Les protagonistes peuvent changer, les méthodes, elles, restent. Tenaces. Et ce nouveau scandale à la Santé comporte tous les ingrédients qui devraient faire de lui le MedPoint 2. Il s’agit d’un appel d’offres avec le numéro de référence MHPQ/WKS&S/2011/Q6 pour les services de nettoyage des douze hôpitaux et autres ateliers du ministère de la Santé pour l’année 2012. L’exercice aurait été mené d’une manière telle que ce sont deux compagnies d’une région très spécifique des Plaines-Wilhems, dont les dirigeants ne sont autres que des partisans et gros bras du Ptr et du PMSD, qui auraient décroché le contrat qui tourne autour de Rs 5 millions par mois.
Les deux compagnies sélectionnées, l’une plus brillante que l’autre, sont dirigées par des agents notoires des deux partis au pouvoir, et, non seulement ne répondent pas à certains critères du document d’appel d’offres, mais l’une d’elles aurait été cinq fois plus chère que la moyenne des onze offres retenues. C’est la première zone d’ombre de cette affaire.
Comment l’offre d’une des compagnies a pu être acceptée, alors que l’un des critères spécifiques exigé est qu’elle doit avoir soumis copie des bilans financiers pour les trois dernières années déposés auprès du Registrar of Companies, et qu’elle n’existe que depuis février 2009. Au moment de l’appel d’offres, soit en novembre 2011, elle ne pouvait soumettre que les bilans de deux années seulement. C’est le second mystère qui fait de ce dossier un véritable scandale, un critère de départ n’ayant même pas été respecté.
Ceux qui ont décortiqué ce dossier semblent avoir décelé le « colourable device » qui a permis de contourner les critères en vue de favoriser les deux compagnies d’agents politiques du pouvoir, exactement comme ce fut le cas pour la seconde évaluation de MedPoint. Il s’agit d’une manipulation au niveau des points à attribuer aux soumissionnaires.
Pour ce contrat de nettoyage, ils étaient treize au départ à avoir soumis des offres, celles-ci variant entre Rs 750 000 et Rs 2,5 millions par mois, et celles les moins chères, au nombre de cinq, se situant entre Rs 1,4 et Rs 1,8 millions par mois. Les offres cachetées avaient été ouvertes le 30 novembre 2011. Le stade de pré-qualification passé, place ensuite aux évaluations qui sont effectuées sur deux prémisses, l’une financière et, l’autre, technique.
Comme les offres des deux compagnies d’agents politiques se situaient à Rs 2,7 millions par mois, elles n’ont pu avoir obtenu plus de 6 points sur les 30 requis au niveau du critère financier, étant donné qu’elles étaient très éloignées de celle la moins chère, qui était de Rs 1,2 millions. On voit bien que l’offre finalement retenue se situe à plus du double de celle qui s’est révélée la plus basse.
Et c’est là que le tour de passe-passe intervient, au niveau dit technique. Si les compagnies favorisées n’ont obtenu que le minimum de points au plan du critère financier, on s’est ensuite arrangé pour qu’elles engrangent le maximum de points au plan technique, au détriment des cinq autres compagnies plus qualifiées sur le premier critère, celui de la valeur de l’offre.
Une astuce qui a été utilisée pour accorder le contrat aux compagnies d’agents politiques, mais qui n’a pas échappé à ceux qui sont familiers aux exercices d’appel d’offres et leurs mécanismes d’évaluation. Résultat des courses, comme dans la fameuse affaire MedPoint, ce sont les contribuables qui feront les frais de cette décision qui favorise les soumissionnaires des offres les plus élevées, parce qu’ils sont du bon côté de la « montagne ».
Le E-Government dont on nous assomme les tympans à longueur d’année, ne s’est, par ailleurs, révélé qu’un slogan, un autre encore plus creux, puisque nous avons tenté d’aller vérifier certains détails de cette affaire sur les sites respectifs du Central Procurement Board et du ministère de la Santé. Or, un peu comme pour MedPoint en janvier 2011, ce n’est même pas le black-out ou le service minimum, c’est juste zéro info. Et on nous parle de transparence, d’intégrité