Le décès par pendaison d’un patient à l’hôpital Jeetoo, la semaine dernière, fait réagir le corps syndical des infirmiers. Celui-ci, par la voix du président de la Nurses’ Union (NU), Bolanath Jeewooth, déplore « l’environnement de travail dangereux dans lequel nous évoluons. » « Certaines salles des hôpitaux étant mal structurées, les infirmiers – dont le manque d’effectifs est depuis longtemps décrié – ne peuvent avoir une vue d’ensemble de se qui se passe dans la salle bondée de patients », dit-il. Pour la NU, il est urgent que la Santé s’occupe de cette situation, notamment en recrutant « réellement » plus de personnel soignant, mais aussi en s’assurant que les infrastructures soient convenables.
« Ce cas de suicide par pendaison est grave. Il ne faut pas chercher de bouc émissaire et venir imputer la faute aux infirmiers. Nous avons longtemps tiré la sonnette d’alarme, mais rien n’a été fait », indique la NU. S’attardant ainsi sur ce suicide survenu dans la nuit de jeudi à vendredi, Bolanath Jeewooth fait ressortir que « nous savons que nous devons être vigilants. Nous savons que nous sommes là pour veiller sur les malades. Mais comment fonctionne-t-on quand on ne voit pas se qui se passe dans la salle? » Il confie que le malade qui a commis l’irréparable souffrait de troubles psychiatriques et déplore que « tou kalité patients admett dan sa medical ward-là. Ena maladie psychiatrik, ena orthopetik, ena pédiatrik… » Lorsqu’à cela s’ajoute un manque accru de personnel, la gestion devient infernale, indique Bolanath Jeewooth. Il explique que « les infrastructures des nouvelles salles ne nous permettent pas d’être vigilants sur tous les plans. Nous n’avons pas une vue d’ensemble et ne pouvons voir ce qui se passe partout en même temps. On ne voit même pas lorsque certains malades vont aux toilettes ou à la salle de bains. »
Pour la NU, « on ne peut copier aveuglément les structures des hôpitaux à l’étranger. Nous avons des spécifications locales qu’il faudrait prendre en compte. » Le syndicat déplore ainsi que le personnel soignant n’est jamais mis à contribution dans les prises de décisions du genre. « C’est nous qui travaillons dans les salles. Notre devoir est d’être vigilant et d’assurer la sécurité des patients. Nous savons quelles sont les meilleures dispositions qui faciliteront nos tâches. Mais on ne nous demande jamais notre avis sur l’aménagement des salles », dit Bolanath Jeewooth. Il déplore également que tous les hôpitaux subissent actuellement des travaux de construction ou de rénovation. Le syndicat relève que ces travaux, « qui durent des mois, comportent de nombreux inconvénients. Outre le bruit, le surnombre de patients dans les salles, etc., la poussière soulevée est un véritable calvaire. » C’est pourquoi la NU réclame que la Santé active les travaux de construction pour le bien-être des malades et du personnel des hôpitaux.
Protégés politiques
Le syndicat demande au ministère de la Fonction publique d’activer le dossier de promotion des infirmières. Suite à une décision du ministère de la Santé, les infirmières n’auront plus désormais à être qualifiées en maternité pour être promues Charge Nurse. Ce dossier ayant été référé au ministère de la Fonction publique, le syndicat souhaite que les promotions se fassent au plus vite. De même, si la NU se dit satisfaite que la Santé s’est décidée à accorder aux infirmiers le droit d’effectuer cinq « bank nurses » par mois, au lieu de quatre. Toutefois, l’association dit toujours attendre en ce qu’il s’agit du « bank nurse » pour le travail de nuit. En ce qui concerne le manque d’infirmiers dans tous les hôpitaux, Bolanath Jeewooth s’insurge qu' »alors qu’il n’y a pas de personnel pour le travail, pour les salles, certains infirmiers, notamment des protégés politiques, sont en train d’être postés aux départements de prévention des maladies, dont celui des maladies non-transmissibles. »
Recrutement fictif
Il déplore également que les Health Care Assistants, qui devraient être en poste dans les dispensaires aux côtés des infirmiers, soient envoyés ailleurs, notamment pour la distribution de pamphlets auprès des familles mauriciennes. « Nous sommes déjà en manque de personnel et à cause de dispositions prises par la Santé, les infirmiers doivent en plus s’occuper du travail des HCA », s’insurge Bolanath Jeewooth. Il revient sur le recrutement de 300 infirmiers mentionnés dans le dernier budget, estimant que ce recrutement est d’ordre fictif. « Il n’y a pas de budget pour cela. Le ministre parle de recrutement qui aurait dû être fait depuis l’année dernière. Lorsqu’on tient en considération les nouveaux entrants, il n’y a pas d’additionnal 300 nurses », affirme-t-il.
Par ailleurs, outre la conversion du Certificate of Nursing en un Diploma in Nursing qui est en bonne voie, la NU compte proposer une formation additionnelle aux aides-soignants pour qu’ils puissent travailler comme assistant-nurses. Selon le syndicat, cela leur permettra d’être enregistrés, après une formation d’un an et demi, auprès du Nursing Council et aussi d’être plus productifs.