Prendre un médicament contre une migraine ou des maux d’estomac sans avis médical, nous le faisons souvent. Cette pratique qui nous concerne tous se nomme automédication. Avouons-le, l’automédication est bien utile pour soigner un rhume, des règles douloureuses, un mal de tête, des ballonnements, une constipation passagère, une légère anxiété, etc. Il arrive même que certains daignent mésestimer une maladie afin de ne pas consulter un médecin. Or, si ce système présente des avantages – calmant nos douleurs et nous remettant sur pied dans la plupart des cas – l’automédication peut s’avérer une pratique à risque et nuire gravement à notre santé…
Qui n’a en effet jamais repris un sirop prescrit pour une toux trois mois plus tôt ? Qui n’a pas pris les médicaments de sa mère ou de sa soeur pour tel ou tel mal ? Du commun paracétamol aux pilules pour stopper une diarrhée, en passant par les sirops contre la toux, la prise de médicaments sans prescription médicale est pratique courante. Reste que, si ces médicaments sont efficaces, ils sont potentiellement dangereux. Car à défaut de savoir très précisément ce que nous faisons, nous jouons un peu notre santé à pile ou face. Il convient ainsi de connaître les dangers d’une automédication non contrôlée.
Selon la définition des praticiens, « l’automédication est l’utilisation, hors prescription médicale, par des personnes pour elles-mêmes ou pour leurs proches et de leur propre initiative, de médicaments vendus en vente libre en pharmacie, ou encore puisés de l’armoire à pharmacie familiale ». Cette pratique, si conseillée quand il s’agit de traiter sur une durée très courte une pathologie légère (l’emballage des produits mentionne d’ailleurs qu’il ne faut « pas d’utilisation prolongée sans avis médical »), elle ne fait pas l’unanimité dans le corps médical. Les spécialistes de la santé font ressortir que la prise d’un médicament sans ordonnance peut entraîner une aggravation sévère de certains maux, au lieu de les soigner. En effet, « toute prescription médicale impose une réflexion sur les effets souhaités du médicament et ses effets secondaires ». L’automédication est dangereuse par la méconnaissance de cet équilibre, disent-ils, faisant ressortir qu’ « un surdosage, une interaction avec un autre traitement en cours ou une pathologie annexe peuvent faire pencher la balance du coté des effets indésirables. Ce qui pourra entraîner une série de troubles divers (douleur abdominale, allergie…) et même conduire au décès. »
Il ne faut donc pas perdre de vue que tout médicament est potentiellement dangereux, même s’il est en accès libre en pharmacie. Par exemple, les anti-inflammatoires « peuvent provoquer des troubles gastriques comme les ulcères, ou favoriser de façon dangereuse certaines infections », expliquent les médecins, qui soulignent que le danger de l’automédication réside surtout dans le fait que bon nombre de gens en abusent. « Certains sont même incapables d’admettre qu’une maladie nécessite la consultation d’un médecin et préfèrent jouer eux-mêmes le rôle de thérapeute », disent-ils. Par conséquence, les maladies s’aggravent et deviennent même épisodiques. Les effets secondaires des médicaments n’étant plus contrôlés, d’autres maladies se développent.
Diagnostic erroné
Ainsi, le premier risque d’une automédication pourrait être de ne pas avoir fait le bon diagnostic et de ne pas se soigner efficacement. Des maux de tête répétitifs peuvent cacher un mal bien plus grave ; une toux traînante peut signaler des problèmes gastriques… et un retard de diagnostic peut aggraver la situation.
Le second risque de cette pratique concerne les interactions. En effet, les médicaments disponibles sans ordonnance sont des médicaments à part entière et peuvent interagir avec de nombreux traitements. Par exemple, au cours d’une consultation médicale, le fait d’oublier de mentionner à votre médecin que vous avez pris certains médicaments peut provoquer un diagnostic erroné, car ceux-ci peuvent retarder certains symptômes et surtout fausser l’interprétation de résultats biologiques. Ou encore, si vous suivez un traitement régulier, il est vivement déconseillé d’avoir recours à l’automédication. Cela pourrait provoquer des effets indésirables ou une diminution de l’efficacité du traitement. La prise d’ibuprofène (anti-inflammatoire), par exemple, peut modifier l’efficacité de traitements contre l’hypertension artérielle. Prendre un pansement gastrique peut empêcher l’absorption d’autres médicaments… La prise d’alcool peut également modifier l’efficacité de certains médicaments et augmenter les risques d’accidents.
Surdosage
Outre le fait que l’automédication ne prend pas en compte certaines allergies connues, les personnes qui optent pour cette pratique ne connaissent pas toujours la toxicité de certains produits. Ainsi, le surdosage en raison de l’absence d’indication d’un médecin peut provoquer des effets désastreux. Autre danger : l’automédication peut provoquer une dépendance à certains médicaments, qui deviennent alors de véritables drogues. Pire encore, elle risque de provoquer d’autres nouvelles maladies, surtout en cas de méconnaissance des effets secondaires. « Pour un coup de soleil, une simple crème apaisante peut atténuer les douleurs. En revanche, lorsqu’il s’agit de soigner une fatigue chronique ou récupérer d’un manque de sommeil, on peut avoir recours à des anxiolytiques jugés anodins. La prise de ces produits peut pourtant entraîner une véritable dépendance », expliquent les médecins.
L’automédication a ainsi des limites du fait que les prises simultanées de médicaments contre-indiqués peuvent causer d’autres réactions menant à des hospitalisations. Cette pratique est surtout à éviter dans les cas suivants : insuffisance rénale, maladie du foie, maladie chronique avec traitement comme diabète, maladie psychiatrique et hypertension. Il faut aussi savoir que l’automédication est particulièrement dangereuse pour les femmes enceintes (par exemple, le recours aux suppléments vitaminiques et aux antalgiques, considérés, à tort, comme anodins), pour celles qui allaitent et pour les bébés.
Malgré les avis mitigés, l’automédication a son utilité. On n’est pas obligé de consulter son médecin pour un rhume. Laver son nez avec du sérum marin peut empêcher l’infection de s’étendre à la gorge (pharyngite) ou aux oreilles (otite). Et en cas d’oubli de pilule contraceptive, la prise de la pilule du lendemain dans les 72 h peut éviter une grossesse non désirée. Là aussi, inutile de passer par le gynécologue. Logiquement, l’automédication ne doit pas être pratiquée n’importe où et sur n’importe quel type de maladie.
Pour éviter les dangers, il convient de respecter un certain nombre de règles, comme consulter son pharmacien, afin qu’il explique les indications et contre-indications d’un médicament acheté sans ordonnance. Par exemple, le paracétamol recommandé en première intention en cas de fièvre ou de mal de ventre est toxique chez l’insuffisant hépatique ; les anti-inflammatoires non-stéroïdiens sont contre-indiqués à l’insuffisant rénal et à la femme enceinte ; l’aspirine est dangereuse pour le nourrisson en cas d’infection virale.
Tout cela est, bien entendu, parfaitement précisé dans les notices des médicaments. Encore faut-il les lire, et surtout respecter la posologie et ne pas associer plusieurs médicaments. De même, on peut aussi à l’occasion d’une consultation chez son médecin traitant, établir avec lui la liste des médicaments dont on peut avoir besoin. Il est le mieux placé pour connaître nos zones à risque du fait de notre mode de vie et de nos antécédents de santé. Si les maux ne disparaissent pas au delà d’une semaine, consultez celui qui sera le plus à même de vous examiner et de vous soigner : votre médecin.