Chaque jour, le désespoir grandit chez ceux dont les proches doivent se faire opérer à l’étranger. Si dans certains cas, sur conseil d’un board médical, l’État refuse tout bonnement d’accorder une aide financière, indiquant que le traitement préconisé à l’étranger par le médecin traitant est disponible à Maurice, dans d’autres cas, réunir la totalité de la somme nécessaire – à travers des collectes publiques, entre autres – pour se rendre à l’étranger devient un autre parcours du combattant. De nombreuses interrogations sont soulevées quant à la somme réelle que débourse l’État pour envoyer les patients à l’étranger. Si, dans le budget de 2013-2014, le ministre des Finances d’alors, Xavier Duval avait augmenté la somme d’assistance de l’État de Rs 200,000 à Rs 800,000, il s’avère que tous les patients n’en bénéficient pas, dépendant des maladies à traiter. L’on s’interroge, notamment chez les médecins, sur la répartition de cette allocation.
Après l’article paru dans Week-End de la semaine dernière sur le désespoir des patients qui doivent se faire traiter à l’étranger et leurs proches, plusieurs personnes sont venues vers nous pour déplorer la manière « arbitraire » dont l’État accorde une assistance financière aux patients dans le besoin. Outre les difficultés pour obtenir cette aide, incluant le calvaire d’attendre l’aval ou le refus du board médical ayant analysé le cas du patient, la somme accordée par l’État soulève des interrogations.
Au ministère de la Santé, on fait ressortir que l’allocation financière de l’État s’élève à un montant entre Rs 500,000 et Rs 800,000, dépendant des maladies. Cette aide est accordée aux patients qui remplissent les critères d’un revenu de moins de Rs 50,000 mensuellement et qui optent pour un des hôpitaux avec lesquels l’État a signé un accord, en Inde. L’aide aux patients qui choisissent de se faire traiter dans un hôpital étranger de leur choix est réduite à une somme variant entre Rs 70,000 et Rs 222,000. Ceci comprend des cas relevant des maladies cardiaques, neurologiques et oculaires.
Or, pour certains spécialistes de santé, il n’est pas logique que l’État réduise cette allocation si le patient veut de se faire opérer dans un hôpital de son choix. Une disparité qui ne tient pas debout, disent-ils, ajoutant que « certains patients ont des enfants à l’étranger et pour eux, si le traitement est disponible dans un hôpital proche de chez leurs enfants, c’est plus pratique de s’y rendre. » D’autres spécialistes soutiennent que des hôpitaux dans d’autres pays sont plus expérimentés pour certaines maladies que d’autres établissements avec lesquels Maurice traite. D’où les interrogations quant au choix de l’État en ce qui concerne les hôpitaux indiens dans lesquels les patients mauriciens sont envoyés. Ces médecins se demandent pourquoi la liste de ces hôpitaux n’est pas disponible à tous les médecins du public ou encore au directeur de l’hôpital, voire même aux médecins siégeant sur le board médical qui évaluent la santé de patient avant de recommander qu’il soit traité à l’étranger.
En effet, c’est à la discrétion du ministère, à l’Overseas Treatment Unit que revient la décision d’envoyer un patient dans tel ou tel hôpital en Inde. « La personne qui s’occupe de ce département n’est pas médecin. Cette décision ne devrait pas lui revenir », disent les médecins. Et de déplorer que s’il est convenu que le patient sera traité par les meilleurs médecins dans l’hôpital vers lequel l’État le dirige, dans bien des cas, en arrivant sur place, un consultant voit le patient et, ensuite, l’opération et le traitement sont conduits par des « apprentis » spécialistes. « Nous avons même eu des cas où le patient, en dépit de la lettre de recommandation que lui a remis le board pour expliquer de quoi il souffre, revient avec sa maladie. Par exemple, au lieu d’être opéré pour une tumeur, le patient est opéré d’autre chose au cerveau, moins conséquent, mais pour laquelle opération l’État aura déboursé Rs 500,000 ou Rs 800,000 », indiquent les spécialités de santé.
Ils font, par ailleurs, ressortir que la somme que débourse l’État comprend, outre la totalité des frais de traitements dans un hôpital indien, également les billets d’avion pour le patient, l’un de ses proches ainsi que pour un médecin accompagnateur. « Si on comprend qu’un patient a besoin d’un proche à son chevet, la présence d’un médecin accompagnateur n’est pas toujours nécessaire », disent les médecins qui relèvent que les frais de déplacement de ce médecin sont onéreux et auraient pu servir au financement d’un traitement à l’étranger d’un autre patient. Certains médecins relèvent, de même, qu’outre certains traitements pas toujours très professionnels dont bénéficieraient certains patients en Inde, les frais réclamés par ces hôpitaux contiendraient quelques anomalies. Affaire à suivre…