Le cancer du sein représente 40 % des nouveaux cas de cancer annuellement selon le ministère de la Santé. C’est le cancer le plus répandu à Maurice : le Registre national de cancer fait état de 400 nouveaux cas en moyenne chaque année. Le mois d’octobre est traditionnellement consacré à la sensibilisation sur le dépistage précoce de ce cancer pour sauver des vies. Le cancer du sein est en effet responsable de 5, 5 % de tous les décès féminins selon les Gender Statistics de 2013.
Selon une observation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la survie des Mauriciennes atteintes d’un cancer du sein est la plus élevée en Afrique en dépit d’une incidence élevée de ce type de cancer dans l’île. Ce qui n’est pas le cas pour d’autres pays africains comme le Soudan ou le Ghana qui ont une plus faible incidence du cancer du sein sur le continent noir mais une mortalité très élevée.
Une étude réalisée en octobre 2013 par le Pr Clement Adebamowo, Consultant de l’OMS pour l’épidémiologie du cancer au département de santé publique de l’université de Maryland à Baltimore (États-Unis) en visite à Maurice a montré que la tendance à la hausse du cancer du sein à Maurice est la même que dans le monde. Les principaux facteurs sont le vieillissement de la population, la menstruation précoce, une faible fertilité, une durée de l’allaitement plus courte, l’âge tardif pour une première grossesse et pour la survenue de la ménopause. L’obésité et le manque d’exercices physiques sont également des risques, les mêmes que pour ceux des maladies cardio-vasculaires. A Maurice 20 % des femmes âgées de 25 à 74 ans sont obèses et 34 % sont en surpoids. L’exposition des femmes aux hormones sexuelles endogènes est une autre cause de l’augmentation du nombre de cancers du sein. La puberté de plus en plus tôt, la ménopause tardive, une durée plus courte de l’allaitement maternel, les grossesses plus tard au lieu de 19-20 ans en moyenne autrefois et une fertilité peu élevée de 1,9 à Maurice sont des facteurs de risque. L’interférence de produits chimiques avec les tissus du corps est susceptible de provoquer un cancer. Il existe 800 produits chimiques connus et suspectés d’interférer avec les récepteurs hormonaux, selon les experts.
Les experts locaux et internationaux s’accordent à dire que le défi auquel font face les services de santé mauriciens est le diagnostic et un traitement précoce selon des protocoles internationaux afin de sauver des vies. Un budget de Rs 12 M a été alloué au fonctionnement de la National Cancer Agency. Le ministère de la Santé a conclu un accord avec l’hôpital français La Pitié Salpêtrière pour la mise en place d’un plan contre le cancer et le traitement de malades mauriciens dont le cas est complexe. Outre le traitement hormonal, la chimiothérapie et la chirurgie, le traitement d’avenir du cancer du sein sera génétique et personnalisé. Un constat : le cancer de sein a tendance à être plus agressif chez les jeunes femmes et a un mauvais pronostic. Le Pr David Khayat (chef de service en cancérologie à l’hôpital français La pitié Salpêtrière) avait lors de son passage à Maurice déclaré : « Si on veut faire du dépistage, il faut qu’il y ait des soins de qualité, il faut pouvoir dire aux femmes qui vont se faire dépister d’un cancer du sein ou du col de l’utérus que la guérison est possible sinon elles n’iront pas se faire dépister. »