’urgence pour discuter des conditions du permis de pêche dans notre zone. Le dénommé Gandhi qui avait commencé une grève de la faim la semaine dernière a été aussi rejoint par cinq autres pêcheurs.
« La situation est critique. Elle ne concerne pas uniquement les pêcheurs, mais a un enjeu national. » Le syndicaliste Ashok Subron, négociateur des pêcheurs, précise sa position en faisant ressortir que la mer appartient au peuple et qu’aujourd’hui, ce dernier se voit dans l’incapacité de profiter de ses ressources, en raison du « libéralisme sauvage. »
Depuis quelque temps, le Syndicat des pêcheurs dénonce les compagnies de pêche locales qui ont employé des Malgaches à la place des Mauriciens. Certains se retrouvent ainsi au chômage depuis un an. Judex Ramphul, président du syndicat, déplore l’exploitation de ces travailleurs étrangers, qui sont payés à Rs 3.50 le kilo de poisson pêché.
Pour Ashok Subron, il y a bien plus qu’un simple problème de chômage dans cette situation. Il dénonce une « quadruple exploitation. » En premier lieu, il dénonce le fait que les autorités accordent des permis de pêche aux bateaux étrangers et mauriciens, sans conditions précises, leur permettant ainsi de « piller nos richesses maritimes. La mer est notre plus grande ressource. »
Le négociateur des pêcheurs déplore également le fait que des travailleurs qui se sont sacrifiés pour ce secteur pendant des années n’ont bénéficié de rien. Il juge inacceptable que les pêcheurs malgaches et mauriciens soient payés, respectivement Rs 3.50 et Rs 7 le kilo, alors que ce même poisson est vendu à Rs 90 le kilo sur le marché. « La mer appartient au peuple, mais le peuple de Maurice n’a pas de travail et ne peut acheter du poisson à manger. »
Le mouvement de soutien aux pêcheurs réclame ainsi une réunion tripartite d’urgence regroupant les opérateurs du secteur, le syndicat ainsi que des représentants des ministères de la Pêche, du Travail et du bureau du Premier ministre. « Il s’agira de discuter des conditions du fishing permit. Il faut introduire des clauses pour s’assurer que le peuple mauricien bénéficie des activités dans notre zone. »
Ashok Subron invite les autorités à aligner le salaire des pêcheurs de bancs au salaire minimal universel pour les travailleurs de la mer, fixé par le Bureau International du Travail (BIT). De même, il est d’avis qu’une formule doit être trouvée afin que la population mauricienne puisse acheter du poisson à un prix raisonnable. Ashok Subron parle également de la nécessité d’un audit national sur nos ressources maritimes.
Par ailleurs, pour dénoncer la même situation, six pêcheurs, dont le dénommé Gandhi, observent actuellement une grève devant la Cathédrale St Louis, à Port-Louis. Ashok Subron invite les Mauriciens à se montrer solidaires envers eux car « les gens ne font pas de grève de la faim pour rien. »