L’autisme est un trouble du comportement qui se manifeste chez les enfants par une inadaptation à l’environnement social et familial et une impossibilité de communiquer avec leur entourage. Découvert en 1943 par le Dr Leo Kazner, ce trouble affecte environ 1% de la population mondiale et demeure un sujet relativement méconnu du public. Certains des enfants ont un retard mental important, d’autres ont une intelligence normale ou subnormale, mais tous ont besoin d’être rassurés, d’évoluer dans un environnement stable. À Maurice, entre 8 000 et 10 000 enfants seraient affectés par ce trouble, mais seule une poignée est prise en charge par l’Ong Autisme (Maurice).
Shameera Noorbaccus avait 17 ans lorsqu’elle a accouché de son premier enfant, Fayyaz, aujourd’hui âgé de sept ans, qui est autiste. Sa vie a basculé et, contrairement à beaucoup de mères, son rêve de voir son enfant grandir normalement s’est estompé. La jeune femme, qui passe des jours et des nuits difficiles à élever son enfant, ne cite qu’un exemple pour illustrer ses difficultés. « C’est très difficile. Une mère enseigne à son enfant comment aller aux toilettes. Lorsque je retire sa couche et je l’emmène aux toilettes, il ne fait pas ses besoins sur la cuvette, mais dans le salon. Il joue même avec les matières fécales et les frotte sur les murs. Vous devez être fort physiquement et moralement pour vous occuper d’un enfant autiste », déclare Mme Noorbaccus. De son côté, Joanna Oudeuil a mis du temps à accepter que son fils, Adrien, 10 ans, soit autiste. Pour elle aussi, ça a été le choc, le refus de croire que son enfant pouvait avoir un tel problème au départ même de sa vie. Les choses se sont quelque peu améliorées pour elle. « Mon fils m’apporte beaucoup de joie de vivre puisqu’il est tout temps heureux et jovial, jamais triste. Il ne sait pas faire la différence entre je vous connais ou je ne vous connais pas. Lui, il dit bonjour à tout le monde, c’est déjà un premier point positif qu’il nous a emmené », dit-elle.
Comme ces deux enfants, ils sont plusieurs milliers à Maurice à connaître des troubles de comportement concernant la communication, la socialisation et l’autonomie. On ne guérit pas de ces troubles, selon la psychologue Smeeta Beeharry. « L’autisme n’est pas une maladie et on n’en connaît pas les causes. Il y a encore des recherches qui se font et, du coup, on ne peut proposer un traitement, mais on offre des thérapies qui vont aider l’enfant à réagir un peu normalement. Mais pas à 100 %. Si un enfant est diagnostiqué autiste, il reste autiste tout le long de sa vie. Mais il y a des progrès dans son comportement, dans sa communication et dans sa socialisation », fait-elle ressortir. Toujours est-il que certains enfants autistes peuvent présenter des aptitudes et des compétences que d’autres enfants normaux ne possèdent pas. La psychologue Smeeta Beeharry estime même que certains d’entre eux peuvent faire des activités que les gens normaux ne peuvent faire. Par exemple, ils peuvent faire de grands calculs en deux minutes, ce que d’autres ne peuvent faire sans calculatrice. « Il y a des capacités comme ça, mais pas chez les autistes typiques », ajoute-t-elle.
Il y a encore quelques années, on prenait les enfants autistes mauriciens pour des handicapés. Jusqu’à ce que Géraldine Aliphon, mère d’un enfant autiste de 10 ans, crée l’Ong Autisme (Maurice) pour prendre en charge ces enfants. Depuis deux ans, cette Ong dispose d’une école spécialisée pour une quinzaine d’enfants. Mme Aliphon explique qu’on apprend aux enfants autistes à communiquer, même s’ils sont non – verbaux, par des échanges d’images et de photos. « Nous avons aussi introduit une certaine forme d’autonomie pour que l’enfant sache se brosser les dents tout seul, s’habiller tout seul, se coiffer et attacher ses lacets. Ce qui peut paraître normal pour un enfant non autiste peut être une complication pour un enfant autiste », déclare notre interlocutrice.
En dépit de leur caractère anormal, les enfants autistes apportent quand même du positif dans la vie de leurs parents. Géraldine Aliphon estime que son enfant lui a appris la patience, « parce qu’il en faut avec un enfant autiste ». Elle poursuit : « Il m’a appris à voir la vie avec un autre regard, c’être beaucoup plus indulgente. » Même constat pour Shameera Noorbaccus, qui affirme : « Ce n’est pas facile d’élever un enfant autiste, mais mon fils m’a fait devenir plus mature dans la vie. J’ai développé mes capacités à travers mon enfant. »
L’autisme étant encore tabou à Maurice. De nombreux parents cachent leurs enfants à la maison et ne les envoient pas à l’école. Certains essayent même à tout prix de les « normaliser » en les forçant à intégrer une école traditionnelle, avec pour résultat, souvent, que l’enfant développe de l’agressivité. Ce n’est la faute à personne si ces parents ont un enfant autiste, physiquement ou mentalement handicapé. Et c’est encore moins la faute de ces enfants.